Karl Farah : jouer un méchant dans «Antigang» lui donne une grande liberté
Alicia Bélanger-Bolduc
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Karl Farah roule sa bosse dans le milieu depuis maintenant 15 ans. Pourtant, c’est dans la peau du criminel Maxime Leduc dans Antigang qu’il sent enfin le vent tourner. Joueur de football jusqu’à 26 ans, il est arrivé au jeu un peu par hasard, mais avec une détermination bien réelle à se tailler sa place.
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Parle-moi de ton personnage dans Antigang
Maxime Leduc est le faire-valoir de Denys Marchand, le président des Death Shadows, un club notoire de motards. Techniquement, Denys n’est pas mon boss, mais il agit pas mal comme tel. Dans les derniers épisodes, on voit que je le laisse faire, mais que ça commence à me déranger. Maxime s’occupe des tâches les moins plaisantes, comme tuer des gens pour Denys. C’est une vraie tête brûlée, et on l’a vu avec sa tentative de viol sur Bénédicte. En ce moment, il est dans une passe difficile avec Denys, mais aussi avec toutes les filles, qui le détestent depuis cet événement. J’ai encore des journées de tournage d’ici la fin mars, donc je risque de continuer à faire partie de l’entourage de Denys malgré tout.
Comment se passe ton expérience dans Antigang jusqu’à présent ?
L’équipe est vraiment géniale ! Des techniciens à la production, j’ai beaucoup de plaisir avec tout le monde. Pour la première fois en 15 ans de carrière, je n’ai pas à me demander comment je vais payer mon prochain loyer : je gagne ma vie comme comédien. C’est un énorme soulagement et ça enlève un poids de mes épaules. J’attaque chaque projet comme si c’était le dernier, parce que dans ce métier, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Pour l’instant, je me considère comme chanceux, puisqu’on continue de m’appeler. Sur ce plateau, j’ai découvert des comédiens que je connaissais moins et j’en ai retrouvé d’autres avec qui j’avais déjà travaillé. L’ambiance est vraiment bonne : quand on a terminé, on ne retourne pas chacun dans sa loge, on reste souvent ensemble à dire des niaiseries.
On a tendance à te faire jouer des « bons connards »... Aurais-tu le goût qu’on te propose d’autres types de personnages ?
J’ai quand même eu la chance de faire des choses différentes. J’étais le héros dans la série Mégantic ou encore un père de famille avec un problème de jeu dans Virage : Double faute. Je ne fais plus seulement des petites apparitions où je suis là pour lancer une joke de mononcle à une fille dans un bar, même si c’était plaisant pendant un temps. À un moment donné, quand c’est ton huitième douchebag d’affilée, c’est difficile de le réinventer. Cela dit, j’aime jouer les méchants comme dans Antigang. J’ai plus de liberté, je peux aller plus loin que ce que je connais. J’aime aussi faire des cascades, manger un coup sur la gueule ou me faire tirer dessus. J’ai d’ailleurs suivi des cours de cascades au début de ma carrière. Et, avec mes 18 ans de football, j’ai le physique pour ce genre de rôle.

Tu sembles pourtant être le contraire d’un méchant dans la vie.
Je suis quand même un peu mononcle dans la vie ! Je dis beaucoup de niaiseries. J’ai 45 ans, mais parfois la mentalité d’un gars de région de 65 ans. Il m’est arrivé de devoir me raviser ou m’excuser parce que j’avais peut-être dépassé les bornes. Souvent, on me dit que tout est beau, mais j’ai quand même le douchebag en moi. (rires) Désolé à mes anciens coéquipiers de football qui pourraient me lire, mais on était assez cons. J’ai grandi dans des mentalités d’hommes de Cro-Magnon.
Quel serait un rôle idéal pour toi ?
Je suis vraiment heureux à jouer les méchants. J’ai tourné un film qui, malheureusement, ne verra probablement jamais le jour, où j’incarnais un psychopathe tueur en série. Un expert était sur le plateau pour me guider et m’aider à trouver la bonne direction. C’était génial de sortir de mes gonds, lancer des chaises, puis revenir à un jeu plus subtil. Je me souhaite encore longtemps ce genre de rôle.

Tu apparais également dans la deuxième saison de MR BIG. Comment a été ton expérience ?
Je n’avais que trois jours de tournage, mais c’était très plaisant. J’ai retrouvé le réalisateur Alexis Durand-Brault, avec qui j’avais travaillé sur Mégantic et dont j’avais adoré l’expérience. Cette fois, je ne suis pas un méchant qu’on tente d’arrêter : je fais plutôt une apparition dans l’une des enquêtes. Mon rôle ne fait pas vraiment avancer l’histoire, mais j’ai beaucoup aimé l’expérience et l’équipe.
Comment t’es-tu retrouvé acteur après avoir joué au football toute ta vie ?
J’ai joué au football de 8 à 26 ans, notamment pour les Carabins de Montréal. En secondaire 2, j’ai découvert de grands auteurs comme Molière et j’ai commencé à lire ce genre de littérature, que j’aimais beaucoup. Mais j’étais étiqueté comme le sportif, alors je me suis concentré sur le football. À l’université, je travaillais au Café Campus, où il y avait des matchs d’impro. Un jour, on a fait un match des employés contre la ligue d’impro CIA. À ma première improvisation, je me suis fait ramasser, mais j’ai adoré l’adrénaline, qui me rappelait le sport. Une collègue sortait avec un acteur qui m’a mis en contact avec Danielle Fichaud. J’ai joué mon dernier match de football en novembre et je ne savais toujours pas quoi faire dans la vie. Trois jours plus tard, j’avais une audition avec elle. J’ai été franchement archi-pourri, mais elle est restée une demi-heure pour travailler avec moi. J’ai continué à travailler fort et, après un an, je voyais déjà une amélioration. Mon rêve aurait été de jouer au football professionnel, mais à l’époque, les regards n’étaient pas tournés vers le Québec.
Le sport reste-t-il encore aujourd’hui présent dans ta vie ?
Oui, mais pas assez. J’aimerais essayer l’escalade. C’est un sport solitaire : tu mets ta musique dans tes oreilles et tu avances à ton rythme. Je fais encore de la musculation, mais ce n’est plus vraiment un sport, plutôt un mode de vie. Si j’arrête deux jours, je ne me sens pas bien. Par contre, je devrais travailler sur mon alimentation. J’ai gardé l’appétit que j’avais à l’université, mais plus le même métabolisme. (rires)
Tu es également papa. À quoi ressemble ta vie de famille ?
J’ai une fille de sept ans dont je suis extrêmement fier. Elle est très sportive, bouge beaucoup et touche à tout. C’est une belle petite bébite qui m’apprend encore à devenir meilleur. Honnêtement, c’est la plus belle chose que j’aie réussie dans ma vie. Je suis très heureux de ma vie familiale. On n’est pas riches, mais on est heureux, et c’est ce que j’essaie d’enseigner à ma fille. Je suis toujours avec sa mère, l’actrice Sasha Migliarese, qu’on a récemment pu voir dans Mukbang, dans le rôle de Misha.

Tes parents t’ont-ils toujours encouragé à poursuivre tes rêves ?
J’ai eu la chance d’avoir des parents très présents. Mon père voyageait beaucoup pour le travail, au moins deux semaines par mois, mais ma mère était toujours là pour mon frère, ma sœur et moi. Nous étions tous très sportifs, donc elle faisait le taxi pour nos activités. Je crois sincèrement que mes parents n’ont pas manqué un seul de mes matchs en 18 ans. Une fois, mon père est même arrivé de Chine pour un gros match ; il avait devancé son vol de retour pour y assister. Quand j’ai décidé de devenir comédien, ils n’avaient pas vraiment le choix de l’accepter : je n’ai gradué d’aucun programme universitaire. Mais ils m’ont toujours encouragé. Ils regardent tous mes projets et sont même venus voir mes pièces de trois heures et demie à mes débuts !
Quelles sont les origines de ton nom de famille, Farah ?
C’est une histoire assez intéressante : c’est un nom syrien. Mon arrière-grand-père a été l’un des plus grands détectives que Montréal ait connus : Georges Farah, dit Lajoie. Il est arrivé ici au début du 19e siècle et a marié une Franco-Ontarienne, traduisant ensuite son nom. Farah veut dire bonheur, joie, grâce en syrien. Il s’est battu toute sa vie contre la corruption et a même tenté de devenir maire. Il a été l’inspecteur principal dans l’affaire de l’abbé Delorme, un curé qui a tué son frère. À l’époque, l’Église était très puissante et, bien qu’il était catholique, on a tenté de le faire passer pour un musulman hostile à la religion. Ce procès a même inspiré un épisode de la série Les grands procès dans les années 1990. C’était un héros : il parlait cinq ou six langues, mais il est malheureusement décédé à seulement 40 ans.

Qu’est-ce qui s’en vient pour toi dans les prochains mois ?
Les tournages d’Antigang se terminent à la fin mars et, pour l’instant, je n’ai rien d’autre. Je me concentre sur des projets personnels et j’aimerais me lancer davantage en réalisation. J’ai plusieurs projets écrits sur lesquels je veux travailler. J’ai même écrit un long métrage et plusieurs courts métrages que j’ai autoproduits. L’un d’eux, Paris-Montréal, a fait le tour de quelques festivals. J’ai aussi une série très drôle écrite avec mon frère et une autre que je suis déjà allé présenter à des boîtes de production.