«Je n’avais jamais joué sous la normale»: le pari fou d’un Montréalais devenu golfeur professionnel


Marc-Antoine Malo
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Sur un coup de tête, le Montréalais James Colin Davis a quitté un emploi stable, il y a près de 10 ans, pour devenir rien de moins que golfeur professionnel et il s’accroche toujours à son rêve de jouer avec les meilleurs, en dépit des embûches.
À 37 ans, on lui met encore des bâtons (de golf) dans les roues. Malgré son talent certain, le manque de soutien financier pour accomplir ses rêves commence à le rattraper.
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Il s’agit de la continuité du pari fou qu’il a pris quand il a laissé tomber le domaine de la télévision pour se lancer dans le golf. Il venait à peine de renouer avec ce sport, la compagnie spécialisée dans les reprises vidéo pour laquelle il travaillait l’ayant envoyé dans plusieurs tournois d’entreprise.
«C’est comme ça que j’ai recommencé et que j’ai su que j’étais quand même bon. J’ai aussi réalisé que je n’étais pas très satisfait dans mon travail. C’est là que l’idée m’est venue d’essayer le golf», a expliqué Davis en entrevue.
«J’ai dit à mes amis que je lâchais ma job pour poursuivre une carrière professionnelle au golf. À ce moment-là, je n’avais jamais joué sous la normale de ma vie. J’ai un très bon ami, quand nous étions jeunes (c’est avec lui que je jouais et il connaissait bien mon jeu) il m’a dit que j’étais fou, que je n’avais aucune chance.»
Le Québécois avait alors 28 ans. Deux ans plus tard, il obtenait sa carte de professionnel.
Les déchets des uns, le bonheur des autres
L’appel du golf s’est fait à l’adolescence en regardant jouer, comme plusieurs sportifs de sa génération, le dominant Tiger Woods.
À l’époque, il n’avait pas les moyens de ses ambitions, mais une occasion en or s’est présentée: il a récupéré des bâtons dans les poubelles de son voisin.
«C’était le vieux sac de golf de sa femme. [...] Il est maintenant au courant que je les ai pris et que c’étaient mes premiers bâtons», a-t-il expliqué candidement.
Pas de doute, ce voisin doit être plutôt fier d’avoir pu lancer sa carrière. Le jeune James lui a donné raison en remportant plusieurs tournois, dont un premier chez les professionnels en 2020 sur le parcours du Club de golf Sainte-Marguerite à Sept-Îles, et en se qualifiant pour le volet canadien de la PGA en 2022.
«Malheureusement, la saison ne s’est pas bien passée», a reconnu Davis, qui n’a pas pu s’y qualifier l’an dernier.
«J’ai juste eu une mauvaise semaine, a-t-il admis. Ça arrive. Je ne suis pas prêt à dire que je ne suis pas capable.»

Et ce n’est pas l’âge qui l’arrêtera. Tant qu’il en aura la capacité, il se battra pour ses rêves.
«[À mon âge], c’est sûr que ce n’est pas super commun, mais j’ai la chance que ce ne soit pas le hockey, le soccer ou le basketball, a lancé Davis. Je suis en bonne condition physique, je m’entraîne beaucoup. Ma vitesse d’élan est élevée. Tant que la vitesse sera là, que tu frappes la balle assez loin, tu peux être compétitif.»
À sa façon
Depuis 2017, la passion du golfeur de Montréal lui permet de gagner sa vie. Il n’a pas eu à retrouver d’emploi «normal» depuis son changement de carrière drastique. Il a été professionnel-assistant au Whitlock Golf & Country Club de Hudson pendant trois ans et donne aussi des cours.
Cependant, participer aux épreuves qualificatives pour les circuits de la PGA, du Korn Ferry Tour ou du PGA Tour Americas (anciennement PGA Tour Canada) demande des moyens qu’il ne peut plus se permettre. Les frais d’inscription tournent autour de 7500$. Un ami a longtemps soutenu financièrement sa carrière, mais il se retrouve aujourd’hui sans aide.
«C’est très difficile en ce moment pour tout golfeur provenant du Québec d’obtenir du soutien financier ou de la visibilité. [...] Si nous voulons pousser la nouvelle génération, quelqu’un doit se lever», a déclaré celui qui s’est tourné vers des solutions moins conventionnelles.
En plus de sa campagne de financement, James Colin Davis s’est lancé sur YouTube. Suivi par un caméraman, il y documente la plupart de ses tournois et explique ses décisions et ses choix de bâton.
«Je commence à faire de l’argent avec ça, a-t-il mentionné. Pas beaucoup, puisque c’est le début. J’aimerais ça, l’an prochain, gagner assez d’argent avec la chaîne YouTube pour payer toutes mes dépenses de tournois. J’essaie toujours de trouver des commanditaires, mais avec l’économie, c’est très difficile.»
Aucun doute là-dessus, Davis a déjoué les pronostics et il n’a pas terminé d’écrire son histoire. Toujours avec la PGA en tête, il pense également à la prochaine génération de golfeurs québécois.
«Que les gens me soutiennent moi ou un autre, ça m’est égal. Ce serait seulement vraiment agréable si nous pouvions encourager ces jeunes athlètes un peu plus.»
Pour soutenir James Colin Davis: https://www.gofundme.com/f/3cf3f-road-to-the-tour
Sa chaîne YouTube: https://www.youtube.com/user/jamescolindavisgolf