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Je me suis amusé comme un fou parmi les Nordiques

Photo STÉPHANE CADORETTE
Photo portrait de Stéphane Cadorette

Stéphane Cadorette

2025-12-01T05:00:00Z

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DENVER | Je le sais, les Nordiques, les vrais, n’existent plus. Ça ne m’a pas empêché, en passant quelques jours à Denver, de rêver et de me laisser prendre au jeu. Pour ensuite me réveiller en lendemain de veille à réaliser encore plus ce qu’on a perdu.

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Évitez tout de suite de me lancer des tomates. De grâce, ne transformez pas ma boîte de courriel en mur des Lamentations avec l’éternel argument qu’il faut «en revenir, les Nordiques sont partis il y a 30 ans». Pu capable de lire ou d’entendre ça!

La vie n’est pas facile pour personne. La société est polarisée comme jamais. On a toujours bien le droit de s’évader un peu dans le sport ou de se rattacher à des bouts de nostalgie qui ne veulent pas mourir.

Après tout, je suis un fils de Nordiques. Mon père, Claude Cadorette, est l’un des rares journalistes qui a couvert l’équipe de ses débuts jusqu’à son départ, en mai 1995. Même pas trois mois avant son départ à lui.

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À la maison, c’était le premier sujet de discussion principal à la table. C’était aussi le deuxième. En revenant de l’école, il fallait vite entendre ce que Marc Simoneau avait à raconter et ce que les amateurs voulaient faire pour changer l’équipe à leur façon à la tribune téléphonique.

Pas de chandail!

Mon père suivait l’équipe sur la route, et puisque je collectionnais les chandails de toutes les équipes, il se faisait un devoir de m’en ramener de partout. Je devais les avoir à peu près tous, des North Stars du Minnesota aux Whalers de Hartford. Je sais, ce que je viens d’écrire ne me rajeunit pas.

Je n’ai jamais pu finir ma collection. Il m’en a toujours manqué un.

À chaque fois que mon père revenait de Montréal, étrangement, il me disait qu’il était allé à la boutique et qu’il n’y en avait plus. Mystérieuse rupture de stock, quand même...

J’étais jeune et naïf, mais j’ai vite compris que derrière l’objectivité journalistique, il y avait un humain profondément attaché aux Nordiques qui n’allait pas laisser un chandail ennemi pénétrer ses terres. Probablement qu’il craignait que je sois la cible de violentes éruptions cutanées, même si c’était juste pour une collection et que je ne l’aurais pas porté.

Ce genre d’attachement aux Nordiques, je le confirme, se transmet.

Que d’émotions!

Désolé du long préambule, mais c’était pour vous aider à comprendre. À comprendre quoi, vous dites?

À comprendre que quand je suis arrivé au Ball Arena, domicile de l’Avalanche, samedi, j’ai simplement eu envie de me dire que j’étais au vieux Colisée.

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À comprendre que quand j’ai vu les logos de Nordiques tapissés partout, j’avais presque le motton.

Dans les couloirs menant aux vestiaires, les Nordiques sont bien en vie.
Dans les couloirs menant aux vestiaires, les Nordiques sont bien en vie. Photo STÉPHANE CADORETTE

Je ne sais pas si l’émotion provenait du fait que les Nordiques revivaient l’instant d’un match contre les Canadiens. Ou du fait que je peine à croire que le Centre Vidéotron est ouvert depuis 10 ans, sans Nordiques pour recréer une épidémie de contagion dans la ville désormais conquise.

J’observais sur la glace les logos des Canadiens et des Nordiques et je me disais que ceux qui n’ont pas vécu cette épique rivalité ont raté un pan de l’histoire sportive et du folklore québécois.

Quand on essaie de me convaincre que le Canadien et les Sénateurs, c’est une immense rivalité, je suis saisi de violents spasmes, tellement ce n’est même pas proche d’être vrai.

Plein la vue

À Denver cette semaine, il y avait des chandails, des casquettes, des tuques des Nordiques partout. Évidemment que je ne suis pas dupe. Je suis tout à fait conscient que l’Avalanche profite des émotions rattachées à la nostalgie pour vendre des cossins et s’en mettre plein les poches.

Un présentoir complet de casquettes est consacré aux Nordiques dans la boutique officielle de l’Avalanche.
Un présentoir complet de casquettes est consacré aux Nordiques dans la boutique officielle de l’Avalanche. Photo STÉPHANE CADORETTE

Personnellement, ça ne m’a pas choqué. Zéro, pantoute, pas une miette! Est-ce que j’aimerais mieux qu’on ait les vrais Nordiques à Québec? Bien sûr! Je fais malheureusement partie des résignés au fait que ça n’arrivera pas.

Je savais que ce moment était passager et que, dimanche matin, ce ne serait qu’un souvenir. Mais ça reste un maudit beau souvenir!

L’Avalanche, à mon humble avis, a fait les choses avec grande classe. Pas un détail n’a été négligé pour qu’on s’y croie, des uniformes impeccables à la fleur de lys sur le micro de l’animatrice maison.

Pendant la troisième période, le DJ a même fait jouer Les ailes d’un ange, de Robert Charlebois.

Je me disais que comme notre chanteur frisé, moi aussi, je partirais pour Québec et que je ramènerais bien une équipe.

Surtout que les Nordiques ont tellement bien joué. Ça a fini 7-2, et quelque part en dedans, j’ai entendu résonner le rire gras de mon papa.

Faut avoir entendu ce rire pour comprendre pourquoi ce match m’a fait tant de bien.

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