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Jambes qui brûlent, coups de marteau dans la tête: la douleur insoutenable d’un 1000 m

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Photo portrait de Laurent Dubreuil

Laurent Dubreuil

2026-02-13T05:00:00Z

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Un peu moins de 24 heures après ma course, je confirme qu’un 1000 m, ça fait toujours aussi mal, et que ce sera fort probablement l’un des derniers de ma carrière.

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C’est sûr que c’est pire selon ton profil. Moi, je suis au sprinteur. Mon départ, je le fais toujours à 100%, pour aller chercher le plus de vitesse possible. On atteint notre vitesse maximale vers 400 m et après, on ralentit un peu.

D’ailleurs, sur 500 m aussi, je décélère un peu en fin de course. Mais c’est juste avant que je frappe un mur, physiquement. Et déjà sur cette distance, j’ai mal aux jambes.

Un 1000 m, toutefois, c’est deux fois plus long. Alors je frappe le mur. La douleur qu’on ressent est dure à expliquer: tu as les jambes qui deviennent lourdes, presque barrées pendant ta course.

En piste, on doit garder les genoux pliés, les fesses basses. Sauf que tout dans ton corps te crie de relever les fesses et toi, tu dois te battre contre ça.

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Photo AFP
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C’est vraiment dégueulasse

Une fois la course terminée, c’est surtout le mal de jambe que tu ressens. Ça brûle. C’est sûr que tu es essoufflé, aussi. Ton cœur vient d’atteindre son rythme maximal (moi, c’est environ 188 battements par minute).

Ça me prend environ une heure avant de ne plus ressentir la douleur dans mes jambes. Même là, je continue d’avoir mal pendant un moment, mais je ne suis plus dans un état critique.

Et pendant 5, 10, 15 minutes après le 1000 m, tu te retrouves dans un entre-deux vraiment inconfortable.

On se laisse glisser sur la piste quand on franchit le fil d’arrivée. Là, on veut déplier nos jambes et poser nos mains sur nos genoux, mais quand on se penche, on sent chaque battement de notre cœur comme un coup de marteau dans notre tête.

Photo DIDIER DEBUSSCHERE
Photo DIDIER DEBUSSCHERE

C’est vraiment dégueulasse. Tu veux te relever, ça fait mal, alors tu veux te pencher, et ça fait aussi mal.

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C’était mission impossible

Nos cuisses demeurent gorgées d’acide lactique pendant un long moment. C’est pourquoi c’était mission impossible pour le Néerlandais Joep Wennemars quand il a voulu refaire la course, après qu’un adversaire lui a nui à sa première tentative.

AFP
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Environ 40 minutes s’étaient écoulées entre ses deux courses. À sa deuxième, il a été une seconde plus lent.

La seule raison pour laquelle il y est retourné, c’est parce qu’il voulait se coucher en se disant qu’il avait tout essayé. Je le comprends, après tout, il a peut-être été privé d’une médaille en raison de l’accrochage.

Mais déjà, même si tu tentes de faire deux fois le 1000 m en autant de jours, c’est dur de faire une aussi bonne course la deuxième journée. Alors, ça prend beaucoup plus qu’une heure pour récupérer.

C’est au point où je ne pense plus faire de 1000 m l’an prochain. J’ai fait une super bonne course mercredi, j’ai battu les temps avec lesquels j’ai gagné la plupart de mes médailles, et j’ai fini huitième.

Ce n’est pas ma meilleure distance. Et tant qu’à ne pas gagner de médailles, aussi bien ne pas avoir aussi mal.

Ça s’apprend... mais je n’aime pas ça

La douleur, certains apprennent à l’aimer, mais moi, ça n’a jamais été le cas. Et ça fait 15 ans que j’endure ça. Je n’ai aucun regret quand je me dis qu’il m’en reste deux aux prochains Championnats du monde et que ce sera pas mal ça.

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La différence entre le 500 m et le 1000 m, outre la distance, c’est le nombre de virages. Parce que ce sont les virages qui nous tuent, alors qu’on lutte contre la force centrifuge.

Je ne veux décourager personne, par contre. C’est sûr que si vous inscrivez vos enfants au patin, ils ne souffriront pas autant! La gestion de la douleur, ça vient progressivement, aussi. On l’apprend.

Et il y a quelque chose qui nous aide à la tolérer: une médaille. J’avais beaucoup moins mal que mercredi quand j’ai traversé la ligne d’arrivée en deuxième place à Pékin, il y a quatre ans.

Photo d'archives AFP
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Oh, j’avais mal quand même, mais lors des premières minutes, je l’ai moins ressenti.

Parce que la douleur, c’est l’expérience de la nociception, qui est «le processus physiologique de détection et de transmission par le système nerveux des stimuli potentiellement nocifs».

C’est mon thérapeute du sport qui m’a appris ce mot, jeudi. En fait, la douleur est très psychologique. Elle se module selon le contexte.

–Propos recueillis par Jessica Lapinski

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