Trois patrons gagnent plus de 1 M$ alors qu’Investissement Québec inscrit une perte de 224 M$
La société d’État a réalisé moins d’interventions financières que lors de l’année précédente


Sylvain Larocque
Partager
Trois des six plus hauts dirigeants d’Investissement Québec (IQ) ont gagné plus de 1 million $ l’an dernier alors que la société d’État a subi une perte record de plus de 224 millions $.
• À lire aussi: La rémunération du grand patron d’Investissement Québec bondit de 19% et franchit la barre du million de dollars
• À lire aussi: Une hausse des exportations québécoises qui coûte cher aux contribuables
Le PDG d’IQ, Guy LeBlanc, a eu droit à une rémunération de 1,06 millions $ au cours de l’exercice qui a pris fin le 31 mars, soit 19 % de plus que l’année précédente. L’augmentation s’explique principalement par le versement d’une nouvelle prime de rendement à long terme.
Bicha Ngo, la vice-présidente aux placements privés, a gagné davantage que M. LeBlanc, soit 1,15 million $. Quant à Alexandre Sieber, ancien vice-président au financement corporatif, il a touché 1,02 million $, somme qui comprend une indemnité de départ de 379 000 $.
La rémunération de l’ensemble des six dirigeants les mieux payés d’IQ a atteint 5,6 millions $ l’an dernier, soit une hausse de 20 % par rapport aux 4,7 millions $ versés en 2021-2022.
IQ a atteint 12 des 17 «cibles» de son plan stratégique en 2022-2023, soit 71 %. L’année précédente, le taux de succès avait été de 72 % (13 cibles atteintes sur 18).
- Écoutez le segment économique d'Yves Daoust diffusé chaque jour en direct 9 h 35 via QUB radio :
Forte perte
Fortement touchée par la perte de valeur de ses placements dans le secteur technologique, Investissement Québec a enregistré une perte de 224,2 millions $ en 2022-2023 – la plus importante de son histoire.
Le rendement s’est établi à -4,8 % pour l’exercice qui a pris fin le 31 mars.
«Ce résultat s’explique principalement par la hausse des provisions pour pertes et la baisse de valeur de certains placements», plus particulièrement dans le secteur du capital de risque et des fonds d’investissement, a expliqué IQ.
L’année précédente, IQ avait enregistré des profits nets de 344,7 millions $ et un rendement ajusté de 7,6 %. Au cours de l’exercice 2019-2020, qui avait subi le choc de la pandémie de COVID-19, le rendement avait atteint -7,9 %.
Moins d’interventions
En 2022-2023, IQ a réalisé 1293 interventions financières d’une valeur totale de 1,85 milliard $ pour des projets chiffrés à 6,79 milliards $. C’est moins que l’année précédente, alors qu’IQ avait effectué 1482 interventions d’une valeur de 1,99 milliard $ pour des projets de 7,89 milliards $.
En incluant les mandats du gouvernement, les interventions financières réalisées par IQ ont totalisé 4,2 milliards $, contre 4,9 milliards $ en 2021-2022.
«Il a fallu travailler deux fois plus fort pour convaincre» les entreprises de réaliser des projets d’investissement, a soutenu le PDG d’IQ, Guy LeBlanc.
La valeur du portefeuille géré par IQ a bondi de plus de 12 % en un an pour atteindre 13,8 milliards $.
«Il n’y a pas une vente d’entreprise qui ne m’arrache pas une petite partie du coeur»
Le grand patron d’Investissement Québec, Guy LeBlanc, a assuré mardi qu’il prenait au sérieux la propriété des entreprises d’ici alors que plusieurs d’entre elles sont récemment passées entre des mains américaines.
«Il n’y a pas une vente d’entreprise que je vois qui ne m’arrache pas une petite partie du coeur, a-t-il affirmé. J’aimerais qu’on les garde toutes, c’est sûr. On souhaite tous la même chose, mais ce n’est pas possible. On essaie de garder les plus stratégiques, celles qui sont les plus porteuses pour notre économie d’aujourd’hui et de l’avenir.»
Au cours des derniers mois, des Américains ont mis la main sur plusieurs chefs de file québécois, dont Uni-Sélect, Velan, Marquis Imprimeur et Classcraft.
«On ne peut pas empêcher la vente d’une entreprise. On va faire tout ce qu’on peut pour le faire, mais si jamais l’entreprise est vendue, cet argent-là reste essentiellement localement. Ces gens-là vont démarrer d’autres entreprises», a ajouté M. LeBlanc, en donnant l’exemple de Louis Têtu, qui a fondé Coveo après avoir vendu Taleo.
«Il faut aussi avoir une économie ouverte. On ne peut pas espérer faire des acquisitions sur les marchés internationaux et de ne pas perdre certaines entreprises», a-t-il conclu.