Une hausse des exportations québécoises qui coûte cher aux contribuables
Le gouvernement a versé plus de 90 M$ en neuf mois pour aider les entreprises à vendre à l’extérieur du Québec


Sylvain Larocque
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Investissement Québec (IQ) se targue d’avoir fait bondir les exportations l’an dernier, mais Le Journal a découvert que la hausse s’expliquait en partie par un généreux programme d’aide financière qui a versé plus de 90 millions $ en neuf mois à peine.
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Lancé en décembre 2021 par le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, le Programme de soutien à la commercialisation et à l’exportation (PSCE) permettait aux entreprises d’obtenir jusqu’à 250 000$ en subventions pour couvrir la moitié des coûts liés à la conquête de marchés hors Québec. Parmi les dépenses admissibles, on comptait les frais de voyage, l’embauche de consultants et l’achat de publicité sur les médias sociaux.
De janvier 2022 à septembre, le ministère de l’Économie a attribué plus de 90 millions $ à environ 500 entreprises, surtout des PME, dans le cadre du PSCE. C’est près de la moitié du budget de 200 millions $ que le gouvernement avait établi pour le programme sur une période de... cinq ans.
Programme suspendu
Devant l’afflux de demandes, Québec a fermé momentanément l’accès au programme il y a quelques mois. «Cette suspension vise à assurer la disponibilité des fonds pour les aides octroyées et en cours d’analyse», lit-on sur le site web d’IQ.

La popularité du programme a donné un coup de pouce aux chiffres de la société d’État pour ce qui est des exportations des entreprises québécoises. Pour l’exercice 2022-2023, qui a pris fin le 31 mars, IQ soutient que les interventions du gouvernement (conseils et subventions) ont facilité pour 3,1 milliards $ en ventes hors Québec, contre 2 milliards l’année précédente.
«On écrit aux entreprises en leur disant “On vous a accompagné sur tel territoire, est-ce que cela a généré des ventes fermes et si oui, combien?” Pour tous les chiffres qu’on déclare, ça prend un courriel de l’entreprise qui dit “Grâce à vous, j’ai réussi à aller chercher tel volume de ventes», explique Hubert Bolduc, président d’Investissement Québec International.
Bon pour les bonis
La hausse des exportations est une bonne nouvelle pour plusieurs dirigeants et salariés d’IQ, puisque cet indicateur contribue à l’établissement de leurs bonis annuels.
M. Bolduc reconnaît que certaines exportations portées au crédit d’IQ auraient eu lieu sans l’aide du gouvernement.
«Est-ce que les entreprises ont [toujours absolument] besoin de nous? Peut-être que non. Mais une chose est certaine, elles sont vachement contentes de l’aide qu’on leur apporte, de nos conseils et des portes qu’on leur ouvre», dit-il.
Le dirigeant admet par ailleurs que la hausse des exportations est davantage attribuable aux conseils d’IQ qu’aux subventions, ce qui jette un doute sur l’utilité réelle d’un programme coûteux comme le PSCE. En 2021-2022, 73% des exportations comptabilisées par IQ provenaient des entreprises ayant reçu des conseils et tout juste 27% de celles ayant reçu une aide financière.
«Au lieu de subventionner des dépenses comme des voyages d’affaires, des publicités Facebook et d’autres frais d’expansion internationale, Québec devrait plutôt revoir son cadre fiscal et réglementaire», réagit Gabriel Giguère, analyste en politiques publiques à l’Institut économique de Montréal.
– Avec Philippe Langlois, Agence QMI