Tous les résultats
Publicité

Ingérence américaine: l’Amérique latine n’a pas oublié les opérations du passé

Photo portrait de Mina Collin

Mina Collin

2026-01-05T02:28:20Z

Partager

Le passé interventionniste des États-Unis en Amérique latine, incluant des opérations visant à renverser des gouvernements, alimente aujourd’hui encore la méfiance de pays latino-américains, notamment après la capture de l’ex-président vénézuélien Nicolás Maduro.

• À lire aussi: «Impossible de faire un pronostic» sur l’avenir du Venezuela après la frappe américaine

• À lire aussi: «Illégale», «légitime» et «condamnable»: Le monde réagit à la capture de Nicolas Maduro

• À lire aussi: Nicolás Maduro comparaîtra lundi devant un juge de New York

«Il y a un goût amer, surtout dans des pays comme le Mexique et Cuba, qui ont subi directement les agressions américaines», a déclaré le professeur associé au Département d’histoire de l’UQAM, José Del Pozo.

Selon José Del Pozo, spécialiste de l’histoire de l’Amérique latine, ce sentiment d’amertume n’empêche toutefois pas la majorité des pays latino-américains de préserver des relations diplomatiques avec les États-Unis, à l’exception de Cuba, et de maintenir des liens économiques par nécessité.

Par ailleurs, de nombreux Vénézuéliens ont salué l’intervention américaine ayant évincé l’ex-président Nicolás Maduro, y voyant l’espoir d’un changement de régime.

PHOTO Tirée de X (@MissSunshine4)
PHOTO Tirée de X (@MissSunshine4)

D’autres pays en Amérique latine, dont le Brésil, la Colombie et le Mexique, ont toutefois vigoureusement dénoncé l’opération, la qualifiant notamment d’atteinte à la souveraineté régionale et jugeant les bombardements excessifs.

Publicité

À la suite de l’attaque, le président cubain Miguel Díaz-Canel a appelé les pays d’Amérique latine à «serrer les rangs».

Malgré ces critiques, José Del Pozo estime improbable la formation d’un front commun contre Washington.

«Il est fort douteux qu'une telle alliance soit mise sur pied. Peu des pays latino-américains osent aller loin dans la critique contre l’agression diriger par Trump, a-t-il indiqué. Il est possible qu’il y ait des gestes de résistance, mais je ne crois pas qu’il y ait une croisade nationale épique comme celle des Vietnamiens contre l'occupation des États-Unis.»

Un passé lourd d’interventions

Entre 1898 et 1994, les États-Unis sont intervenus au moins 41 fois pour renverser des gouvernements en Amérique latine, parfois directement avec l’armée et parfois indirectement via des acteurs locaux encouragés par Washington.

Dans ReVista, la revue d’Harvard consacrée à l’Amérique latine, le professeur émérite d’affaires internationales et d’histoire John H. Coatsworth estime que les opérations, longtemps justifiées par la sécurité nationale, sont désormais jugées peu crédibles.

Comme l’historien le souligne, les États-Unis n’ont jamais été confrontés à une menace militaire importante en Amérique latine au XXe siècle.

Les intérêts économiques et la volonté de maintenir leur influence dans la région ont joué un rôle clé, tout comme la compétition politique interne et la perception de menaces futures, notamment après la Révolution cubaine.

Ces interventions ont généré du ressentiment et remis en question l’engagement américain envers la démocratie.

La diminution notable des interventions depuis la fin de la guerre froide est perçue comme un développement positif, ajoute John H. Coatsworth.

Publicité
Les interventions en faits
  • Dans les années 1960, les États-Unis ont contribué à renverser neuf gouvernements qui sont tombés aux mains de militaires, soit l’équivalent d’un renversement tous les 13 mois, plus que dans toute autre décennie
  • 11 pays sur les 20 que compte l’Amérique latine ont vu au moins un de leur gouvernement être renversé par les États-Unis
  • Le Nicaragua est le pays le plus visé, avec six interventions entre 1910 et 1990
Des interventions marquantes

Mexique, 1913 – Coup contre Madero organisé par l’ambassadeur américain Henry Lane Wilson

Ce coup d’État, connu sous le nom de «Décade tragique», a mené à l’assassinat du président démocratiquement élu Francisco I. Madero et a plongé le Mexique dans une période d’instabilité majeure durant la Révolution mexicaine.

Guatemala, 1954 – Renversement du président élu Jacobo Árbenz

La CIA a orchestré une opération secrète pour soutenir une force armée qui a forcé le président Jacobo Árbenz à quitter le pouvoir, notamment en raison de ses réformes agraires touchant des intérêts américains

Brésil, 1964 – Coup militaire qui renverse le président élu João Goulart

Cette intervention permettra l’instauration d’une dictature militaire qui durera 21 ans.

Chili, 1973 – Coup qui renverse le président élu Salvador Allende

Ce coup mènera au début de la dictature de Pinochet ayant eu un lourd impact sur les droits humains.

Nicaragua, 1979 – Pression américaine pour le départ de Somoza

Cette intervention marquera la fin d’une dictature pro-américaine et l’arrivée du gouvernement sandiniste, important pour la guerre froide en Amérique centrale.

Publicité
Publicité