«Indéfendable»: Benoit Mauffette touche droit au cœur avec une performance bouleversante
Nathalie Slight
Partager
Benoit Mauffette surprend par son interprétation sensible et profondément humaine dans Indéfendable, alors qu’il se glisse dans la peau d’un homme légèrement handicapé intellectuel qui doit faire face à la justice. Une performance qui met en lumière le grand talent du comédien, bien loin de la naïveté des personnages qu’on lui confie habituellement.
• À lire aussi : Samantha Fins de « STAT » change de tête et dévoile son nouveau look
• À lire aussi : L’acteur français Bruno Salomone s’est éteint à 55 ans
• À lire aussi : « L’amour est dans le pré »: Le revirement de situation dans l’histoire de Tommy divise les téléspectateurs
Benoît, qu’est-ce qui t’a amené vers le métier de comédien ?
Honnêtement, quand j’étais ado, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie. Un ami m’a dit : « Tu devrais aller étudier en théâtre », et je me suis inscrit sur un coup de tête. La toute première fois que j’ai joué devant des gens, c’était lors de mon audition à l’école de théâtre. Il faut croire que j’avais un petit quelque chose, puisque j’ai été accepté du premier coup, malgré mon manque d’expérience.
As-tu déjà pensé faire autre chose que le métier d’acteur ?
Certain ! J’ai essayé mille et une choses — et je continue, d’ailleurs, non pas dans le but de changer de carrière, mais juste parce que j’aime apprendre et découvrir. D’ailleurs, je suis présentement un certificat en gestion aux HEC. Avant d’entamer ce projet d’études, j’ai terminé une majeure en microbiologie et une mineure en études allemandes.

Quel est le premier rôle que tu as décroché au petit écran ?
C’était dans Tranches de vie à TVA. Ma mère dans la vraie vie, Pauline Martin, jouait ma maman. Et mon père télévisuel, c’était Raymond Bouchard. Je ne conserve que de bons souvenirs de ce grand homme, décédé en février dernier. Cette série était mon tout premier contrat à la télévision, et Raymond s’était montré d’une grande générosité envers moi, me donnant plein de petits trucs que j’utilise encore aujourd’hui.

Tu as décroché plusieurs premiers rôles au fil des ans, dans Les Simone, Les Invisibles et Paris Paris. Pourtant, on a l’impression de te redécouvrir à travers chacun de tes personnages.
Ma carrière se présente par vagues et je vis très bien avec ça, puisque chaque personnage me prépare au prochain. Dans Paris Paris, je campais l’un des rôles principaux avec Maxim Roy. Le tournage avait principalement lieu à Hamilton, en Ontario. Tourner à l’extérieur pendant deux mois, c’était vraiment génial, puisqu’on vivait dans une sorte de bulle créative qui m’a permis de pousser mon interprétation plus loin. J’irais même jusqu’à dire que je n’aurais pas pu camper mon personnage dans Indéfendable avec autant de nuances si je n’avais pas joué précédemment dans Paris Paris.


Peux-tu nous en dire plus sur ton personnage dans Indéfendable?
Mon personnage s’appelle David Delaunay, un homme à la limite de la déficience intellectuelle. Pensez au personnage que campe Tom Hanks dans le film Forrest Gump, un gars capable de faire son chemin dans la vie, mais pas assez outillé pour comprendre les règles sociales. David est très attaché à sa voisine, il aime prendre soin d’elle, mais son incompréhension du monde qui l’entoure va jouer contre lui.
C’est intéressant comme intrigue !
Oui, vraiment. Est-ce qu’une personne aux prises avec une déficience intellectuelle est responsable ou non de ses actes ? Lorsque j’ai reçu le texte, au bout de deux scènes, j’étais en larmes. C’est la première fois qu’une telle chose m’arrive, pour vous dire à quel point cette intrigue est forte. J’ai discuté avec la productrice et autrice Izabel Chevrier qui m’a donné de bonnes pistes pour camper ce personnage. J’ai aussi consulté une de mes proches qui travaille dans le système de santé et qui côtoie régulièrement des déficients intellectuels.
Lequel des avocats représente David Delaunay ?
Maître Léo Macdonald, incarné par Sébastien Delorme. J’ai adoré travailler avec lui, parce que malgré la charge émotionnelle, l’atmosphère n’était pas lourde sur le plateau. Nous avons eu beaucoup de plaisir à donner vie à cette intrigue. Même si David est « différent », je crois que plusieurs téléspectateurs vont se reconnaître en lui, parce qu’on a tous, à un moment ou à un autre de notre vie, fait du mal à quelqu’un sans le vouloir.
Dans ta biographie mise en ligne par ton agence d’artistes, c’est indiqué que tu parles allemand. Dans quel contexte as-tu appris cette langue ?
J’ai un souvenir très clair du moment où le mur de Berlin est tombé en 1989 : je demandais à mes parents pourquoi il y avait plein de gens qui se serraient dans leurs bras dans la rue. Je ne pouvais pas concevoir que l’on construise un mur pour séparer une ville en deux. Toujours intrigué par l’Allemagne une fois adulte, je suis allé vivre là-bas six mois pour étudier la langue.
As-tu déjà mis de l’avant cet atout dans ton métier d’acteur ?
Oui. On peut m’entendre parler allemand dans le film québécois Le cyclotron, sorti en 2017, et j’ai aussi joué un personnage entièrement en allemand dans la pièce de théâtre Tout ce qui tombe, présentée en 2012. Ça commence à faire longtemps, je serais dû pour un rôle où je peux parler cette langue ! J’ai un ami d’origine allemande avec qui je peux discuter, alors, malgré les années, je ne suis quand même pas si rouillé.
Autre fait surprenant sur toi : tu as étudié en microbiologie !
Eh oui ! Mon problème, c’est que je n’ai pas assez d’une vie pour approfondir tous les sujets qui m’intéressent ! (rires) J’ai réalisé une capsule de vulgarisation scientifique qui a remporté un prix au Festival Parisciences avec mention spéciale du jury, en 2024. Présentement, je suis en train d’apprendre le langage de programmation pour interagir de façon plus précise avec l’intelligence artificielle. Ça ne fera pas de moi un spécialiste, mais ça me permet de mieux comprendre le monde qui nous entoure.

Et pourquoi l’intelligence artificielle te fascine-t-elle ?
On n’arrête pas d’entendre que les comédiens pourraient être remplacés par des avatars, mais je crois que la seule façon de contrer ça, c’est d’offrir des performances d’une grande humanité, comme on m’a permis de le faire dans Indéfendable. Aussi développée soit-elle, l’intelligence artificielle ne pourra jamais recréer la sensibilité, la vulnérabilité et la complexité des sentiments humains.
En terminant, nous pouvons te voir présentement dans la 12e saison de LOL Juste pour rire. Que peux-tu nous dire sur ce projet ?
Il s’agit d’une comédie à sketches sans paroles, de loin le projet le plus déroutant auquel j’aie pris part en carrière. Impossible de se préparer, le résumé de chaque sketch fait à peu près quatre lignes ! On travaille donc avec une totale liberté, sans filet, guidé par le réalisateur. J’ai adoré travailler avec cette belle gang de fous. J’ai eu la chance de jouer aux côtés d’Antoine Vézina, le Maître Yoda de la comédie à sketchs. J’ai beaucoup appris, juste à le regarder jouer.