Des réseaux d'Airbnb illégaux découverts dans cinq tours du centre-ville de Montréal
Des propriétaires et la ville sont impuissants face à un stratagème bien rodé
Dominique Cambron-Goulet
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Malgré des règles de plus en plus strictes ces dernières années, des réseaux d’Airbnb illégaux ont pris d’assaut des tours de logements neuves du centre-ville de Montréal, a découvert notre Bureau d’enquête, qui a identifié plus de 120 annonces aux caractéristiques étrangement similaires.
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Notre Bureau d’enquête a identifié cinq bâtiments locatifs du centre de Montréal où pullulent les annonces pour des Airbnb illégaux.
Les propriétaires, les gestionnaires d’immeubles, la Ville de Montréal et les voisins parlent d’un « fléau », mais n’arrivent pas à en identifier les responsables. Ces derniers se cachent derrière des profils Airbnb dits « vérifiés », bien que leurs visages demeurent totalement inconnus.
« Pendant le Grand Prix, c’était carrément vivre dans un hôtel. La vue de plein de monde avec des valises, c’est rendu anxiogène », souffle une locataire du Champlain, un édifice de 226 logements situé dans le Village, qui a requis l’anonymat.
Dans son immeuble seulement, notre Bureau d’enquête a dénombré 31 annonces sur la plateforme Airbnb affichant une décoration pratiquement identique. Elles sont toutes illégales, tant en vertu des règlements municipaux que de la législation québécoise.
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Et il ne s’agit pas du seul édifice problématique.

« C’est un problème qui est généralisé à travers l’industrie. On a beaucoup de misère à contrôler ça », observe David Owen, dirigeant de MonDev, qui possède notamment le Champlain.
Propriétaires impuissants
Cogir, le gestionnaire de ces cinq immeubles, précise que tous les baux y interdisent pourtant explicitement l’hébergement touristique.
Une personne physique signe ce bail et passe même une enquête de crédit sans encombre. Mais ça se gâte par après.
« On donne les clés, puis, une semaine après, on voit les gens rentrer avec des valises. Et c’est là qu’on se rend compte que [ce sont de] potentiels Airbnb », rapporte Adib El Morr, responsable de la gestion des immeubles de MonDev chez Cogir.
« Ça semble être organisé. Je n’ai pas de confirmation, mais, d’après moi, c’est la même personne ou le même regroupement qui loue pas mal d’appartements », pense-t-il.

Dur à démanteler
La responsable de l’escouade des résidences touristiques de la Ville de Montréal, Korinne Foucher, affirme que son équipe enquête sur les immeubles abritant un grand nombre de logements Airbnb illégaux.
« Ce n’est pas aussi simple d’appliquer une réglementation dans une unité louée par une personne seule que de réussir à démasquer puis démanteler un réseau qui opère dans un grand bâtiment », dit-elle.
« Quand les gens veulent faire quelque chose d’illégal, ils sont créatifs pour réussir », ajoute-t-elle.

Le fait qu’il y ait un propriétaire, un gestionnaire d’immeuble, un locataire, puis une autre entreprise exploitant les hébergements complique aussi beaucoup la tâche des inspecteurs municipaux.
« Ultimement, on veut donner le constat à la bonne personne, à celui qui vraiment fait l’activité illégale », soutient Mme Foucher.
Cogir et MonDev assurent tout faire pour freiner le réseau qui sévit dans leurs immeubles.

« On envoie des mises en demeure et les locataires ne réagissent même pas. On a réussi à en évincer quelques-uns devant le Tribunal administratif du logement (TAL), mais ça prend beaucoup de temps », explique M. El Morr.
Selon le gestionnaire d’immeuble, Airbnb « se fout » de la légalité des annonces publiées sur sa plateforme.

Des annonces presque pareilles
Annonces similaires, hôtes communs, décoration identique, mêmes numéros de permis usurpés, de nombreux indices démontrent que des Airbnb illégaux ne sont pas l’œuvre d’individus isolés.
Anthony Michael est un « superhôte » Airbnb depuis 11 mois. Sur la plateforme, il présente 10 annonces. Six sont pour des logements situés dans le Laurence, trois pour des appartements dans le Domo et une pour une unité dans le Champlain, trois édifices construits par MonDev et gérés par Cogir.
Sur les photos d’une annonce à l’autre, on reconnaît tantôt les mêmes coussins, cadres, couvertures, etc.
Sur le comptoir de la cuisine d’un des logements, on voit bien en évidence le livre Antoni in the Kitchen d’Antoni Porowski.
Le même ouvrage, posé élégamment près du même bloc à couteaux japonais, apparaît dans toutes les annonces d’Ellena Moore, une autre « superhôte » dont l’identité est dite vérifiée par Airbnb et qui loue 8 unités dans le Champlain.

Au total, notre Bureau d’enquête a identifié 121 annonces qui présentent ce genre de similitudes dans cinq bâtiments montréalais.
Parfois, ce sont les numéros d’enregistrement du ministère du Tourisme qui se recoupent. Ils sont tous volés à d’autres établissements en règle.
Ces annonces impliquent 17 hôtes différents, dont les photos sont aussi génériques que la description de leur profil.
Interrogée sur les vérifications d’identité de ces personnes qui détiendraient plusieurs logements dans le même immeuble, Airbnb n’a jamais donné suite à nos courriels.
« Pas notre problème »
Selon les informations que nous avons recueillies, une même entreprise, Lodgo, a reçu des meubles et du courrier à son nom dans plusieurs des logements offerts aux touristes.
« Ce ne sont pas nos logements », affirme le président de l’entreprise, Gidhal Gharsellaoui. Il indique offrir des services « d’ameublement » et de « photos ».
« C’est légal, faire de l’ameublement. On nous engage pour aménager et faire des photos. Après, c’est pas notre problème si une personne fait du Airbnb ou pas », soutient-il.
M. Gharsellaoui a refusé de dire qui sont ses clients. «[Ce sont] plusieurs personnes. On a pas mal de clients comme ça », s’est-il contenté de dire.
L’entreprise Lodgo exploite en toute légalité deux établissements d’hébergement touristique dans le Quartier latin. En 2023 et 2024, elle a toutefois été sanctionnée à quatre reprises par Revenu Québec pour de l’hébergement touristique illégal.
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