«Il y a quelque chose d’un peu choquant, d’assez drôle dans cette réalité-là», raconte l’auteur Arthur Friso, qui présente son tout premier roman


Frédérique De Simone
Partager
Dans son premier roman, Le Junk, Arthur Friso aborde, avec un ton grinçant, le sort d’une famille dysfonctionnelle, ses non-dits et ses malaises, en visite à Hong Kong.
Sous une chaleur accablante, on y suit deux frères et une sœur devenus adultes répondant à l’appel de leur père, qui y est expatrié. Pendant une semaine, ils partageront l’exiguïté d’un bateau-maison (une jonque) amarré dans la marina d’Aberdeen, où se côtoient les yachts de luxe et les embarcations de fortune d’une bande d’expats qui s’y prélassent.
Elle-même agitée par les émeutes et les tensions politiques, la ville, qui fait partie intégrante du récit, s’amuse à torturer les personnages avec ses canicules et ses saveurs exotiques.
À l’étroit, la fratrie n’aura nulle part où fuir, ni la logorrhée du père ni le dysfonctionnement de leurs liens.
«J’ai vu ces espèces de communautés là, bizarres, expatriées, qui se promènent dans les rues comme si elles leur appartenaient. Il y a quelque chose d’un peu choquant, d’assez drôle et d’assez concret quand on débarque là-bas et qu’on voit cette réalité-là», a souligné le jeune auteur, qui enseigne aussi la philosophie au cégep, en entrevue avec l’Agence QMI.

«Les expats, qui sont souvent plus fortunés, agissent comme s’ils étaient au-dessus des lois. J’avais envie de faire cette espèce d’étude de milieu là dans un petit huis clos familial, avec des relations assez bizarres, dysfonctionnelles», a-t-il poursuivi.
L’auteur dit aussi avoir été influencé par l’ouvrage Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras, qui aborde entre autres la figure de la mère, les enfants et des relations parfois aussi étranges qu’intenses, pour construire son récit. Combiné à ses nombreux voyages en Asie, il y voyait là une matière assez riche à exploiter dans sa première œuvre.
«Dans le texte, j’ai aussi essayé d’avoir en parallèle le côté plus privé, plus familial, avec la figure du père, mais aussi toujours, comme miroir de ça, le côté plus social, la grande échelle», a-t-il dit.
À propos de l’auteur
Né aux Pays-Bas en 1995, Arthur Friso s’identifie comme un Québécois né à l’étranger. Il a grandi dans la grande région métropolitaine de Montréal et a occupé divers métiers, dont celui d’ébéniste et de fonctionnaire, avant de se lancer officiellement dans l’écriture romanesque.

Quand on cherche sa biographie en ligne, on n’y trouve que deux petites phrases, se déclinant comme suit: «Arthur Friso vit à Montréal. Il n’a pas fait d’études en littérature», choisies avec soin par l’auteur.
«Quand Boréal m’a demandé de faire ma biographie, ils m’ont dit que j’avais carte blanche. Et, à ma grande surprise, ils ont accepté cette bio-là où je ne disais absolument rien», a-t-il dit en riant, indiquant l’avoir fait avec une pointe d’humour.
«Je suis une personne assez pudique. Je n’ai pas trop envie de parler de moi, surtout pas dans un contexte public», a-t-il ajouté.
L’auteur, qui s’est récemment lancé dans la rédaction d’une thèse de doctorat en philosophie, a d’ores et déjà dans ses cartons un nouveau projet littéraire. Celui-ci se déroulera à Montréal, où la menace d’une annexion par un régime fasciste lui pendra au bout du nez.
Le Junk atterrira sur les étals des libraires le 20 janvier prochain.
Le Junk
Arthur Friso
Les Éditions Boréal
222 pages