Il y a encore du travail à faire, selon Chantal Machabée


Mylène Richard
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«Tu n’as pas d’affaire là.» «Tu voles la job d’un homme.» «As-tu une idée de ce qu’est un hors-jeu?» Des commentaires sexistes et des jugements sur son apparence, Chantal Machabée en a eu trop. Et même après près de 40 ans de carrière, elle croit qu’il faut encore se battre pour l’équité dans le sport.
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Invitée de l’Omnium Banque Nationale lors de la journée consacrée à l’équité, jeudi, Machabée avoue que la cause lui colle à la peau, même en 2024.
«Ça s’est amélioré beaucoup, mais il y a encore du travail à faire, assure la vice-présidente, communications hockey, du Canadien. Il ne faut pas abandonner, il faut encourager nos jeunes filles à foncer. Tout est possible, il ne faut pas s’arrêter aux commentaires désobligeants. La misogynie est encore très présente.»
L’ancienne lectrice de nouvelles et journaliste sportive précise qu’il y a maintenant des «hommes extraordinaires qui sont là pour nous défendre».
«Ce n’est pas d’être féministe, mais d’avoir notre place et les mêmes possibilités que les hommes. C’est aussi simple que ça, l’équité», résume-t-elle.
Aujourd’hui, la grand-mère de la petite Emma, un an, souhaite pouvoir lui dire qu’elle peut travailler dans la construction sans problème ou faire comme mamie.
Pas de congé de maternité
Quand elle a eu ses garçons, il y a 28 et 30 ans, il n’y avait pas de congé de maternité. Elle a profité de deux ou trois mois de repos, parce qu’«on n’avait pas le choix, on n’avait pas de compensation».
«J’allaitais encore quand je suis retournée travailler. Ce n’était pas évident. Mais mon patron, Charles Perreault, avait été extraordinaire. Il s’était organisé pour que j’aie un horaire de jour, pour que je ne finisse pas à minuit ou 3h du matin», raconte l’ex-tête d’affiche du bulletin Sports 30 à RDS.

Des menaces de mort
Lorsque Machabée a commencé à suivre les activités quotidiennes du CH, les réactions négatives ont refait surface. Sur les réseaux sociaux, elle a encaissé des «insultes épouvantables» et des «menaces de mort».
«J’avais dit à ma famille: “Ils ne m’auront pas, j’aime trop ça, ce n’est pas vrai que je vais me décourager. J’ai travaillé trop fort pour me rendre où je suis, je ne vais pas abandonner”», relate-t-elle avec fierté.
«Mes gars n’ont pas trouvé ça drôle. Ils ont voulu péter des gueules des fois», ajoute celle qui n'a jamais eu droit à l’erreur, tandis que les journalistes masculins pouvaient connaître une mauvaise journée au boulot.
À force de la voir persévérer, les gens odieux se sont faits plus discrets. Mais quand elle a accepté l’offre du Canadien, son plus jeune garçon a voulu s’effacer des réseaux sociaux, de peur que ça soit «l’enfer», que sa mère se «fasse ramasser».
«Finalement, il a vu la vague d’amour et de sympathie des gens. Ç’a fait tellement du bien après 35-38 ans de chnoute d’avoir cette reconnaissance.»
L’exemple du tennis
Grande fan de tennis, Machabée croit que ce sport peut paver la voie. Les bourses dans les Grands Chelems sont équitables et les deux styles de jeu sont appréciés.
«C’est comme regarder un match de hockey masculin et féminin, les deux sont excellents. Les gens le découvrent. Je trouve ça extraordinaire, parce que ce n’était pas comme ça avant», dit-elle en faisant aussi le parallèle avec les Olympiques, où les compétitions de tous genres sont regardées.
«Le sport féminin s’en vient aussi populaire que le sport masculin. Quand j’ai commencé, le sport féminin n’existait presque pas. On en riait un peu, ce n’était pas pris au sérieux. Là, je trouve ça merveilleux», conclut Machabée.