«Il fallait que je passe par là pour être un artiste épanoui», confie Samuel Larochelle sur son parcours atypique


Frédérique De Simone
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À peine un mois après avoir emménagé dans sa maison en Estrie, Samuel Larochelle a tout quitté pour revenir s’établir à Montréal.
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L’auteur, qui avait pourtant atteint un ras-le-bol de la grande ville, où tout dans la vie urbaine l’agressait, s’est comme senti renaître en retrouvant les rues d’Hochelaga-Maisonneuve, son quartier.
Dans son nouveau roman, Je ne serai jamais Roy Dupuis, l’écrivain prolifique, qui en est à son 19e ouvrage, revisite avec humour, finesse et autodérision trois moments charnières qui ont radicalement influencé le cours de sa vie. Il revient entre autres sur sa jeunesse, durant laquelle il a tout fait pour être admis dans les écoles de théâtre – hélas, sans succès ! –, ainsi que sur les expériences négatives qui l’ont poussé à réorienter sa carrière, pourtant florissante dans le monde des médias et du journalisme.

Originaire d’Amos, tout comme l’interprète d’Ovila Pronovost dans Les Filles de Caleb – dont le spectre fantasmé plane au-dessus de la tête de l’auteur tout au long du récit –, le créateur des cabarets Accents Queers entraîne le lecteur dans la découverte et l’acceptation de sa sexualité, mais aussi à travers ses années de doute, de révolte et le sentiment persistant de marcher à côté de sa vie.
« Deux des trois parties du livre parlent du rêve de carrière, de qui l’on veut devenir, de la façon dont on se construit et des obstacles qui nous empêchent d’accomplir nos rêves », a-t-il expliqué en entrevue avec l’Agence QMI.
« C’est aussi un livre sur l’image de soi, sur ce qu’on pense devoir devenir, sur la vie qu’on s’imagine et sur ce que l’on est réellement », a-t-il poursuivi.
L’auteur revient également, dans cet ouvrage qui plaira à un large public, sur les chemins sinueux par lesquels il est passé avant de trouver sa voie : les changements de carrière, l’abandon de certains programmes d’études, mais aussi la création de plusieurs projets qui ont finalement vu le jour.

« Il fallait que je passe par toutes ces avenues-là pour ensuite être un journaliste heureux et un artiste épanoui. Au même titre qu’il fallait récemment que je quitte Montréal, que je m’achète une maison dans une autre région et que je la vende beaucoup trop rapidement pour réaliser à quel point ma vie était montréalaise », a-t-il confié, complètement en paix avec sa décision.
« De l’extérieur, ça peut sembler incohérent, mais moi, je sais qu’en vivant chacune de ces étapes-là, c’est comme ça que je me suis trouvé. Ce n’est pas du temps perdu, ce ne sont pas des erreurs, ce ne sont pas des échecs. C’est la vie qui trouve son chemin », a-t-il ajouté.
« C’est en expérimentant, en se questionnant et en creusant à l’intérieur de soi qu’on finit par trouver qui on est », a indiqué l’auteur, qui fera éventuellement ses premiers pas comme scénariste.
Montréal
Très présente dans le récit, Montréal est à la fois décrite comme un Eldorado, où foisonne une vie culturelle riche, et comme un lieu abritant une importante communauté queer, essentielle au développement du protagoniste.
« Dix-neuf ans plus tard, à cause de ce qui m’habite comme émotions, comme stress, comme anxiété, cette ville-là qui bourdonne est tout d’un coup devenue un problème. J’avais envie de raconter ce qui s’était vraiment passé, et c’est beaucoup moins rose qu’on pourrait le croire », a soutenu l’auteur en entrevue.
« En déménageant en Estrie, j’ai vécu sur le terrain ce que j’appréhendais, c’est-à-dire une faible présence LGBTQ+, donc un potentiel amoureux limité autour de moi. Je réalisais que l’idée d’aller une fois par semaine à Montréal, comme je me l’étais promis, ne tenait pas. Il y avait une solitude trop grande dans ce mode de vie », a-t-il poursuivi.
« Je ne voulais pas mettre toute mon énergie à reconstruire une vie et des liens, mais plutôt la consacrer à mes projets – et Dieu sait que j’en ai beaucoup. »
Je ne serai jamais Roy Dupuis
Samuel Larochelle
Éditions Québec Amérique
144 pages