«Il a tout pour lui»: un expert des gardiens se réjouit pour Fowler, mais croit encore en Dobes


Stéphane Cadorette
Partager
Montréal s’emballe de la prestation de Jacob Fowler à Ottawa à la suite de son rappel et d’ici aux séries, tout le monde voudra qu’on lui confie le filet. Bonne stratégie ou un plan trop audacieux ? On a posé la question à un ancien collègue qui connaît une chose ou deux sur les gardiens.
• À lire aussi : La recrue a été sublime devant le filet du Canadien : avec Jacob Fowler, Martin St-Louis a gagné son pari
• À lire aussi : Jacob Fowler a les deux pieds dans la porte
• À lire aussi : Fin de saison du CH : beaucoup de travail pour Dobes et sûrement Fowler
Les plus avides lecteurs du Journal connaissent sans doute Gilles Moffet. Non seulement il a longtemps écrit sur le hockey, mais il a aussi publié le magazine Goalie’s World, de 1996 à 2011.
Il a lui-même été gardien au niveau universitaire au Collège Merrimack en plus d’évoluer quatre saisons dans les rangs professionnels.
Jusqu’en 2023, il publiait dans ces pages une chronique et un classement sur les gardiens de la LNH, en utilisant un algorithme de statistiques avancées pour évaluer leurs performances.
Jaser de gardiens avec le bon « Moff », qui se passionne pour cette position depuis plus de 60 ans, vous comprendrez que c’est fascinant.
Bien au fait que la présence de Fowler devant le filet du Canadien enflamme la province au grand complet, le routier s’excite aussi, mais invite néanmoins à la prudence.
« Il a tout pour lui, mais normalement, le plan serait qu’il fasse les séries à Laval », souligne-t-il, en rappelant le maigre bagage de 30 matchs de Fowler avec le Rocket, dans la Ligue américaine de hockey.
« Passer du junior ou de l’universitaire à la LNH directement, tu ne vois à peu près plus ça. Être gardien numéro un dans la LNH, c’est carrément un mode de vie. Tu as la responsabilité de l’équipe et quand elle va mal, c’est à toi de redresser ça. »
Une excellente technique
Moffet, comme bien d’autres, se dit convaincu que le « bijou de l’organisation », c’est Fowler. De là à lui confier le filet dès maintenant avec les séries qui se profilent dans un court horizon ?
« Si Fowler devient le numéro un, je ne suis pas inquiet, mais il faudra voir s’il peut être efficace plusieurs matchs de suite.
« Techniquement, il est rarement hors position en dehors de son demi-cercle. Il demeure très centré. Dans les jeux près du filet, il reste compact et se donne toujours une chance. Il est avancé techniquement et mentalement pour son âge. Il dégage une belle confiance », analyse-t-il.
Et Dobes, lui ?
L’ex-gardien et journaliste d’expérience a toutefois vu neiger. Là où les uns s’emportent, il préfère garder son calme et rappeler que cette saison, un certain Jakub Dobes a maintenu un dossier de 21-6-4 devant la cage du Canadien.
« Tout le monde s’emballe sur Fowler parce qu’on nous le vend depuis quelques années, avec raison. Il ne faut pas oublier que la saison passée, le Canadien n’aurait jamais été en séries si [Cayden] Primeau restait là et que Dobes ne faisait pas fait la différence comme il l’a fait.
« À la fin octobre, cet automne, si c’était juste de moi, j’aurais donné des matchs à Dobes en masse. À un certain moment, pendant deux semaines, je pense qu’il a eu deux départs. Ça m’a renversé. Celui qui a été capable de voler des matchs et de faire la différence, c’est Dobes. J’aurais aimé qu’on lui donne vraiment le ballon », plaide Moffet.
Mise en garde
Il ne reste plus que 18 matchs au calendrier régulier et notre expert sait trop bien que d’ici au début des séries, une question sempiternelle reviendra sur les lèvres de millions de Québécois tous les jours : « Qui goale à soir ? ».
« Je n’ai rien contre Fowler, je l’adore. Il a un potentiel énorme et il va connaître une belle carrière. Mais là, le débat est parti. Je n’aime vraiment pas l’idée d’arriver en séries avec un doute. Dès qu’un des deux gardiens va connaître un mauvais match, on va se demander si l’autre va prendre sa place et ça peut tuer une équipe en séries », rappelle-t-il sagement.
La fin pour Montembeault ?

Si le débat Fowler ou Dobes risque de diviser et de surchauffer les mordus québécois du Canadien dans les prochaines semaines, la suite des choses s’annonce moins trépidante pour Samuel Montembeault.
Aux yeux de l’ex-collègue et spécialiste des gardiens Gilles Moffet, il faut passer à autre chose pour ce qui est d’un autre espoir de relance concernant le gardien de Bécancour.
« Même quand Montembeault a connu quelques bons moments, je n’ai jamais senti qu’il pouvait faire la différence, contrairement à Dobes. Il ne faut plus parler d’essayer de le relancer dans le moment. On n’est plus là. À 30 ans ou presque, ça va devenir difficile pour lui de rester à Montréal », estime-t-il.
Il y a bien peu de positions, tous sports professionnels confondus, où une série de performances difficiles jouent autant dans la tête que chez un gardien de but.
« On voit depuis le début de la saison que sa confiance, il court après. Quand tu commences autant de travers, c’est très difficile de remonter. Ça te reste en dedans, quelque part. Je ne saurai jamais vraiment pourquoi, mais quand Montembeault est arrivé cette année, il n’était pas prêt », explique Moffet.
Test pour Dobes
Maintenant qu’à 21 ans, Jacob Fowler semble s’établir comme la nouvelle coqueluche des partisans et des médias, c’est au tour de Jakub Dobes de répondre présent, aux yeux de notre gourou des gardiens.
C’est le moment ou jamais de prouver qu’il n’entend pas céder son filet de sitôt, sans livrer une bonne bataille.
« C’est un beau test de caractère pour Dobes. J’ai toujours trouvé qu’il avait une certaine attitude dans son jeu. Techniquement, il est échevelé, mais on n’a toujours pas vu son plafond et c’est ce qui m’agace. Avant de donner une vraie chance à Fowler, j’aimerais voir si Dobes peut transporter l’équipe sur une bonne période. »