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Gouvernance à Hockey Québec: qui peut offrir les leviers qui ont manqué à Jocelyn Thibault?

Jocelyn Thibault
Jocelyn Thibault Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin
Photo portrait de Kevin Dubé

Kevin Dubé

2024-03-10T05:00:00Z

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Plusieurs intervenants sondés par Le Journal estiment qu’une implication gouvernementale est nécessaire à l’implantation d’une réelle saine gouvernance à Hockey Québec. De son côté, la ministre des Sports Isabelle Charest assure que la fédération a tous les leviers pour faire avancer ce dossier. 

Pourtant, en annonçant qu’il quitterait son poste en juin prochain, Jocelyn Thibault a évoqué à de nombreuses reprises le fait que Hockey Québec ne possède pas les «leviers» nécessaires afin de réaliser de réels changements, d’entamer une réforme concrète.

Samedi, le Journal expliquait comment, dans une certaine mesure, la modification de la loi sur la sécurité dans les sports pourrait aider HQ à obtenir certains leviers pour exercer un certain contrôle sur le hockey pratiqué dans la province. 

Pour ce qui est de la gouvernance, les choses changent, certes, mais le départ de Thibault a exposé les limites de ce que Hockey Québec était en mesure de faire, même si elle devrait en théorie être la première instance du sport dans la province.

À un point où, pour plusieurs, le gouvernement en place, par le biais de la ministre Charest, pourrait faire débloquer les «leviers» qui ont manqué à Thibault.

Vers des sanctions?

Ce dernier a répété à maintes reprises les failles en matière de gouvernance, surtout au sein des fédérations régionales. Depuis son départ, plusieurs exemples de ce qui cloche ont été exposés.

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Dans les bureaux de HQ, d’importants changements en matière de gouvernance ont été réalisés sous Thibault, surtout au siège social, pour répondre au code de gouvernance imposé par le ministère en 2022.

Parmi les principaux changements: chacun des membres du conseil d’administration ne pourra notamment pas réaliser plus de quatre mandats de deux ans, pour un maximum de huit années de service. Un comité indépendant de mise en candidature a aussi été mis en place, afin d’éviter que des amis se nomment entre eux. On demande également plus de diversité au conseil d’administration ainsi que l’ajout de membres cooptés. À quelques détails près, tout a été mis en place selon les recommandations gouvernementales.

Résistance

Maintenant, Hockey Québec a le mandat de faire appliquer ce code tout d’abord aux 14 fédérations provinciales, puis ce sera ensuite au tour des associations de hockey mineur qu’elles chapeautent.

Mais la résistance se fait sentir, exposant à nouveau le manque de leviers à Hockey Québec.

Comme dans la société en général, le changement peut être difficile à faire passer, surtout dans des associations habituées de se gouverner par elles-mêmes et dont certains membres y œuvrent depuis une dizaine, voire une vingtaine d’années, sans n’avoir eu à rendre de comptes à personne.

Au bout du compte, comment la fédération peut-elle imposer quoi que ce soit si elle n’a pas le pouvoir pour imposer des sanctions?

C’est là qu’il y a un flou.

«Ce n'est pas ce qui nous a été dit»

Selon ce qui nous a été raconté, la ministre Charest a été claire dans des rencontres avec Hockey Québec: les instances qui résistent se verront menacées de voir certaines subventions leur être retirées si elles s’entêtent à faire la sourde oreille.

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En entrevue avec Le Journal, la ministre a toutefois été moins incisive sur le rôle que peut jouer le gouvernement dans le dossier de la gouvernance à HQ.

«Hockey Québec a des leviers, a-t-elle assuré. Il y a des choses à mettre en place et on va accompagner Hockey Québec, c’est déjà ce qu’on fait. [...] S’ils veulent mettre en place des sanctions, c’est eux qui ont ces leviers.»

Un discours qui a surpris le président du conseil d’administration de Hockey Québec, Claude Fortin.

«Ce n’est pas du tout ce qui nous a été dit. À quoi ça sert de mettre ça en place si tu n’as aucun mordant pour le faire respecter? On a tout fait de bonne foi, on a mis un comité en place par souci de transparence et on a fait affaire avec un partenaire (BNP Performance philanthropique) qui est venu nous donner des conseils. La facture de BNP, c’est nous qui la payons.»

De quels leviers, donc, peut bien parler la ministre?

«Ce qu’on pourrait faire, c’est de passer une résolution et de retirer le privilège de vote d’une association. Qu’est-ce que tu penses que ça va créer comme climat à l’interne?»

Un peu de jus de licorne?

En coulisses, certains y voient un jeu politique et rappellent les menaces brandies par le ministère à la LHJMQ s’ils refusaient de se plier à leurs exigences dans le dossier de l’abolition des bagarres.

De son côté, celui qui succédera à Jocelyn Thibault, Stéphane Auger, n’est pas tombé en bas de sa chaise. Il avait entendu les mêmes choses qui ont été racontées au Journal.

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À ses yeux, il faudra que tout le monde mette la main à la pâte si l’intention est réellement de régler les problèmes de gouvernance dans le hockey mineur, et ce, à tous les niveaux.

«Du jus de licorne, ça n’existe pas. On ne peut pas tous en prendre un grand verre et que ça règle tout, image-t-il. Il va falloir qu’il y ait de la volonté de tout le monde, et je ne parle pas juste du ministère ou de la fédération. Tout le monde doit comprendre qu’il a un bout à faire. De mon côté, je vais travailler avec ceux qui veulent que ça marche.»

Auger sait toutefois qu’une intervention gouvernementale peut parfois être bénéfique pour faire avancer des dossiers qui stagnent.

«Quand on tentait de faire l’harmonisation du hockey scolaire, les négociations n’avançaient pas et à un moment donné la ministre nous a obligés à nous asseoir ensemble et a dit: là, ça presse. On avait finalement réussi à en venir à une entente.»

Et le statut de sport national, ça donnerait quoi?

Le président du Comité québécois sur le développement du hockey au Québec, Marc Denis, et la ministre déléguée à l’Éducation, responsable du Loisir et du Sport, Isabelle Charest, ont présenté leur rapport après plusieurs mois de consultation, le 5 mai 2022.
Le président du Comité québécois sur le développement du hockey au Québec, Marc Denis, et la ministre déléguée à l’Éducation, responsable du Loisir et du Sport, Isabelle Charest, ont présenté leur rapport après plusieurs mois de consultation, le 5 mai 2022. Photo Agence QMI, Marcel Tremblay

La reconnaissance du hockey comme sport national du Québec pourrait-il aider Hockey Québec à obtenir plus de pouvoirs? Si certains en coulisses estiment que oui, la ministre des Sports Isabelle Charest est catégorique: ce ne serait qu’une «belle mention», rien de plus.

«Hisser le hockey au rang de sport national du Québec» était d’ailleurs la toute première recommandation émise dans le rapport du Comité québécois sur le développement du hockey.

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Au fil de nos discussions, certains intervenants nous ont aiguillé sur les intentions derrière cette demande. Deux membres de ce comité nous ont confié que le but de cette recommandation était d'offrir à Hockey Québec un statut particulier, plus «VIP», lui permettant de travailler sous moins de contraintes.

D'aider, finalement, à donner à Hockey Québec les moyens de ses ambitions.

«On voulait provoquer les choses, a expliqué le président dudit comité, Marc Denis. Notre désir était que les bottines suivent les babines puisque le premier ministre François Legault avait parlé du hockey comme de notre sport national lors de la conférence de presse de mise sur pied du comité. [...] D’être un emblème national, ça va plus loin que le sport, ça se transpose dans beaucoup d’autres sphères», a-t-il ajouté, préférant toutefois ne pas s'avancer sur les possibles pouvoirs que ce statut pourrait conférer.

Pour la ministre Charest, toutefois, il n’en est rien. Son ministère ainsi que celui de la Culture et des Communications du ministre Mathieu Lacombe «ont des discussions ensemble» dans le but d'appliquer cette recommandation.

Toutefois, elle assure qu’il n’offrira pas de statut particulier ni de financement supplémentaire à HQ.

«La crosse est notre sport national d’été et ça ne change rien», tranche-t-elle.

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