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Gai, lesbienne, trans, queer: la communauté LGBTQ+ joue-t-elle sur trop de tableaux en même temps?

Photo portrait de Anne-Sophie Poiré

Anne-Sophie Poiré

2024-08-29T10:05:00Z

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À mesure que l’acronyme LGBTQ+ s’allonge, certaines personnes affirment ne plus se reconnaître dans cette communauté. C’est vrai, la réalité d’une jeune femme trans est loin de celle d’un homme gai blanc. Mais est-ce dire qu’il faut séparer les luttes et la communauté?

«Quand j’ai commencé ma carrière, j’étais gai et ça prenait un certain courage pour t’afficher. Moi, je faisais les tapis rouges avec mon chum. Là, maintenant, les plus jeunes me regardent, moi, gai, comme si j’étais l’affaire la plus straight de la planète, parce que je ne suis pas gender-fluid, non binaire», racontait récemment Serge Denoncourt à l’animatrice Marie-Claude Barrette pour le balado Ouvre ton jeu.

«LGBTQ+, on dirait que nous, les hommes blancs gais, on ne fait plus partie de ça, on est trop straights», a ajouté le directeur artistique et qui s’affichait déjà en couple il y a 45 ans.

Mais, peut-on réellement être un homme trop blanc pour faire partie de la communauté LGBTQ+?

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Des divisions qui ont toujours existé

«On a entendu ça chez Interligne, des gens qui ne se sentent plus concernés par les luttes ou qui s’en sentent exclus. Mais ce n’est pas notre approche. Il y a des différences dans les communautés, mais il faut plutôt connecter les enjeux qui nous rassemblent pour faire avancer les causes», fait valoir le directeur général de l’organisme, Pascal Vaillancourt.

Photo fournie par ALEX PAILLON
Photo fournie par ALEX PAILLON

Anciennement Gai Écoute, l’association est devenue Interligne en 2017 pour répondre à la diversification des enjeux touchant l’intégralité des lettres qui constituent aujourd’hui l’acronyme 2SLGBTQIA+.

«Gai Écoute est né dans la crise du sida en 1980. On était là autant pour les hommes que les femmes, mais dans le contexte, on aidait majoritairement des hommes gais. On était là pour briser l’isolement de ceux qui étaient rejetés par leur entourage dans une crise sans précédent», explique M. Vaillancourt.

À cette époque, les lesbiennes se sont donc organisées de façon autonome.

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«Il y a toujours eu des divisions. Dans les années 1970 et 1980, c’était entre les hommes et les femmes. Les lesbiennes étaient très peu représentées dans les organismes», souligne la professeure de sexologie et première titulaire de la Chaire de recherche sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres à l’UQAM, Line Chamberland.

Dans les années 1990, les choses ont toutefois commencé à changer.

«Les gais vivaient des discriminations dans le système de santé autour du VIH et les lesbiennes risquaient de perdre leurs enfants dans les jugements de séparation comme beaucoup d’entre elles avaient eu des enfants dans de précédentes unions hétérosexuelles», raconte Mme Chamberland.

«Il a commencé à y avoir un peu plus de mixité pour se rallier autour des violences et des discriminations subies par toutes les communautés.»

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Assumer ses privilèges

Si les droits des gais et des lesbiennes sont désormais plus avancés, ceux des personnes trans ou non binaires accusent un retard qu’il est essentiel de rattraper «ensemble», insiste Pascal Vaillancourt.

«C’est un enjeu de santé publique, lance-t-il. Et dans le climat social actuel qui menace les droits des personnes LBGTQ+, on a tout intérêt à éviter la division intercommunauté. La violence est en augmentation, les appels de détresse sont de plus en plus lourds. On observe un recul depuis deux ans.»

«Toutes les personnes LBGTQ+ luttent contre des oppressions similaires», précise quant à elle la directrice générale par intérim du Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ), Cynthia Eysseric.

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«Ce n’est pas en se battant seul chacun de son côté qu’on sera capable d’atteindre des changements, mais c’est important de garder notre individualité [...] parce que les discriminations quotidiennes et systémiques ne sont pas les mêmes pour tout le monde.»

Au cœur du débat: la notion de «privilèges», estime quant à lui le militant Mika Charest, 21 ans, qui crée du contenu éducatif sur la réalité des personnes trans sur les réseaux sociaux, notamment.

«Ça se peut qu’une personne de la communauté LGBTQ se sente exclue, mais il faut être capable de mesurer nos privilèges. Je suis un jeune homme trans, mais je suis blanc et je suis un homme. Il y a des luttes qui avancent plus lentement que les miennes et c’est important de s’en rendre compte», explique-t-il.

Et ces enjeux ne concernent pas uniquement les personnes trans ou non binaires.

«Quand on parle d’identité ou d’expression de genre, ça touche toutes personnes qui ne correspondent pas à des standards de la masculinité ou de la féminité», signale Pascal Vaillancourt. Il cite en exemple la boxeuse algérienne Imane Khelif, qui s’est retrouvée malgré elle au cœur d’une controverse sur son identité de genre pendant les Jeux olympiques en France.

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Imane Khelif
Imane Khelif Photo AFP

• À lire aussi: 5 choses à savoir sur Imane Khelif, la boxeuse algérienne controversée

Clivage générationnel

«Il y a un petit devoir de mémoire, c’est-à-dire que si tu as 22 ans pis que tu penses que tu réinventes le monde parce que tu es gender-fluid, on peut prendre un café et je peux te raconter des affaires de 1976 et de 1980, pis du sida», affirmait Serge Denoncourt dans son entrevue avec Marie-Claude Barrette.

Pour les experts interrogés par 24 heures, cette position émane également d’un clivage générationnel au sein même de la communauté LGBTQ+.

«Je comprends la position de Serge Denoncourt, parce qu’un des défis que j’ai comme directeur d’Interligne, c’est de concilier les générations. On a tout avantage de bénéficier de l’expérience des luttes antérieures, mais aussi que les plus vieux soient à l’écoute des plus jeunes», estime M. Vaillancourt.

Mika Charest, lui, se dit plutôt «découragé» par la pointe de «condescendance» dans le discours «des petits jeunes qui ne comprennent pas ce les plus vieux ont vécu».

«En tant que petit jeune trans, dit-il, ce n’est pas vrai que ce que j’ai vécu est moins grave. Rappeler les luttes passées, c’est important. Mais rabaisser celles plus modernes est contre-productif surtout venant d’une personnalité publique avec une certaine influence.»

«Ce sont de grosses généralisations qui semblent provenir d’un manque de connaissance de certains concepts, poursuit le militant. Dire qu’il est trop straight pour faire partie de la communauté ou que les gens sont non binaires pour réinventer le monde? Je ne suis pas trans pour faire la révolution, mais parce que ça vient d’une dysphorie profonde. Il faut s’éduquer avant de dire de telles choses sur les générations qui nous suivent.»

L’identité de genre est en effet une réalité mal comprise dans la société. Et les gais et lesbiennes d’un certain âge ne font pas exception, selon la professeure Line Chamberland.

«Il y a un travail d’éducation qui doit être réalisé autant à l’intérieur des communautés qu’à l’extérieur. Il ne faut pas tenir pour acquis que tous les membres de la communauté comprennent et endossent ces nouveaux enjeux. Et si les organismes veulent faire avancer dans leur lutte, ce travail doit y être fait en priorité.»

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