Fini la vie de château pour un trafiquant québécois associé à l’ex-olympien Ryan Wedding
Nahim Jorge Bonilla se retrouve maintenant pourchassé par le fisc, qui lui réclame 1,8 million de dollars après qu’il s’est fait passer les menottes par des agents du FBI

Eric Thibault
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Un complice québécois de l’ex-olympien canadien et narcotrafiquant Ryan Wedding, qui roulait sur l’or avant de se retrouver derrière les barreaux aux États-Unis, se fait maintenant réclamer une petite fortune en impôt par Revenu Canada. Portrait de la vie rêvée et de la chute brutale d’un des « Narcos PQ ».
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« Joyeux anniversaire [...]! Je prie pour que Dieu veille sur toi, où que tu sois [...]. Des jours meilleurs arrivent et j’organiserai encore pour toi une autre fête d’anniversaire mémorable, une de ces fêtes extravagantes que tu adores... »
Le 21 avril dernier, la chanteuse pop Mel Granda publiait ce message plein d’optimisme sur sa page Facebook à l’attention de son conjoint, Nahim Jorge Bonilla.
Le restaurateur québécois de 38 ans, surnommé « The One », n’est pas facile à joindre.
Depuis un an et demi, Bonilla croupit dans une prison aux États-Unis en attendant son procès.

Il est passible d’une longue peine de pénitencier, puisque la justice américaine l’accuse d’avoir aidé le réputé narcotrafiquant Ryan Wedding et le cartel mexicain de Sinaloa à inonder le continent de cocaïne.
Le message Facebook de sa conjointe, une Québécoise dont le vrai nom est Samantha Melissa Granda-Gastelu, est accompagné d’une vidéo tournée lors du 35e anniversaire de naissance de Bonilla, en 2023.

Château et tigre en cage...
Ces images illustrent de façon éloquente ce qu’elle voulait dire par « fête extravagante ».
Le couple habitait alors dans un luxueux manoir en banlieue de Miami, ayant déjà appartenu au populaire artiste DJ Khaled.

On y voit Bonilla faire quelques pas de danse, tout sourire, coiffé d’un chapeau de cow-boy Stetson et portant des lunettes de soleil même si la nuit est tombée.
Le couple et des invités de la réception se font photographier près d’une attraction saisissante : un tigre blanc rugissant dans sa cage.

L’alcool coule à flots pendant qu’une troupe de mariachis entonne des airs en espagnol.
Pistolets mangeables
Un immense gâteau de fête ne manque pas d’attirer l’attention. Il est décoré de pistolets chromés, de munitions dorées et de liasses de 10 000 $ mangeables.

D’autres scènes paradisiaques de la vidéo sont tournées sur la terrasse du chic restaurant Mandrake, dont Bonilla était alors propriétaire à Miami, au bord de l’océan.
Mais un an et demi après que cette vidéo digne de la télésérie La vie des gens riches et célèbres a été filmée, c’est dans ce même château que Bonilla s’est fait passer les menottes par des agents du FBI, le matin du 17 octobre 2024.
Il compte maintenant parmi les 17 Canadiens, dont au moins quatre Québécois, appréhendés dans cette enquête baptisée Slalom géant.
Les autorités américaines ont mené tout un battage médiatique sur l’empire criminel de son ex-patron, qui a participé aux Jeux olympiques de 2002 à Salt Lake City, portant les couleurs de l’équipe canadienne de surf des neiges.

Le patron du FBI a même surnommé Wedding le « nouveau El Chapo » et le « Pablo Escobar des temps modernes ».
Le « testeur » de coke
Bonilla, un ancien résident de la couronne nord de Montréal, avait sa propre spécialité, d’après l’acte d’accusation déposé contre lui par les procureurs fédéraux américains.
«[Il] était un membre de l’organisation criminelle de Wedding chargé de tester le niveau de pureté de la cocaïne du réseau et de la redistribuer au Canada et aux États-Unis. »

Ses liens avec le milieu du narcotrafic ont vraisemblablement fait de lui la cible de plusieurs attentats au Québec, entre 2018 et 2021, avant qu’il déménage en Floride.
Un ami tiré à sa place
Le 1er juin 2019, l’un de ses amis d’enfance, Samuel Indig, s’était installé dans l’ancienne résidence de son vieux camarade de classe, que la mère de Bonilla lui avait louée à un prix d’ami, sur la rue des Amarantes, à Saint-Eustache. Il ne se doutait pas que la tête de Bonilla était mise à prix.
La juge Hélène Di Salvo, qui a présidé le procès du tireur, a relaté ce qui est arrivé à la victime.
« Dans la nuit du 2 au 3 juin 2019, alors qu’il vient de stationner son véhicule et se dirige vers son domicile, M. Indig entend des pas derrière lui et ce qu’il décrit comme un “son d’air”. Il réalise alors qu’il vient d’être atteint d’une balle dans le dos. En se retournant, il voit un homme masqué qui pointe une arme en sa direction. »

La victime « terrifiée » a reçu un deuxième projectile à l’aine, avant que le pistolet du tireur s’enraye.
« Clic, clic, clic... »
Étendu au sol, M. Indig a supplié ce dernier de lui laisser la vie sauve, mais il entendait l’arme qui continuait de faire « clic, clic, clic », sans que le tireur ne parvienne à l’achever.
Hensley Jean — membre d’un gang de rue lié aux Rouges — et son chauffeur, qui avaient attendu leur cible durant quatre heures près de la demeure, ont été appréhendés.

Les policiers ont trouvé une photo de Bonilla dans le téléphone du chauffeur, menant la juge à conclure que le tireur a fait erreur sur la personne.
Le 17 décembre 2021, Hensley Jean est d’ailleurs devenu le premier criminel au Québec à écoper d’une peine d’incarcération à perpétuité après avoir été reconnu coupable de tentative de meurtre.
8 véhicules flambés
Au procès du tireur, un enquêteur avait témoigné que Nahim Jorge Bonilla a aussi été visé par plusieurs incendies criminels.
Cinq véhicules de luxe ont notamment flambé dans l’entrée de la résidence où il vivait à Saint-Eustache, le 1er octobre 2018.

Bonilla a déménagé à Laval, dans une maison située sur le rang du Haut-Saint-François, où les pompiers ont éteint trois véhicules en feu et décelé des traces d’essence, dans la nuit du 6 janvier 2021.
Le mobile derrière ces attentats n’a pas été précisé par les autorités.
En revanche, la plus récente menace visant Bonilla proviendrait de Wedding lui-même, et le FBI en a relevé les détails.
Dette vite remboursée au « boss »
Le 14 juin 2024, Bonilla aurait envoyé un message texte à un autre trafiquant québécois de l’organisation de Wedding.
Bonilla s’est plaint que leur « boss » menaçait de « tuer sa mère » s’il ne lui remboursait pas une dette pour cinq kilos de cocaïne impayés.

Onze jours plus tard, Bonilla avait effacé sa dette envers Wedding grâce à un versement en cryptomonnaie d’une valeur de 17 300 $ US, en plus d’une livraison de 20 kilos de méthamphétamine.
Bonilla ignorait toutefois que l’autre trafiquant à qui il se confiait, Jonathan Acebedo Garcia, travaillait secrètement pour le FBI comme informateur.
Garcia s’est fait éliminer par balle dans un restaurant en Colombie, en janvier 2025.
1,8 million $ au fisc
Deux semaines après le 38e anniversaire de Bonilla, c’était au tour du procureur général du Canada de prendre des mesures auprès de lui afin d’obtenir, au nom de l’agence fédérale du revenu, le remboursement d’une autre dette : une réclamation fiscale totalisant 1 886 774 $.
Le 4 mai dernier, un juge a autorisé l’État à éponger une partie de cette dette en récupérant le profit de la vente d’un bungalow de la rue Mariale, à Laval, que Bonilla a fait vendre pendant sa détention, à l’automne 2025.

La résidence s’était vendue pour 462 000 $, bien en deçà du rôle d’évaluation foncière de la Ville de Laval, qui l’estimait à 684 400 $ en 2023.
En mars dernier, Bonilla a également cédé son fameux manoir floridien à un prix d’aubaine, soit 10 millions $ US, puisque le prix initialement réclamé s’élevait à plus de 16 millions $ US, selon le journal New York Post.
« La vie est pleine de surprises, certaines bonnes et d’autres, pas si bonnes », comme l’a déjà dit le plus célèbre des narcos, Pablo Escobar.
– Avec la collaboration de Nicolas Brasseur et Philippe Langlois

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