Financement du sport au Canada : le COC estime qu’il faudra investir pour garder le rythme sur les autres pays
Le Canada récolte 21 médailles et termine au 11e rang des nations au classement


François-David Rouleau
Partager
MILAN | Alors que le financement sportif au Canada connaît des ratés et que certaines fédérations peinent à joindre les deux bouts, le relais masculin en ski de fond a offert à Milan-Cortina une performance aussi inespérée qu’éclatante. Un exploit qu’Eric Myles, à la tête de la délégation canadienne, brandit comme le symbole d’un système à bout de souffle.
• À lire aussi : EN IMAGES | Mark Carney écoute la finale Canada–États-Unis dans un bar québécois
• À lire aussi : Bilan de l’équipe de patinage de vitesse sur courte piste : « Je suis déçu, mais c’est mission accomplie » - Marc Gagnon sur les cinq médailles
Xavier McKeever, Remi Drolet, Thomas Stephen et le Québécois Antoine Cyr ont pris la cinquième position du relais 4 x 7,5 km dimanche dernier face à des nations qui investissent beaucoup plus d’argent dans cette discipline que le Canada.

Du lot, la Fédération française de ski de fond gère un budget de 20 M$ à elle seule tandis que celle de l’Italie est incluse dans une enveloppe de 60 M$ destinée à plusieurs associations sportives.
Ayant terminé derrière les Canadiens, les Américains glissent mieux sur leurs skis de fond grâce à un budget de plus de 6 M$.
Et l’équipe olympique canadienne, elle, dans tout ça ?
Budgets coupés et vieille van
En coupant les budgets, en faisant de nombreux choix déchirants et en parcourant les routes d’Europe pour les compétitions internationales à bord d’une vieille fourgonnette achetée à l’équipe suédoise en 2013, elle gère un budget d’environ 300 000 $, d’après les sources consultées. La saison de chaque skieur de fond coûte plus de 40 000 $.
C’est un exemple parmi tant d’autres à travers le monde du sport élite, d’un océan à l’autre. C’est pourquoi le Comité olympique canadien (COC) réclame au gouvernement d’investir davantage dans le sport. Le chef de la direction, David Shoemaker a demandé 144 M$ pour améliorer le financement des fédérations, qui fond à vue d’œil et dans lesquelles le bassin de jeunes athlètes fond comme neige au soleil.

Pendant que les paramètres de hautes performances changent à travers la planète, le financement du sport n’a pas changé depuis plus de 20 ans au Canada.
75 M$ en moins
En conférence de presse du COC avant la cérémonie de clôture, dimanche matin à Milan, Shoemaker a signalé que cette somme devrait toutefois être de 220 M$ afin que les athlètes puissent se battre à armes égales dans les prochaines années.
« On demande une petite part de ce que les autres pays reçoivent, a estimé Shoemaker. On va continuer à taper sur le clou, pour nos athlètes et notre système sportif. »

Afin que la relève ne se décourage pas et puisse atteindre les exploits olympiques d’une Kim Boutin avec ses six médailles en patinage de vitesse, des cinq médailles de Valérie Maltais, sur longue piste, ou des cinq de Mikaël Kingsbury en ski acrobatique, pour ne nommer que ceux-là.
« Il faut avoir les meilleurs athlètes sur la ligne pour les compétitions et non uniquement ceux qui en ont les moyens financiers, a insisté Eric Myles, chef du sport du COC. On ne peut pas rester sur cette pente glissante. »

« Depuis des années, les athlètes doivent en faire plus, avec moins de moyens », a renchéri la cheffe de mission en Italie et ancienne olympienne en ski acrobatique Jennifer Heil.
Ça presse
Le COC ne demande pas qu’au gouvernement de collaborer. Il se tourne aussi vers le secteur privé, en se regardant aussi dans le miroir. Mais le temps presse, car les Jeux d’été à Los Angeles arrivent dans 27 mois.
« C’est demain, a rappelé Myles. Si on sort des prochaines conversations et qu’il n’y a rien qui bouge, ce sera alarmant. »
En amenant en Italie la fin de la génération d’athlètes qui ont « profité » du programme de financement bâti pour les Jeux de Vancouver et de Sotchi, les quelque 200 porte-couleurs ont amassé 21 médailles en terminant au 11e rang dans ces olympiades d’hiver. Il s’agit du plus bas total depuis les 17 de Salt Lake City en 2002.
Au décompte final s’ajoutent 16 tops 5 et 23 tops 8.
Le Canada en visait près d’une trentaine. Sans faire de raccourci, la situation criante du financement et des résultats à Milan pourra servir d’argument autour de la table dans les prochaines rencontres avec le ministre Adam van Koeverden.