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Festivals: le défi des artistes africains pour obtenir un visa est «une sorte de racisme»

Photo portrait de Axel  Tardieu

Axel Tardieu

2023-07-22T11:00:00Z

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Des artistes d'Afrique ont du mal à obtenir un visa pour jouer au Canada. Des organisateurs de festival demandent au gouvernement de faire des efforts.  

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«J’étais tellement énervé que j’ai écrit une chanson». Kasheshi Makena, percussionniste de Tanzanie et membre du groupe Helsinki-Cotonou Ensemble, n’a pas pu jouer sur la scène du festival Mundial à Montréal en novembre. Sa demande de visa n’a pas été approuvée à temps. «Mon visa était bloqué à Londres. Pratique pour voyager», dit-il avec sarcasme. 

Son ami multi-instrumentiste Noel Saizonou, du Bénin, a connu le même problème avec son visa touristique. «Pourtant, nous avions joué avec le reste du groupe à Montréal en 2016». Le jour du spectacle, seuls les musiciens avec un passeport Finlandais étaient sur scène. 

Le 17 novembre 2022, le groupe Helsinki-Cotonou Ensemble joue une version hybride de son concert à cause de l'absence de ses deux membres africains.
Le 17 novembre 2022, le groupe Helsinki-Cotonou Ensemble joue une version hybride de son concert à cause de l'absence de ses deux membres africains. Photo Axel Tardieu

«Ça nous a pris cinq minutes et couté sept dollars, avec nos passeports finlandais, alors que pour eux, c’était 1000 euros de dépenses et trois mois d’attente pour finalement rien», explique un porte-parole de Helsinki-Cotonou Ensemble. 

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«Pourquoi on doit voir les autres comme inférieurs à cause de leur couleur de peau ou du continent d’où ils viennent?», se demande aujourd’hui Noel Saizonou. «[Les Occidentaux] peuvent venir facilement chez nous, mais pas l’inverse.»

«Une sorte de racisme»   

Cette réalité met des bâtons dans les roues des festivals canadiens. «On évite d’inviter des artistes de la diaspora africaine à cause des probabilités d’échec», avoue Eli Levinson, coordonnateur à la programmation de Mundial Montréal. «Dès que tu as la peau noire, ils vont te rendre la vie plus difficile. Y’a une sorte de racisme».

Même pour le festival international Nuits d’Afrique, qui existe depuis 37 ans, rien n’est simple. «Faire venir des artistes d'Afrique, c’est un parcours du combattant», confirme Sépopo Galley, responsable de la programmation. 

Sépopo Galley, à gauche, et Suzanne Rousseau, à droite.
Sépopo Galley, à gauche, et Suzanne Rousseau, à droite. Photo Axel Tardieu

Tout a changé depuis les attentats du 11 septembre 2001, selon Suzanne Rousseau, la cofondatrice. «L'Amérique s'est refermée sur elle-même. La partie la plus frappante pour nous, c'était à l’ère où on avait un gouvernement conservateur, à l'époque de Stephen Harper. Ils ont fermé plein d'ambassades en Afrique», se rappelle-t-elle. 

Depuis, les processus sont alourdis et plus coûteux. Si cette année, le festival devrait se clôturer sans annulation de spectacle, 2022 avait marqué les esprits.

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Une star internationale refusée   

Yemi Alade, vedette pop nigériane aux 17 millions d’abonnés sur Instagram et près de deux millions d’auditeurs mensuels sur Spotify, n’a pas pu passer la frontière. La tête d’affiche s’était vu refuser son visa d’entrée par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). L’intervention du bureau de la députée libérale fédérale d’Outremont, Rachel Bendayan, n’a rien changé. 

Yemi Alade pendant son spectacle au festival Nuits d'Afrique en juillet 2023.
Yemi Alade pendant son spectacle au festival Nuits d'Afrique en juillet 2023. Instagram @yemialade

Dans la programmation des Nuits d'Afrique, près de 40% des artistes viennent de l’étranger. Ceux d’Afrique et d’Amérique latine, comme la Colombie, ne sont jamais sûrs de pouvoir jouer, même si les demandes de visa sont faites six mois à l’avance. 

L’industrie prévoit d’ailleurs rarement autant. «Ils nous demandent presque d’anticiper d’une année sur l’autre, mais on ne sait pas qui va tourner un an à l'avance», explique Sépopo Galley. Même si les refus sont rares – cinq depuis 2001 –, «on passe des nuits blanches», avoue Suzanne Rousseau. 

Le problème est généralisé. En mai, l'évènement d’humour EXCLAIM en a aussi été victime. Le Congolais Juste Parfait et le Sud-Africain Jason Goliath n’ont pas pu se produire sur la scène de l’Espace St-Denis à cause de délai trop long pour obtenir leur précieux document de voyage. 

Faire rayonner l'Afrique   

La situation nuit à l’image de la ville, pourtant multiculturelle. «Il y a beaucoup de personnes d'origine africaine et c'est important de pouvoir les représenter et donner cette visibilité», pense Sépopo Galley. 

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«On parle beaucoup d'immigration. On aimerait qu’il y ait de plus en plus d'immigration. Bloquer les artistes qui vont repartir dans leur pays, c'est contradictoire», conclut-elle. 

Le groupe canado-brésilien de Diogo Ramos sur la scène TD le 19 juillet 2023.
Le groupe canado-brésilien de Diogo Ramos sur la scène TD le 19 juillet 2023. Photo Axel Tardieu

La cofondatrice de Nuits d’Afrique est scandalisée pour ces problèmes administratifs. «L'Afrique, c'est le berceau de l'humanité. C'est notre travail depuis 37 ans de démocratiser cette musique. Si on veut continuer à être une ville internationale et un pays multiculturel, il faut vraiment trouver des meilleures solutions pour faciliter la venue des artistes.» Elle demande au monde politique d’agir. 

L’artiste béninois Noel Saizonou ne perd pas espoir de revenir jouer à Montréal. «Les Canadiens sont de très bonnes personnes. Le public est charmant. C’est peut-être au niveau administratif que le problème se situe.»

Les refus restent rares. L'artiste Sona Jobarteh, venue de Gambie, a réussi à jouer le 20 juillet 2023.
Les refus restent rares. L'artiste Sona Jobarteh, venue de Gambie, a réussi à jouer le 20 juillet 2023. Photo : André Rival

Manque de ressources   

Une des explications serait que IRCC est débordé et manque de personnel. «Il y a deux millions de dossier en traitement, c’est énorme», commente Stéphane Handfield, avocat en immigration. 

Il y aurait une autre raison. «Le gros problème pour les visas de touristes, c’est que l’agent doit être convaincu que le visiteur partira bien à la fin de son séjour, dit-il. Pour éviter que la personne demeure au Canada, comme demandeur d’asile par exemple, certains agents préfèrent ne pas délivrer de visa.»

Les pays où la situation politique est instable, où les conflits armés font rage, seraient les plus mal logés. Stéphane Hanfield évoque la République démocratique du Congo et la Colombie. «Pour certains pays, c’est plus d’une année de délai de traitement, c’est ridicule.»

Par courriel, IRCC, le ministère responsable des services d’immigration, assure que les demandes du monde entier sont examinées de façon uniforme et en fonction des mêmes critères. «Les décisions sont prises par des fonctionnaires hautement qualifiés, conformément au droit canadien», indique un porte-parole.

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