Faillite de Stéphan Huot: une croisière à 400 000$ alors qu’il «s’en allait dans le mur»
Le juge Jean-François Émond a sous-entendu que le promoteur immobilier se serait peut-être évité des ennuis en s’imposant «un régime minceur»


Pierre-Paul Biron
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Quelques mois après l’enregistrement d’une conversation où il affirmait «s’en aller dans le mur», Stéphan Huot acceptait un surclassement dans la suite la plus luxueuse d’une croisière en Antarctique, un voyage qui lui aura finalement coûté «à peu près 400 000$», selon le juge Jean-François Émond, interloqué par l’image que projette une telle extravagance.
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Stéphan Huot avait affirmé plus tôt dans son témoignage que cette fameuse croisière sur le Scenic Eclipse en Antarctique, achetée en 2019 puis reportée à janvier 2023 à cause de la pandémie, n’était pas remboursable.
Voilà pourquoi il aurait insisté pour garder le cap malgré les premiers signes de la débâcle à venir.
Or, mardi, l’homme d’affaires déchu a été forcé de reconnaître qu’il avait accepté à l’été 2022 un surclassement dans «la plus belle suite sur le navire», comme lui présentait son agente de voyages.
Au total, la croisière seulement aurait coûté 239 000$ à Huot, montant auquel s’ajoutent 60 000$ en billets d’avion, des dépenses et de luxueux hôtels en Argentine avant la croisière.

Cette dépense, qualifiée «d’incroyable» par le juge Émond, est au surplus venue quelques mois après une conversation que l’homme d’affaires a lui-même enregistrée à l’insu de son partenaire, Robert Giroux.
Il affirmait à ce moment, en mars 2022, «s’en aller dans le mur».
«Stupide»
Pourquoi payer un supplément si les affaires n’allaient pas bien? a tenté de savoir Me Christian Roy.
«C’est le voyage d’une vie et j’avais la chance de le faire», a d’abord affirmé le failli.
Huot a toutefois admis que lorsque l’on regarde le tout aujourd’hui, en connaissant le funeste destin de son empire, que ces décisions étaient plus que douteuses. «Aujourd’hui, je le vois que c’est stupide, mais à ce moment, je ne le voyais pas», a témoigné le promoteur immobilier.
Et visiblement, le juge Émond, qui devra trancher si Huot pourra être libéré de sa faillite, est du même avis.
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Régime minceur?
«Qu’est-ce qui a joué le rôle majeur [dans la débâcle], la hausse des taux d’intérêt ou la générosité dont vous avez fait preuve à l’égard de vous-même et vos proches?» a demandé le magistrat, suggérant qu’Huot aurait eu intérêt à s’imposer un régime minceur plutôt que de se verser 3 M$ en dividendes annuellement sur plusieurs années.
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Quand Huot a rétorqué que ça n’aurait pas été suffisant, le juge Émond a été cinglant, rappelant l’apport de nombreux prêteurs privés qui ont financé l’homme d’affaires jusqu’à sa chute.
«Ces gens devaient donc continuer à payer pour vos dépenses?»

Croisière à 400 000$, autres voyages en famille à l’international, voyages de pêche à répétition en hélicoptère, luxueux condo en Floride, M. Émond n’a pas hésité à qualifier le rythme de vie du promoteur «d’extravagant».
Le témoignage de Stéphan Huot se poursuivra la semaine prochaine.
Des comptes régulièrement à découvert
Pendant que Stéphan Huot fignolait les derniers détails d’un voyage à 400 000$ en réservant un surclassement dans «la plus belle suite du navire» qui allait l’emmener en croisière en Antarctique, les comptes de ses entreprises étaient couramment à découvert. Et ces soldes négatifs étaient gérés de façon discutable, selon l’avocat des syndics impliqués dans la faillite d’Huot.
Me Christian Roy a dévoilé mardi au tribunal 160 découverts dans les comptes des entreprises du Groupe Huot sur un seul mois à l’été 2022.
Le déficit cumulé entre les filiales était par moments de plusieurs centaines de milliers de dollars, selon les sommaires financiers que recevait chaque matin le promoteur en provenance de son équipe finances.

Manœuvres douteuses
Plusieurs courriels déposés en preuve montrent comment auraient été gérés ces découverts par la vice-présidente des finances du Groupe Huot, Sophie Larochelle. À de nombreuses reprises, elle aurait autorisé des chèques vers les comptes en souffrance à partir de déboursés qui n’avaient pas encore été faits dans des projets de construction.
Des avances de 900 000$, 1,3 M$ et 750 000$ auraient ainsi été faites en quelques jours à partir d’un compte de déboursés progressif de la CIBC prévu pour la construction d’un complexe immobilier, avant même que les déboursés ne soient versés.
Une présumée manœuvre que Me Roy a qualifiée d’illégale, faisant référence à du «check kiting».
«Tout ce brouhaha de banque là, ce n’est pas moi qui m’occupais de ça», s’est défendu Stéphan Huot, rejetant la responsabilité sur celle qui était à l’époque sa conjointe, Sophie Larochelle.
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Or, cette dernière a plutôt témoigné par le passé avoir répondu aux instructions du grand patron, allant même jusqu’à témoigner en décembre 2024 avoir agi «sous l’emprise d’Huot» quand elle avait reconnu avoir falsifié un document bancaire.
«Vous êtes conscient que vous dites que c’est elle et qu’elle dit plutôt que c’est vous? C’est un problème que je vais avoir à trancher», a prévenu le juge Jean-François Émond, qui devra ultimement statuer si le promoteur déchu peut être libéré de sa faillite personnelle de 460 M$.
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