Présumé vol de ses bouteilles de vin: Stéphan Huot dupé «comme un enfant d’école»
Le promoteur déchu a détaillé au tribunal comment il se serait fait dérober environ 800 bouteilles de vin par un beau parleur qui lui aurait promis 1,3M$

Pierre-Paul Biron
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Stéphan Huot a raconté pour la première fois ce qu’il serait advenu d’environ 800 de ses bouteilles de vin qu’il estime s’être fait voler par un fraudeur de Québec. L’homme d’affaires déchu l’admet lui-même, il se serait «fait avoir comme un enfant d’école» par un «sacré charlatan» qui lui promettait 1,3M$ pour ses bouteilles.
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Le Journal révélait, lundi matin, que quelque 130 bouteilles de vin prestigieuses appartenant initialement à Stéphan Huot avaient été saisies à la résidence de Denis Vallée. Et, en juin, le Bureau d’enquête rapportait que d’autres bouteilles manquantes avaient été retrouvées en Malaisie.
Lundi matin, devant le tribunal et sous serment, Stéphan Huot a raconté pour la première fois sa version de cette affaire tordue.
L’histoire est, selon le principal intéressé, celle d’un homme d’affaires mal pris qui a naïvement fait confiance à un supposé «magnat de la cryptomonnaie» qui lui offrait son aide pour liquider sa cave à vin de luxe pour rembourser ses créanciers.
Ce que Huot ignorait toutefois, c’est que Vallée et sa conjointe, Sarah Cordato, sont poursuivis pour 3 M$ par la Banque Nationale pour une présumée fraude. En outre, Vallée, 44 ans, qui a déjà été condamné pour fraude, vol et complot au Québec, aurait aussi été emprisonné cette année en Indonésie, selon nos informations.

«Emballé»
«J’ai été un peu enfant d’école on pourrait dire. Je me suis dit que quelqu’un voulait vraiment m’aider, ce que je n’ai pas eu souvent dans cette débâcle-là», a expliqué Stéphan Huot à propos de Vallée lors de son témoignage en marge de sa faillite personnelle de 460 M$.
Mis en contact par leur courtier immobilier, Vallée aurait rapidement voulu acquérir des actifs du Groupe Huot. Complexe Les Méandres, Complexe Capitale Hélicoptère, chalet à Manouanis: l’intérêt était grand, selon Huot. «J’ai commencé à me dire que c’était vrai qu’il avait fait fortune dans la cryptomonnaie.»
Denis Vallée aurait ensuite manifesté de l’intérêt pour les bouteilles de prestige de ce dernier.
«Il m’a dit: “Fais-moi une liste, je suis capable de te les vendre, j’ai deux Chinois de Toronto intéressés”», a raconté le promoteur déchu, qui était à ce moment «emballé» par l’offre présumée d’un million de dollars américains.

1,3 M$ promis
C’est ainsi que Stéphan Huot se serait retrouvé à placer lui-même dans une soixantaine de caisses environ 800 bouteilles de vin, pour les transporter dans sa camionnette chez Vallée. Ce dernier lui aurait promis 1,3 M$ pour les bouteilles. Soit 100 000$ en acompte à la livraison, 900 000$ en paiement en argent et 300 000$ en cryptomonnaie.
Sauf qu’Huot n’aurait jamais vu la couleur de cet argent.
À la livraison, l’intermédiaire aurait demandé du temps pour vérifier les bouteilles et le lendemain il était parti pour Montréal, selon Stéphan Huot. Puis, il aurait eu des problèmes avec ses acheteurs avant de tout simplement arrêter de donner signe de vie.
«Des histoires, j’en ai eu à n’en pas finir», s’est désolé le promoteur lundi lorsque questionné par l’avocat des syndics qui gèrent ses faillites. «Quand j’ai regardé à qui j’avais eu affaire, j’ai compris que c’était un sacré charlatan.»
Le failli dit n’avoir jamais appelé les autorités «parce qu’il avait peur de Denis Vallée».
• Écoutez aussi cet épisode balado tiré de l'émission de Alexandre Dubé, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Stéphan Huot a raconté cette histoire lundi dans le cadre de son témoignage ordonné en marge de sa procédure de faillite. Ses créanciers cherchent notamment à savoir où ont pu aller les sommes comme celles des bouteilles de vin qu’ils auraient pu récupérer par voie de saisie, en plus de s’intéresser à son train de vie princier alors que la débâcle du Groupe Huot approchait. Son témoignage se poursuit mardi.
Un train de vie princier
Pressé de questions par l’avocat des syndics impliqués dans sa faillite, Stéphan Huot n’a eu d’autre choix lundi que de détailler le train de vie somptueux qu’il menait dans les deux ou trois années avant que son empire «s’en aille dans le mur».
Voyages à plus de 100 000$, factures de plusieurs dizaines de milliers de dollars en bouteilles de vin, sorties au restaurant: Huot menait une vie de luxe. «Ceux qui me connaissent, je fournissais souvent du vin, je gâtais tout le monde, j’étais très généreux, mais on va changer de style pour un bout», a-t-il témoigné.

Le promoteur immobilier a expliqué qu’il se versait autour de 3 M$ chaque année en dividendes de ses entreprises comme «salaire», et ce, depuis plusieurs années. «Quelqu’un qui fait 3 M$ par année, on se doute qu’il ne dépense pas 100 000$», a-t-il répondu à Me Christian Roy pour justifier son rythme de vie.
Selon ses dires, Huot avait des paiements d’environ 80 000$ par mois pour couvrir ses hypothèques et ses remboursements de prêts personnels. Mensuellement, son luxueux condo en Floride lui coûtait 30 000$ américains et sa résidence de Québec, 15 000$. Il versait aussi 5000$ par mois à chacun de ses deux enfants adultes.
Des présumés bonis potentiellement non déclarés à sa conjointe
Stéphan Huot a témoigné avoir versé des bonis provenant possiblement de ses comptes personnels à sa vice-présidente finances, qui était au même moment son amie de cœur.
Questionné sur sa relation avec Sophie Larochelle, le promoteur a expliqué en détail la rémunération de la comptable qui occupait un poste de gestion des finances au sein du Groupe Huot. En plus de son salaire, la vice-présidente avait un appartement et une voiture payée à Montréal ainsi qu’un boni annuel en REER. Mais Stéphan Huot a affirmé sous serment lui avoir aussi offert un boni de 150 000$ pour «un condo en Floride». Cette somme, Huot s’est «risqué» à dire qu’elle provenait possiblement de son compte personnel.
Il a aussi ajouté que Larochelle «voulait des bonis en argent», précisant lui avoir remis 25 000$ par année en argent liquide «de 2017 jusqu’à la fin».
Quand Me Christian Roy, représentant les syndics au dossier de la faillite d’Huot, a demandé si des relevés fiscaux avaient été émis pour ces montants, l’homme d’affaires s’est contenté de dire qu’il faisait confiance à celle qui portait les chapeaux de conjointe et de v.-p. finances. «Moi je ne touchais pas à ça. Je payais des professionnels, des avocats, des comptables, plusieurs centaines de milliers de dollars par année pour vérifier ça. Je faisais confiance.»
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