Ensemble, on peut vaincre Trump: voici 10 choses que les Canadiens peuvent faire pour ne pas se laisser manger la laine sur le dos
L’heure est à la solidarité et à la résistance, disent plusieurs intervenants

Dominique Scali
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Les Canadiens sont moins impuissants qu’ils ne le croient face aux menaces tarifaires et existentielles de Donald Trump, pensent plusieurs experts et intervenants. Entre les boycottages, les nouvelles alliances et les vidéos humoristiques, les pistes d’action ne manquent pas. Comment faire pour se tenir debout devant une superpuissance quand on est un petit pays? Voici quelques idées.
1) S’organiser
«Le courage est contagieux», lance l’écosociologue Laure Waridel, une des instigatrices du collectif Mères au front et des nombreuses mobilisations qui auront lieu à travers le Québec aujourd’hui même [samedi].
«Ça fait tellement du bien d’organiser ça», s’exclame-t-elle.
Le but de cette action, qui cible particulièrement les politiques misogynes de Trump, est d’envoyer un message à son administration, tout comme de se mettre en action et de se sentir moins seuls.
«On est des centaines de milliers de personnes au Québec et ailleurs à être stupéfaites de ce qui se passe.» Et ce n’est certainement pas à rester les bras croisés qu’on empêchera les sombres scénarios de la montée du fascisme et de la Deuxième Guerre mondiale de se reproduire, explique-t-elle.

«Les trumpistes de ce monde essaient de nous diviser, de nous dire qu’on n’a pas de pouvoir, alors que c’est le contraire. Ensemble, on est plus forts pour se faire entendre et trouver des solutions.»
2) Être solides
«C’est maintenant incontestable: Donald Trump est un bully», résume Arthur Silve, professeur d’économie politique à l’Université Laval. Pour lui, on ne peut pas utiliser la stratégie d’offrir des concessions à Trump dans l’espoir qu’il revienne à la raison.
Alors, comment agir? Les experts en intimidation scolaires rappellent l’importance de ne pas s’à-plat-ventrir devant le bourreau, ce qui ferait de nous la victime parfaite. Au contraire, il faut être ferme et résister pour que les actions du bully lui deviennent trop coûteuses, explique Stéphanie Boutin, professeure au département de psychologie à l’UQAM.
Cela peut aussi se traduire par le fait de montrer un front canadien uni, mentionnent plusieurs experts en relations internationales.
3) Créer de nouvelles alliances
«J’étais très heureux de voir Trudeau se rendre en Europe», avoue Arthur Silve. Tous les experts s’entendent pour dire que la prochaine étape est celle de la création de nouvelles alliances internationales, possiblement avec l’Union européenne.

Sans oublier les pays du Pacifique, comme la Corée du Sud et le Japon, «qui sont là, les bras ouverts», illustre Anessa Kimball, professeure de relations internationales à l’Université Laval. «Il n’y a pas de raisons qu’on n’ait pas de collaboration avec l’Australie», suggère-t-elle.
À cela viennent s’ajouter plusieurs États stables d’Amérique latine. «Actuellement, je ne vois pas beaucoup de discussions entre le Canada et le Mexique», s’étonne-t-elle.
4) Rire au bon moment
Les Américains ont confondu notre «amour de la poutine» avec leur «amour pour Poutine», clame Jeff Douglas sur un ton patriotique, dans une vidéo humoristique diffusée mercredi.

«Si l’humour a bien une fonction, c’est celle de résister», rappelle Emmanuel Choquette, professeur en communication à l’Université de Sherbrooke. «Ça a une fonction d’apaisement et de libération des tensions», explique-t-il. Il n’est toutefois pas donné à tous de savoir l’utiliser dans le bon contexte et de maîtriser ses procédés efficaces.
L’autodérision peut aussi être un mécanisme de défense lors d’un déséquilibre de pouvoir, ajoute M. Choquette. En se moquant de nous-mêmes, on laisse moins de place pour que l’autre puisse se moquer de nous.
Un peu comme un enfant intimidé qui se ferait dire «ton manteau est laid» et qui, au lieu de s’effondrer, répondrait: «Je suis d’accord avec toi, mais c’est voulu, c’est bon pour l’environnement», suggère Stéphane Villeneuve, professeur de didactique à l’UQAM et spécialiste de la cyberintimidation.
Ainsi, l’humour peut montrer au bourreau que ces actions ne produisent pas la peur qu’il cherche à semer.
5) Connaître ses voisins
L’heure est à la solidarité, disent plusieurs intervenants. «Il faut s’engager dans nos villages, dans nos quartiers. Connaître nos voisins. Les gens qui s’en sont le mieux tirés pendant la pandémie sont ceux qui étaient liés à d’autres gens», illustre Laure Waridel.
Plusieurs intervenants suggèrent d’entrer en contact avec les Américains qu’on connaît, de leur tendre la main. «Il faut briser les chambres d’écho», résume Francesco Amodio, professeur d’économie à l’Université McGill. Évidemment, cette stratégie a ses limites à cause de la polarisation, nuance Arthur Silve.
La solidarité sera également essentielle envers les travailleurs qui perdront leur emploi et les entreprises qui souffrent déjà de l’incertitude ambiante. «Il faudra être là les uns pour les autres.»
6) Se réinventer
Les entreprises et gouvernements d’ici n’auront pas le choix de s’adapter à la nouvelle réalité. Car même si Trump mettait fin à son yoyo tarifaire, le retour au statu quo n’est plus possible, estiment plusieurs experts.
«Ça vaut la peine de se diversifier. Tout ça nous fait réaliser que notre modèle [économique] était fragile. On avait oublié que d’avoir plus de 25% de ses clients au même endroit est une source de vulnérabilité», rappelle Arthur Silve.
C’est aussi l’occasion de réfléchir aux barrières entre provinces et à certains monopoles d’État, comme ceux sur l’alcool, suggère Francesco Amodio.
Il faut aussi favoriser les secteurs d’avenir, et l’avenir n’est pas dans les manufactures que prétend défendre Donald Trump, mais dans les secteurs des nouvelles technologies et des services. Sans oublier de protéger notre souveraineté alimentaire en agriculture, mentionnent plusieurs experts.
De toute façon, il faudra s’adapter aux changements climatiques qui viendront bouleverser les chaînes d’approvisionnement, rappelle Laure Waridel.
7) Identifier les failles de l’adversaire
Selon plusieurs experts, nos gouvernements doivent riposter en tentant de «faire mal» à l’économie américaine, mais de façon ciblée. «Il faut que ça se rende aux oreilles de Trump d’une manière qui puisse [occasionner] des changements», explique Arthur Silve.
C’est-à-dire de mettre des contre-tarifs sur les produits qui n’ont pas vraiment d’alternative américaine, comme le pétrole, l’électricité et la potasse, suggère-t-il. Mais surtout, viser les électeurs qui seraient susceptibles de changer de camp aux élections de mi-mandat.
La coalition derrière Trump est «vraiment étrange», explique Francesco Amodio. Elle regroupe des travailleurs modestes du Midwest tout comme des géants de la tech qui espèrent payer moins d’impôts. Leurs intérêts ne vont pas toujours aller dans le même sens, rappelle-t-il.
«Il y a sûrement des fractures dans ce mouvement. Il faut essayer d’identifier ces failles et les exploiter.»
8) Continuer de bien choisir
Depuis quelques semaines, la vague de boycottage de produits américains au profit de l’achat local par les consommateurs canadiens est indéniable. Quelles sont les entreprises à boycotter en priorité?
Celles d’Elon Musk, comme Tesla et Starlink, ainsi qu’Amazon, suggère Jonathan Durand Folco, professeur spécialisé en innovation sociale à l’Université Saint-Paul d’Ottawa.
«Si c’est juste à l’épicerie, ça n’a pas vraiment d’effet. Mais si on ajoute les voyages... C’est l’accumulation de toutes ces activités» qui peut avoir un effet, explique Anessa Kimball.
Mme Kimball pourrait même imaginer des banques créer de nouveaux produits financiers qui excluent les investissements américains, un peu comme certains ont créé des fonds verts.
Pas plus tard que jeudi, des pays scandinaves ont commencé à se dire prêts à boycotter des produits américains, eux aussi.
9) Bye bye, géants du web
«Ce qui me préoccupe, c’est la question du numérique», explique Jonathan Durand Folco. Beaucoup d’entreprises et de gouvernements utilisent les serveurs de géants du web pour héberger leurs données. Dans une guerre commerciale qui dégénère, «il pourrait y avoir une perte directe de nos informations.»
Ça tombe bien, nous sommes justement mûrs pour une réflexion sur notre dépendance aux GAFAM, qui contribuent à la désinformation, nuisent à la démocratie tout en promouvant l’«exploitation» à travers des dynamiques de «rentabilité maximale», rappelle-t-il.
Pourquoi ne pas créer nos propres plateformes en misant sur des modèles de coopératives, de sociétés d’État ou d’organismes à but non lucratif, comme c’est le cas de Wikipédia? «C’est extrêmement coûteux, mais plusieurs pays ensemble pourraient le faire», suggère M. Durand.

Il serait aussi intéressant pour les citoyens de migrer vers d’autres plateformes, notamment celles qui protègent mieux les données personnelles. «Mais ça ne peut pas se faire seul. Il faut le faire en grand groupe» pour éviter de détisser les communautés, estime-t-il. En attendant, on peut commencer à dédoubler nos contenus sur des plateformes plus saines, comme Signal et le nouveau réseau Bluesky, par exemple.
10) Le printemps s’en vient
En ces temps anxiogènes, il faut miser sur ce qu’on peut contrôler et se ramener dans le moment présent, explique Stéphanie Boutin. Des activités sportives ou de plein air aident, par exemple, à ce recentrage.
On peut aussi éviter la surcharge informationnelle, suggèrent plusieurs. On peut par exemple couper les notifications et s’accorder un temps précis chaque jour pour s’informer, ou tout simplement limiter son temps quotidien d’écran.
«Je suis le premier coupable», avoue Francesco Amodio. «Mais quand on regarde le big picture, on peut dédramatiser», le cirque trumpesque visant justement à saturer et à étourdir.
De toute façon, il sera bientôt plus aisé de s’aérer les idées. «Le printemps s’en vient», dit en souriant Stéphane Villeneuve.