Tous les résultats
Publicité

Émeute du Forum: quand la compagnie Campbell craignait que le Québec boycotte sa soupe

Montage Philippe Melbourne Dufour
Photo portrait de Stéphane Plante

Stéphane Plante

2025-11-26T20:24:45Z

Partager

Date: le 17 mars 1955

Lieu : Forum de Montréal et dans tout le Québec

Personnes connues impliquées: Maurice Richard et Clarence Campbell, président de la Ligue nationale de hockey de 1946 à 1977

Échelle de malaise: 9 (parce que le Rocket!) sur 10

Le contexte

Le 16 mars 1955, le président de la Ligue nationale de hockey Clarence Campbell annonce la suspension de Maurice Richard du Canadien Montréal pour le reste de la saison régulière ainsi que pour les séries éliminatoires. Cette sanction a été décidée à la suite du désormais célèbre match du 13 mars opposant le Canadien aux Bruins au Garden Boston.

En troisième période, Laycoe, des Bruins, donne un coup de bâton sur la tête de Richard. Les deux hommes en viennent aux coups et un juge de ligne ne parvient qu'à immobiliser le joueur québécois. Laycoe en profite pour taper sur le Rocket, maintenu dans une position dangereuse, et c’est là que le numéro 9 du Tricolore, exaspéré, se libère et assène un coup de poing au juge de ligne.

Publicité

Le déroulement des événements:

Avant d’en arriver à la soupe Campbell, il faut connaître l’histoire de l’émeute. Rapide retour dans le temps:

Même s’il était facile de prévoir que la décision de suspendre Richard aussi longtemps allait engendrer la colère chez les fans de la Sainte-Flanelle, M. Campbell se rend quand même au Forum de Montréal au lendemain de l'annonce, le 17 mars, pour assister au match opposant le Canadien et les Red Wings de Détroit. La police de Montréal et le maire Jean Drapeau lui avaient pourtant demandé de ne pas confronter ainsi la horde de fans mécontents... 

Capture d'écran Youtube
Capture d'écran Youtube

Beaucoup de Canadiens français prennent sa présence dans les gradins comme de la provocation.

Devant le Forum avant le match, des manifestants tiennent bien haut des pancartes pro-Richard ou anti-Campbell: «Stupid Puppet Campbell» et «Richard le persécuté» «Injustice au Canada français...»

Capture d'écran YouTube
Capture d'écran YouTube

Capture d'écran Youtube
Capture d'écran Youtube

Publicité

Au cours de la partie, les spectateurs n’ont pas tardé à repérer l’endroit où s’était installé Campbell. Ce dernier a rapidement été la cible de divers projectiles tels des œufs, des bouteilles, des cubes de glace, des pièces de monnaie et bien d’autres objets contondants.

Comme si ce n’était pas suffisant, un fan du Rocket furieux s’est même déplacé jusqu’au siège de Campbell pour tenter de le frapper en plein visage (ce dernier est tout de même parvenu à esquiver le coup) alors qu’un autre partisan furieux est venu lui écraser une tomate dans le visage.

La tension monte jusqu’à ce qu’une bombe lacrymogène explose dans le Forum. Les policiers ont alors forcé les spectateurs à évacuer les lieux.

Capture d'écran YouTube
Capture d'écran YouTube

Mais l’émeute telle qu’on la décrit aujourd’hui s’est surtout déroulée à l’extérieur du Forum après que le match fut interrompu, accordant du même coup la victoire par défaut aux Red Wings, qui étaient alors en avance 4 à 1. Les spectateurs évacués sont venus grossir les rangs des manifestants restés sur le trottoir durant le match.

D’autres projectiles sont alors lancés sur les immeubles au coin de Sainte-Catherine Ouest et Atwater. Certains manifestants fracassent les vitrines d’une cinquantaine de commerçants, renversent des voitures et mettent le feu aux poubelles. La tension est telle que le Rocket lui-même en appelle au calme le lendemain à la radio.

Publicité

Boycotter Campbell... la soupe!

Cette partie de l’histoire est bien connue. Elle fait partie de l’ADN des Québécois. Mais, c’est quoi le lien avec la soupe?

Même si le président de la Ligue nationale Clarence Campbell n’avait aucun lien de parenté avec les dirigeants de la Campbell Soup Company, la légende veut que les Canadiens français aient décidé de boycotter la compagnie américaine qui portait le nom de l’ennemi.

Selon Benoît Melançon, auteur du livre Les yeux de Maurice Richard, «le public aurait alors cru que la société Campbell, populaire pour ses soupes, était sa propriété.»

Le chroniqueur Réjean Tremblay, dans un texte de 2020, confirme que le mouve ment a bel et bien existé: «Au Saguenay, on était catastrophés. Ma grand-mère a pris sa première décision politique de sa vie. Elle a jeté la bouteille de ketchup Campbell et a demandé à mon oncle d’acheter du Heinz. J’ai été 10 ans sans manger de la soupe Campbell. Celle où il suffisait d’ajouter une boîte d’eau au condensé.»

Publicité

On vous invite d’ailleurs à lire ici ce texte de Tremblay à propos de toute cette histoire.

La réaction de Campbell... la soupe!

Ce que moins de gens savent, c’est que la compagnie américaine a décidé de parer les coups en mettant sur le marché, de façon anonyme, une nouvelle canne de soupe nommée The Rocket. En hommage bien sûr au célèbre numéro 9 du Canadien. Toujours selon Benoît Melançon, il s’agissait de «contourner un potentiel boycottage, avec la cuvée anonyme «Maurice Richard».

Sur la canne, aucune trace du nom Campbell. Elle est indiquée comme produite par «Les Produits Alimentaires Rocket Inc.»

Courtoisie Musée canadien de l'histoire
Courtoisie Musée canadien de l'histoire

On retrouve une de ces fameuses cannes dans une exposition permanente présentée par le Musée canadien de l’histoire: «Ces soupes Maurice “Rocket” Richard ont été créées en réaction à l'hostilité envers Clarence Campbell, alors commissaire de la LNH, qui avait suspendu Richard pour le reste de la saison, séries éliminatoires comprises. Par conséquent, les consommateurs ont boudé la soupe Campbell's, même si Clarence Campbell n'avait aucun lien avec la marque.»

Pour le magazine Hockey News, cette histoire de boycottage ne fait aucun doute: «La soupe Maurice Rocket Richard, avec son étiquette rouge, blanche et bleue saisissante ornée d'un neuf dans une étoile, a envahi les rayons pour nourrir les fans inconditionnels de Richard qui boycottaient les populaires soupes Campbell's.»

Publicité

Ce qu’il en reste aujourd’hui

Cette émeute légendaire a fait du Rocket un symbole, une figure de héros, pour le peuple canadien-français. Plusieurs vont même jusqu'à identifier ce moment comme le début de la Révolution tranquille, même si Richard ne se considérait pas comme un militant politique.

De nombreux films, téléséries, bouquins, bandes dessinées, chansons peuvent témoigner du statut d’idole acquis par Maurice.

De son côté, comme nous l’apprenait le Journal de Montréal cette semaine, la Campbell Soup Company est encore dans la soupe chaude, mais cette fois, c’est de sa faute. Martin Bally, rien de moins que le vice-président et chef de la sécurité de l’information chez Campbell Soup, a révélé le fond de sa pensée sur le produit principal de son employeur lors d’une réunion tenue en novembre 2024: «Nous avons de la merde pour les pauvres. Qui achète notre merde? Je n’achète presque plus de produits Campbell aujourd’hui.» Ouch!

Ce que M. Bally ignorait alors que sa tirade - comportant aussi quelques insultes racistes - était enregistrée! Dans ce cas-ci aucune canne spéciale à l’effigie de qui que ce soit ne pourra sauver la mise... 

À suivre.

Vous venez de lire le onzième texte de notre rubrique La cyberencyclopédie du showbizz québécois.Avec ça, le Sac de chips présente enfin l’ensemble du savoir universel sur les vedettes québécoises. Vous retrouverez, détaillées et bien ordonnées, toutes les grandes histoires des personnalités qui ont marqué (ou pas) le Québec.

Publicité
Publicité