Elle a tiré la plogue sur l’actualité


Mathieu Boulay
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Jennifer Abel a dû surmonter plusieurs embûches au cours de sa carrière. Toutefois, celle de la pandémie de la COVID-19 atteint un autre niveau.
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« Je pensais avoir tout vu et tout vécu lors de mes trois premiers Jeux olympiques, raconte Jennifer Abel. En 2008, à Pékin, c’était la pollution. En 2012, à Londres, c’était les attentats. Puis, à Rio, en 2016, c’était le virus Zika qui semait l’inquiétude. Je prendrais ces trois embûches ensemble avant celle de la pandémie. »
La Québécoise ne cache pas que la motivation n’a pas été facile à maintenir au cours de la dernière année. Et ça ne concerne pas seulement l’incertitude entourant la présentation des Jeux olympiques. L’absence de compétitions en plongeon s’avère très difficile.
« On pousse la machine pour ne pas avoir de récompense au bout. Ce n’est pas seulement une question de médailles. »
Les notes des juges lui manquent même si parfois elles ne sont pas à son avantage.
« C’est difficile de ne pas avoir une opinion extérieure et de ne pas connaître les éléments sur lesquels on doit travailler en prévision de la prochaine compétition. Pour le moment, je dois me contenter d’une tape dans le dos. »
Prête à tout
Il est très difficile d’avoir un portrait juste de la situation des Jeux de Tokyo. Abel est prête à tout, même à des compétitions à huis clos.
« Ce serait dommage parce que ma famille et mon chum avaient prévu faire le voyage. Si je dois les vivre sans mes proches comme en 2008, ce n’est pas un aspect qui me dérangerait sur le plan mental. « Au moins, je serais aux JO et je pourrais fermer ce cycle olympique qui est demandant au quotidien. »
Avec tous les protocoles qui seraient mis en place, elle se sentirait en sécurité d’aller au Japon.
En attendant, elle met toutes ses énergies sur ses entraînements. Et rien d’autre.
« J’ai arrêté de suivre l’actualité parce que ça devenait vraiment lourd. Le jour où j’aurai la confirmation de la tenue des Jeux ou d’une compétition, je me concentrerai là-dessus. Sinon, on se crée des attentes et des frustrations. »
YouTube à la rescousse
Abel avait déjà son billet d’avion pour le Japon alors qu’elle s’était qualifiée pour l’épreuve du 3 m synchronisé avec sa partenaire Mélissa Citrini-Beaulieu.
Elle voulait se servir des compétitions suivantes pour sécuriser l’une des deux places du Canada pour les épreuves individuelles.
Pour le moment, les meilleures plongeuses au monde ne savent pas quand elles pourront à nouveau rivaliser sur le tremplin. Cependant, elles sont inquiètes de l’inactivité des juges au cours des derniers mois.
« J’ai assisté à une vidéoconférence de la FINA où il y avait un juge, raconte-t-elle. Il a raconté que ses collègues regardent d’anciennes compétitions sur YouTube pour garder leurs “yeux frais”.
« Par contre, c’est loin d’être la même chose qu’une vraie compétition où les athlètes plongent devant eux. »
Question d’équilibre
Après les Jeux de Rio, Abel avait amorcé un travail psychologique afin de l’aider à surmonter les obstacles qui se pointent sur sa route.
« J’ai travaillé fort à m’identifier par autre chose que le plongeon, précise-t-elle. Grâce à cette nouvelle approche, je suis capable de mieux encaisser les événements actuels.
« Ce fut difficile d’apprendre à décrocher. Lorsque je suis à la maison, je ne suis pas la médaillée olympique. Mes entraîneurs ont vu un énorme changement dans ma façon d’analyser les situations à la piscine. »
Avec son conjoint, le boxeur David Lemieux, l’athlète tente de laisser leurs frustrations au gymnase et à la piscine.
« C’est plus facile de partager mes frustrations avec David étant donné qu’il est aussi un athlète. Par contre, on fait tout pour ne pas le faire. On peut en parler 15 minutes et on passe à un autre sujet.
« On veut que notre maison soit un lieu de repos. C’est important pour moi d’avoir un équilibre entre le plongeon et ma vie personnelle. »