Élections fédérales: Donald Trump nous incitera-t-il à voter stratégique?


Gabriel Ouimet
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Guerre commerciale, spectre d’une annexion aux États-Unis, désinvestissement militaire envers ses alliés: les menaces de Donald Trump sur l’économie et la souveraineté du Canada continueront de retenir l’attention jusqu’aux élections fédérales, le 28 avril prochain. Alors que la course s’annonce serrée, les électeurs pourraient-ils être tentés de voter de manière stratégique?
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«C’est certain que dans le contexte actuel, on se pose la question. Mais je ne pense pas qu’on puisse avoir de réponse avant beaucoup plus tard dans la campagne», affirme d’entrée de jeu la chroniqueuse au Journal et animatrice à TVA Nouvelles, Emmanuelle Latraverse.
Les conservateurs de Pierre Poilièvre jouissaient d’une avance de près de 20 points dans les intentions de vote quand Donald Trump a repris le pouvoir, quelques semaines avant le départ de Justin Trudeau.
Cette avance a complètement fondu: les libéraux (43%) jouissent maintenant d’une avance de cinq points sur leurs rivaux conservateurs (38%) à l’échelle nationale, selon les sites QC 125 et 339canada, qui font des projections électorales en compilant les données de sondages.
Si des élections avaient eu lieu le 24 mars dernier, les libéraux auraient obtenu 43% des votes au Québec, contre seulement 23% pour les conservateurs, révèle un vaste sondage Léger–Le Journal–TVA Nouvelles–National Post publié le 1er avril.
La posture de Mark Carney face aux tarifs et autres menaces brandies par Donald Trump, tout comme sa prestation lors des débats à venir, pourrait toutefois faire basculer l’opinion publique, estime Emmanuelle Latraverse.
«Mark Carney est en téflon en ce moment, mais il y a toute une liste de vulnérabilités derrière sa candidature: où sa fortune est placée, son problème à maitriser le français, son manque de sensibilité envers le Québec. À la longue, ces égratignures pourraient fendre son armure. C’est là que les enjeux de vote stratégique pourraient s’imposer dans l’esprit de l’électorat», explique l’analyste politique.
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C’est quoi au juste, le vote stratégique?
On parle de vote stratégique quand un électeur décide de donner son appui à un parti qui n’est pas son premier choix. C’est souvent parce qu’il juge que son coup de cœur ne représente pas l’un des deux partis ayant le plus de chances de l’emporter dans sa circonscription.
«On va donc voter pour un parti qui a une chance de l’emporter au niveau de sa circonscription, notamment dans le but de bloquer celui que l’on considère être la pire option», précise le professeur à l'école de politique appliquée à l’Université de Sherbrooke, Jean-François Daoust.
Cette dynamique avantage généralement les deux grands partis, soit le Parti libéral du Canada (PLC) et le Parti conservateur du Canada (PCC), au détriment des autres plus petits.
Par exemple, quelqu’un dont les convictions se rapprochent des propositions du Nouveau Parti démocratique (NPD), mais qui habite dans une circonscription où la lutte se joue entre les libéraux et les conservateurs, pourrait voter libéral pour nuire au PCC.
Quand appelle-t-on au vote stratégique?
Plus on avance dans une campagne électorale et plus la campagne est serrée, plus on entend parler de l’option du vote stratégique.
«Le vote stratégique est présent quand les gens sont ambivalents. C’est donc dans les circonscriptions serrées qu’on pourrait voir les gens se poser le plus la question», souligne Emmanuelle Latraverse.
Est-ce une bonne idée de voter stratégiquement?
Le vote stratégique peut être utile. Mais le fait de voter pour espérer faire gagner un parti qu’on n’appuie pas vraiment illustre une des faiblesses de notre système électoral, soulignait Bryan Breguet, auteur du blogue tooclosetocall.ca et analyste politique, lors des élections de 2021.
«Au final, chaque vote est important pour un parti, surtout pour un parti en émergence. Pour un parti, finir une élection à 12%, ça ne donne peut-être pas les victoires qu’il espère en termes de sièges, mais ça lui donne de la crédibilité et la possibilité d’aller chercher 20% la prochaine fois.»