Échangé contre David Aebischer: «Bob voulait absolument m’échanger» –José Théodore


Jonathan Bernier
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À n’en point douter, la transaction qui a envoyé Patrick Roy au Colorado est la pire de l’histoire du Canadien. Aucune autre ne s’en approche. Plusieurs sont d’avis qu’elle a mis le Tricolore dans le trouble pendant une vingtaine d’années.
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Toutefois, Jocelyn Thibault et Martin Rucinsky, acquis dans cet échange, ont offert quelques saisons honnêtes à la formation montréalaise. On ne peut en dire autant du retour obtenu pour les services de José Théodore, un autre gardien du Tricolore échangé à l’Avalanche.
David Aebischer est demeuré à Montréal le temps des roses. Seize mois plus tard, il était déjà parti sous d’autres cieux.
«Moi, j’ai joué sept autres saisons dans la LNH. J’ai été gardien numéro un pendant plusieurs de ces saisons-là», a souligné Théodore lorsque joint au téléphone.
«Je ne pense pas que Bob ait attendu que ma valeur soit à son plus haut niveau, a-t-il poursuivi. J’ai le sentiment que Bob voulait absolument m’échanger, peu importe ce qu’il obtiendrait en retour. Un peu comme ça a été le cas avec Mike Ribeiro.»
Toutefois, celui qui a disputé 353 matchs dans l’uniforme du Canadien reconnaît que cette saison 2005-2006, probablement sa plus difficile à Montréal, avait quelque peu lié les mains de son directeur général.

Les doigts d’honneur
D’ailleurs, le numéro 60 n’a pas mis de temps à réaliser que ça ne tournerait peut-être pas aussi rond qu’avant le lock-out qui avait paralysé les activités de la LNH pendant l’hiver 2004-2005.
«Ça a commencé avec les deux doigts d’honneur que j’avais faits pour faire rire le photographe Bob Fisher, lors de la journée des tests physiques. Ça avait été capté par les caméras, monté en épingle et interprété comme si c’était un message que je voulais envoyer aux partisans», a-t-il raconté.
Il n’en fallait pas plus que Théo, jusque-là un favori de la foule, soit pris à partie par les partisans du Canadien dès que ça allait mal. Et foi de l’ancien gardien, ça allait mal plus souvent que d’habitude.
«Je n’ai pas eu un bon début de saison. Un soir, je pouvais être la première étoile, le suivant je pouvais accorder quatre buts, s’est-il souvenu. Quand j’accordais un mauvais but, je me faisais huer. Je sentais que la foule s’était retournée contre moi. Ça devenait lourd.»
Le fait qu’il venait tout juste de signer un lucratif contrat lui rapportant un total de 16 M$ pour trois ans n’était rien pour aider sa cause. Plus le salaire d’un athlète est élevé, plus les partisans et les médias sont exigeants à son endroit.
«J’ai toujours été à l’aise avec ça, a soutenu Théodore. Au salaire que je faisais, c’était normal qu’on me critique si je ne connaissais pas un bon match. Je voulais simplement qu’on soit juste avec moi.»
En fait, ça allait tellement mal que, lors des matchs précédant la pause olympique, Cristobal Huet était devenu l’homme de confiance de Gainey, descendu derrière le banc après avoir congédié Claude Julien à la mi-janvier.
Échangé dans le plâtre
Puis est survenue cette blessure à un talon pendant la pause olympique. Une blessure qui l’a tenu à l’écart du jeu jusque dans la dernière semaine du calendrier.
«C’était presque un soulagement. Je me disais que je pourrais prendre du recul.»
C’est donc avec une jambe dans le plâtre qu’il a appris qu’il passait à l’Avalanche.
«Je ne m’attendais pas du tout à ça. Jamais je n’aurais pensé qu’une équipe viendrait me chercher, alors que ce n’était même pas certain que j’allais revenir au jeu avant la fin de la saison.»
Il y est finalement parvenu. Malgré la douleur encore vive, il a gardé le filet de l’Avalanche lors des cinq derniers matchs de la campagne avant de l’aider à éliminer les Stars de Dallas, largement favoris, en cinq rencontres.
Pendant ce temps, le Tricolore se faisait montrer la porte de sortie par les Hurricanes, les éventuels champions de la coupe Stanley, dès le tour initial. Avec Aebischer sur le banc.
«Ça m’a fait un petit velours de voir qu’on s’était rendus plus loin, que l’Avalanche avait eu le meilleur dans la transaction», a confié Théodore.
Un sentiment qui n’était pas sans cacher une certaine déception.
«Mon but, c’était de jouer 10 autres années à Montréal. J’avais l’impression que cette saison-là, c’était seulement une mauvaise passe. Je me disais que je me reprendrais pendant les séries en goalant sur la tête et que tout redeviendrait beau.»
Ce fut le cas. Ça ne le fut juste pas à Montréal.