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Du podium au plateau : Bruny Surin et Kimberley Ann, la passion en héritage

Alicia Bélanger-Bolduc

2026-03-07T11:00:00Z

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Bruny Surin a marqué l’histoire du Québec et de l’athlétisme en tant que médaillé olympique et champion du monde. L’héritage impressionnant qu’il a légué à ses deux filles a tout particulièrement inspiré l’une d’elles, Kimberley Ann, aujourd’hui réalisatrice et productrice. À la tête de sa propre maison de production, Afro Dynamic Films, la jeune femme enchaîne les projets, propulsée par une famille unie derrière elle. Entrevue avec ce duo père-fille que rien n’arrête.

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J’aimerais commencer par vous demander quel est le meilleur souvenir que vous avez l’un de l’autre ?

Kimberley Ann : Ce qui me vient en tête n’a rien de précis, mais on est une famille très proche. Ma sœur n’est pas à Montréal en ce moment, mais chaque semaine, le samedi ou le dimanche, on se réunit chez mes parents pour souper ensemble. On aime se taquiner et rigoler. C’est à ça que je pense quand je veux me rappeler de beaux souvenirs.

Bruny : Pour moi, ce sont les voyages en famille. Encore aujourd’hui, même si les enfants sont grands, on trouve toujours le temps de partir tous les quatre. Pour le Nouvel An, Katherine, ma plus jeune, n’a pas pu venir, mais Kimberley, ma conjointe et moi, on est allés au Costa Rica. Certaines de leurs amies sont surprises, mais pour nous, c’est tout à fait normal. C’est un privilège de pouvoir encore profiter de moments comme ceux-là.

Qu’avez-vous appris de votre relation ?

B. : Kimberley est très semblable à sa maman : méticuleuse à la virgule près. Moi, je suis l’inverse. J’ai de la rigueur, mais je ne m’attarde pas aux détails. Elle a un souci du détail et une discipline impressionnants, que je trouve très inspirants.

K. A. : En réalisant le documentaire sur le relais que j’ai fait avec mon père, j’ai compris que pour atteindre les plus hauts niveaux, il faut du temps. Je n’ai pas toujours beaucoup de patience quand je vise un objectif. Le voir gagner sa médaille d’or, après tant d’efforts et d’embûches, m’a apaisée par rapport à ma carrière. Je sais où je m’en vais, et c’est correct si ce n’est pas instantané : je vais continuer de travailler fort.

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Eric Myre / TVA Publications
Eric Myre / TVA Publications

Parlez-moi de vos projets respectifs en ce moment. Vous êtes deux personnes bien occupées !

K. A. : Je manque de temps, mais je me dis que j’ai tellement voulu ça ! Récemment, il y a eu le lancement de la série Temps partiel, que j’ai produite. Elle est maintenant offerte sur la plateforme web de Télé-Québec. Mon premier court métrage de fiction, Le dernier souhait, que j’ai réalisé, est en compétition au Festival international du court métrage, Regard, qui se tiendra au Saguenay en mars. Je développe aussi deux ou trois projets en ce moment.

B. : Je serai assurément de retour pour les Jeux olympiques d’été de 2028 à Los Angeles, mais je ne sais pas encore sous quelle forme. J’ai lancé récemment mon académie de sprint pour les jeunes sportifs qui veulent développer leur vitesse et leur endurance. Sinon, je donne des conférences chaque semaine. J’ai aussi ma fondation et ma ligne de vêtements.

Crédits: Le Homard Club Photographt
Crédits: Le Homard Club Photographt

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Kimberley, tu as un parcours remarquable. Jeune, avais-tu déjà le désir de faire de grandes choses ?

Au début, je ne savais pas exactement ce que je voulais faire. Je me concentrais sur le tennis, et c’est une camarade de jeu qui m’a dit qu’elle me verrait en cinéma. C’est comme ça que j’ai commencé. J’ai étudié à l’Université d’État de Pennsylvanie et touché à tout sur un plateau de tournage. J’ai compris que j’aimais beaucoup la production, sans être certaine du format. J’ai travaillé pour plusieurs entreprises afin de mieux cerner ce qui m’intéressait vraiment. Warner Bros a été une opportunité incroyable, arrivée un peu par hasard. La réalisation est venue pendant la pandémie. On était tous à la maison   ; ma sœur était revenue habiter avec nous. Je lui ai confié mes doutes à l’idée de continuer à travailler pour une entreprise, et elle m’a dit que je pouvais créer mes propres projets.

Eric Myre / TVA Publications
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Le milieu de la production et de la réalisation a beau être artistique, il est très compétitif, comme le sport.

K. A. : Absolument ! Nos projets sont constamment acceptés ou refusés. On est en compétition avec des gens très talentueux pour les mêmes fonds. Il faut se battre chaque jour pour ce qu’on veut et pour ce qu’on vaut.

B. : J’ai remarqué cet aspect chez elle assez tôt. Quand ça fonctionne moins bien, elle reste résiliente. Elle jongle avec plusieurs projets aujourd’hui, mais ça n’a pas toujours été le cas. Elle essayait, rien ne marchait, mais elle a gardé le cap. Comme dans le sport, il y a des performances plus difficiles, mais on persévère. Je l’ai vue traverser tout ça et je suis bien fier d’elle.

Quels aspects de la vie de ton père et de sa carrière comprends-tu mieux, maintenant que tu évolues dans un milieu aussi compétitif ?

K. A. : En faisant le documentaire, j’ai retracé sa vie et compris beaucoup de choses. J’avais 25 ans et je débutais dans le milieu. J’ai réalisé que c’était déjà une chance immense de pouvoir vivre tout ça. J’ai aussi appris de sa patience. Les refus font partie de mon parcours, mais je dois continuer d’avancer.

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Crédits: Le Homard Club Photographt
Crédits: Le Homard Club Photographt

Comment c’était de travailler ensemble ?

B. : Je ne me sentais plus comme son père, mais comme l’employé de ma fille ! (rires) La dernière fois que j’ai eu un patron remontait à l’adolescence. Me retrouver dans cette situation à plus de 50 ans, c’était spécial. Ça s’est très bien passé, mais elle restait la patronne !

K. A. : J’ai beaucoup analysé la dynamique famille-travail. Quand ça va moins bien, le personnel peut s’inviter dans les discussions et compliquer les choses. Si on travaillait ensemble, il fallait faire une vraie distinction. Sur le plateau, il n’était pas papa, il était Bruny, et c’est ainsi que je l’appelais. Nous développons présentement un autre documentaire ensemble  ; je serai sa productrice, et cette dynamique sera encore là.

Comment as-tu réagi en comprenant que ta fille serait une artiste, et qu’elle ne suivrait pas tes traces dans le monde du sport ?

B. : La première fois que j’ai compris qu’elle s’en allait vraiment dans ce domaine, c’est quand elle m’a annoncé qu’elle voulait créer sa propre entreprise. Comme parent, on souhaite la sécurité pour ses enfants, et là, c’était tout le contraire. J’ai été craintif, mais j’ai toujours incité mes filles à réaliser leurs rêves. J’ai compris qu’elle était sérieuse et j’ai décidé de vivre les hauts et les bas avec elle. Elle navigue à travers tout ça et je suis très fier d’elle.

K. A. : Mes parents m’ont inculqué ces valeurs et l’importance de prendre des risques. Je ne voulais pas me réveiller plus tard avec des regrets. En lançant ma compagnie, je voulais que ça fonctionne, mais j’avais 20 ans et moins de pression. Je n’avais rien à perdre : je pouvais retourner en entreprise si c’était nécessaire.

Bruny, on vous a déjà dit que la famille pouvait être une distraction dans la carrière que vous aviez choisie. Ça n’a jamais été le cas ?

Ça n’a pas toujours été facile, mais je me disais : “Vise tes objectifs et fonce, malgré les critiques.” Bien sûr, ça venait me chercher. Mais ma famille était mon équilibre. La société pouvait penser ce qu’elle voulait, c’était ma vie. En regardant récemment les Jeux olympiques d’hiver, je voyais Mikaël Kingsbury avec son fils et je sentais qu’il avait compris la même chose que moi.

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Eric Myre / TVA Publications
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Parlez-moi de l’importance de la représentation dans vos disciplines respectives.

K. A. : Pour moi, c’est essentiel que les jeunes puissent se reconnaître à l’écran et voir de nouveaux visages. Je tiens à mettre en lumière de nouveaux talents devant la caméra, mais aussi derrière, un aspect qu’on oublie souvent. J’essaie d’avoir des stagiaires sur chaque projet pour leur montrer l’envers du décor. Dans ma communauté, ce métier est peu valorisé.

B. : Il y a une mentalité au Québec selon laquelle on peut faire ses petites affaires tranquillement et être heureux. Moi, je n’ai jamais pensé comme ça. On voit de plus en plus d’athlètes québécois dans le sport professionnel, mais avant, réussir était parfois mal perçu, surtout en entrepreneuriat. Je parle souvent à de jeunes immigrants qui ne se sentent pas québécois de souche, et je les encourage à y croire pleinement. Ma mère me répétait que j’avais toutes les opportunités devant moi, et ça m’a marqué. Le mot « impossible » ne fait pas partie de mon vocabulaire. Quand un jeune à mon académie me dit ça, je lui réponds qu’il existe toujours une solution.

Eric Myre / TVA Publications
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Quel héritage souhaitez-vous laisser à ceux qui suivront ?

K. A. : Mon nom m’a peut-être ouvert et fermé des portes, mais je suis fière de mes origines. Je veux laisser une trace dans l’industrie à travers mes films et mes séries. J’aimerais que, dans 30 ans, on ressente encore les émotions que j’essaie de transmettre et la force des messages que je porte.

B. : J’aimerais qu’on se souvienne de moi comme d’un fonceur  ; quelqu’un de positif qui aimait aider les autres. Quand on pense à moi, c’est cette image que je veux voir apparaître.

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