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Cinq choses que j'ai apprises en regardant le documentaire Netflix sur America's Next Top Model, en tant que Gen Z

Juliette de Lamberterie

2026-02-21T12:00:00Z

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En tant qu’aînée de la génération Z, j’ai manqué le train de la télé-réalité culte longtemps animée par Tyra Banks, America’s Next Top Model. Voici ce qui m’a le plus frappée dans le documentaire, qui a dépassé mes attentes en termes d’exploration des zones sombres de l’émission.

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Courtoisie de Netflix
Courtoisie de Netflix

Vous savez ce qui m’a surprise en tout premier ? Que Tyra Banks clame à l’époque l’importance de l’inclusion lorsqu’elle pitchait son idée de télé-réalité. Le début du documentaire montre que jusqu’à ce jour, celle-ci affirme qu’elle voulait s’opposer aux contraintes et aux normes ultratoxiques du monde du mannequinat, alors encore plus grossophobe et raciste qu’il l’est aujourd’hui (et c’est beaucoup dire). Banks disait qu’en tant que femme noire, elle voulait ouvrir la porte à toutes celles qui ne se sentaient pas bienvenues dans l’industrie.

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Cette idée clashe avec tout ce que j’avais observé de l’émission, soit de multiples extraits viraux qui se retrouvaient régulièrement sur mes fils d’actualité, alors que ma génération découvrait à son tour ce produit médiatique. Tout de ce que j’entendais des juges respirait la toxicité, l’incitation à la haine de soi et la promotion de standards de beauté les plus rigides. D’ailleurs, plusieurs événements violents et complètement dénués d’empathie se sont déroulés dès le tournage du premier épisode de la première saison, ce qui contredit toute déclaration que la série était saine à l’origine et qu’elle s’est simplement dégradée au fil du temps.

Maintenant que la table est mise, passons à cinq révélations qui m’ont marquée au cours des trois épisodes documentaires de la série Top Model USA : Le revers du rêve (originalement Reality Check : Inside America’s Next Top Model), sortis le 16 février sur Netflix. 

Dans l’épisode inaugural, Tyra Banks a forcé le coming-out public d’une de ses participantes

Courtoisie de Netflix
Courtoisie de Netflix

Dès le tournage du premier épisode de la série, donc, bien des échanges toxiques prennent déjà place. La personnalité de la candidate Ebony Haith brille dès ses premières apparitions, mais celle-ci est rapidement la victime de plusieurs agressions racistes sur le plateau, notamment des coiffeurs de l’émission qui se moquent de ses cheveux et lui rasent (mal) la tête. D’ailleurs, la violence vécue par les participantes noires était systémique dans America’s Next Top Model, ce que le documentaire montre clairement. En plus de tout cela, dès leur première scène ensemble, Tyra Banks annonce de fait à la caméra que Ebony est lesbienne, sans lui avoir demandé au préalable si elle pouvait le faire. On était en 2002: « Ils n’ont pas pensé au danger potentiel auquel ça m’exposait », dit Ebony dans le documentaire. 

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La production a mis de la pression sur une candidate pour qu’elle se fasse arracher trois dents pendant le tournage

Courtesy of Netflix
Courtesy of Netflix

Joanie Sprague, qui a fait partie du sixième cycle de la série, venait d’une famille modeste, et n’avait pas une dentition alignée. Pour la première fois de toutes les saisons de l’émission, l’étape classique du makeover incluait une procédure médicale, soit un dentiste invité sur le plateau. Sans que la candidate ait pu demander conseil à ses proches ou à sa famille, celle-ci s’est retrouvée à subir des opérations dentaires pendant toute une nuit, se faisant arracher trois dents. Elle dit aujourd’hui souffrir de problèmes chroniques liés à ses dents, même si elle se sentait à l’époque chanceuse de recevoir ces soins gratuitement. 

Des participantes d’ANTM ont posé avec des personnes itinérantes, déguisées en itinérantes

J’avais entendu parler de bien des défis dans le cadre de l’émission, tous plus fous et problématiques les uns que les autres, mais celui-là n’avait pas fait son chemin à moi jusqu’à hier. La production ne s’est pas contentée de demander aux filles de s’habiller telles qu’elles imaginent les personnes en situation d’itinérance, mais les a envoyées faire un shooting photo dans la rue, avec eux. Elles ont posé avec des verres en plastique et des fausses pancartes en carton... cringe niveau un million.

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Tyra Banks n’a pas fait qu’un seul défi « d’échange de races »... mais deux

Courtesy of Netflix
Courtesy of Netflix

C’est probablement le challenge impensable le plus connu de l’héritage d’America’s Next Top Model pour son concept ahurissant : demander aux candidates de l’émission de « changer d’ethnicité pour une journée », ce qui a mené à plusieurs situations de Blackface et de Brownface. Ce que j’ignorais, c’est que Tyra Banks a choisi de répéter l’expérience la saison suivante. Et ce, même alors que certains des autres juges avaient exprimé leurs doutes quant au concept dès la première fois, ce qu’elle avait écarté du revers de la main.

L’équipe de l’émission a laissé se produire un viol, filmé dans son entièreté

Courtesy of Netflix
Courtesy of Netflix

C’est de loin le moment le plus difficile à regarder de tout le documentaire, qu’on aborde dès la fin du premier épisode. La participante de la deuxième saison Shandi Sullivan avait fait un parcours presque sans faute au fil de sa saison, se rendant au voyage final à Milan. C’est là-bas que s’est déroulé l’un des épisodes les plus traumatiques de sa vie, soit une agression sexuelle par l’un des hommes qui étaient présents à une soirée dans leur villa. Fatiguée et peu nourrie, l’alcool coulait à flot et lui est rapidement monté à la tête. On la voit ensuite dans ce que la production présentera ensuite comme une simple scène d’intimité avec l’un des invités  ; toutefois, elle y était inconsciente à cause de l’alcool. « Personne n’a rien fait pour empêcher la situation. Et tout a été filmé. Chaque instant. » 

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Quelques années plus tard, alors invitée au talk-show de Tyra Banks, cette dernière l’a même forcée à regarder l’extrait en question, alors que Sullivan lui avait demandé de ne pas le faire au préalable, puisqu’elle ne l’avait, et ne voulait jamais, le visionner.

Courtesy of Netflix
Courtesy of Netflix

Je vous avais dit que ce serait sombre. Et si Tyra Banks a un grand droit de réponse dans le documentaire Netflix, elle n’est certainement pas dépeinte de manière flatteuse. Le documentaire dévoile beaucoup plus d’histoires troublantes. La parole est tendue aux ex-participantes qui sont nombreuses à raconter les traumatismes qu’elles ont vécus pendant leur passage à l’émission ; certainement pas tous, mais au moins une fraction. D’ailleurs, cinq d’entre elles militent aujourd’hui pour plus de protection pour les personnes qui participent aux séries de télé-réalité, ce qui semble plus que nécessaire. Si America’s Next Top Model est derrière nous, il est évident que bien d’autres productions actuelles ont encore d’importantes lacunes en la matière (je te parle, Love is Blind).

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