Diane Lavallée: «Je n’avais jamais été malade de ma vie»
En rémission d'un cancer diagnostiqué en 2023
Patrick Delisle-Crevier
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Il y a deux ans, Diane Lavallée révélait qu’elle était atteinte d’un cancer du sein et qu’elle allait disparaître de l’œil du public pour se soigner. Aujourd’hui en rémission, elle reprend peu à peu le métier de comédienne. Entrevue avec Diane Lavallée, qui nous parle de ses projets, de sa santé et de cette période difficile où elle n’a pas pu exercer son métier.
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D’abord, comment allez-vous ?
Je vais bien, tout va très bien. Je suis en rémission, je peux enfin reprendre le travail et j’en suis fort heureuse. Après une absence de plus de deux ans, je suis soulagée de pouvoir jouer à nouveau. Cet automne, on a pu me voir dans Dumas, j’ai eu deux jours de tournage et j’ai aussi tourné dans Mon coloc de 80 ans. J’ai repris tranquillement le métier, car je me fatigue un peu plus vite et je dois doser mes énergies. J’ai aussi passé une audition pour la série Mustang et j’y tiendrai un rôle. Je serai également dans Détective numéro 1, avec Pierre-Yves Roy-Desmarais, et sur la scène du Théâtre La Licorne en novembre et décembre, dans la pièce Suzanne va sortir.
Est-ce que ça vous angoisse de monter sur scène soir après soir ?
Non, car j’ai beaucoup de temps pour apprendre mon texte, et j’ai tout mon été pour me reposer et me préparer pour tout ça. Je vais tourner un peu, mais rien de trop épuisant, alors je vais pouvoir récupérer, parce que je ne suis pas encore à 100 % de la forme que j’avais avant mon cancer. Je me sens encore un peu fatiguée, mais pas de façon démesurée non plus.
Plusieurs personnes dans ce métier après une pause ont peur de sombrer dans l’oubli. Avez-vous ressenti cette peur ?
C’est sûr que j’y ai pensé, et je suis heureuse qu’on me choisisse encore parce que, pour moi, c’est comme si on ne m’avait pas oubliée. Habituellement, dans ce métier, on pense que quand une femme est enceinte, elle l’est pendant trois ans, et que quand elle a eu un cancer, elle est cancéreuse pendant 10 ans. J’y vais doucement, je pense que je suis capable, et je n’ai pas de rôles principaux non plus. Ça se limite à quelques journées de tournage ici et là. Je n’ai pas reçu beaucoup de textes encore. Je sais que dans Mustang, je jouerai la propriétaire d’un magasin général et dans Détective numéro 1, mon personnage, Bibi, ouvre une auberge pour accueillir plein de monde.
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Quel souvenir gardez-vous de cette période de pause obligatoire pour vous soigner ?
J’ai eu huit traitements de chimiothérapie, qui avaient lieu toutes les trois semaines, et je ne pouvais pas travailler durant cette période. Même qu’en 2024, je devais jouer dans la pièce Appelez-moi Stéphane, et je n’ai pas pu le faire. On a dû me remplacer. Mais ils ont gardé la pièce pour 2025, j’ai pu la faire et ç’a bien été. J’ai trouvé ça extraordinaire, car ils avaient gardé le rôle pour moi. J’ai arrêté mes traitements en novembre 2024 et j’ai pu récupérer et jouer durant tout l’été 2025.
Diane Lavallée, vous avez presque 50 ans de carrière. Quel bilan en faites-vous ?
C’est fou, car j’ai eu une carrière bien différente de ce que je pensais avoir au départ. Je n’avais pas vraiment imaginé ma carrière. Je sais cependant que j’ai beaucoup rêvé de jouer sur une scène durant mon adolescence. Je me souviens que j’entendais les applaudissements et que je voulais surtout jouer au théâtre. Finalement, j’ai été très contente de faire de la télé, et aussi de faire du cinéma. J’ai comme pu goûter aux trois, et j’ai adoré ça.

Parlez-moi de Thérèse dans La petite vie. Ce rôle a été marquant pour vous...
Oui, ç’a été tellement magique, pour nous tous, de pouvoir jouer dans une telle série, qui a marqué l’histoire et l’imaginaire collectif. Claude Meunier nous a écrit des textes incroyables. Je lui dois beaucoup parce que tout ce que j’ai eu à jouer, chaque réplique, ça vient de lui. Ce fut un immense cadeau pour moi, surtout qu’on n’en voit pas beaucoup, des personnages comme ça. Elle est à la fois innocente et attachante.

Laurence, votre fille, marche dans vos traces. Qu’est-ce que ça vous fait ?
Je suis très fière d’elle et j’étais contente quand elle m’a dit qu’elle désirait faire ce métier. Elle devait avoir 11 ans environ quand elle a débuté, dans L’ombre de l’épervier. Elle était si bonne, et elle a tout de suite aimé ça. Ensuite, il y a eu la quotidienne Virginie, dans laquelle elle a joué longtemps. Elle a pris goût au métier et ensuite, sa carrière a été fulgurante. J’aime voir ma fille jouer, je trouve qu’elle est extraordinaire.
Diane, vous avez eu 70 ans. Quel effet cela vous fait-il ?
Disons que ç’a été un choc. J’ai trouvé ça difficile et impressionnant de changer de décennie. Oui, avec mon cancer et toute cette période, je me sens un peu plus fatiguée. Mais avoir 70 ans, ça ne me fait pas peur, et je suis encore capable.
Est-ce que le mot retraite fait partie de votre vocabulaire ?
Non, pas pour l’instant. C’est comme ça, dans ce métier-là. Il peut t’amener à jouer jusqu’à 80 ans, et je vois que c’est possible en regardant ma bonne amie Muriel Dutil, qui joue encore à 81 ans. Elle est un modèle pour moi. Et tu ne prends pas ta retraite, quand tu es un artiste. Je vais donc jouer le plus tard possible et interpréter des grands-mères.
Qu’est-ce que ça a changé en vous, ce diagnostic de cancer ?
Ça m’a secouée, et il y a définitivement un avant et un après pour moi. On comprend que la vie n’est pas éternelle et qu’on a tous une fin. Ç’a été dur pour moi de vivre ça, parce que je n’avais jamais été malade de ma vie. Même quand je faisais mes traitements de chimiothérapie, je me disais que ça ne se pouvait pas que je sois atteinte de cette maladie. Je n’y croyais pas et je n’y ai jamais cru, à ce cancer-là. Mais j’ai tout fait ce qu’il fallait pour guérir.
Qu’est-ce qu’il vous reste à faire dans votre vie ?
Il y a tellement de choses, et en même temps, j’ai juste envie de me laisser surprendre. Là, je joue dans deux séries et je n’en reviens pas qu’on ait pensé à moi. J’ai eu à passer une audition pour l’un des rôles et pour l’autre, on me l’a offert sans audition. Jouer — encore et encore — au théâtre, c’est aussi un plaisir pour moi. Dans Suzanne va sortir, je vais jouer une femme qui est en prison et qui crée un club de lecture pour les femmes. C’est vraiment une belle pièce, à la fois drôle et pathétique.