Des reçus fiscaux et des fonds publics pour l’église de l’agresseur sexuel Paul Mukendi
En Afrique, où il a fui après avoir été condamné pour agressions sexuelles, Paul Mukendi continue de tirer les ficelles de son église, à Québec


Elisa Cloutier
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Ottawa accorde des privilèges fiscaux à une église de Québec dont le leader spirituel est un agresseur sexuel qui s’est enfui en Afrique, a découvert notre Bureau d’enquête.
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Le Centre évangélique Parole de vie, situé sur le boulevard Pierre-Bertrand à Québec, est inscrit auprès du gouvernement fédéral comme organisme de bienfaisance. Cela permet à ses donateurs de réclamer des crédits d’impôt.
Son fondateur, Paul Mukendi, qui a été condamné à 10 ans d’emprisonnement pour agressions sexuelles, n’est pas inscrit à la liste des administrateurs de l’église.
Mais ce dernier continue d’en tirer les ficelles, et ce, en prêchant régulièrement au lieu de culte en webdiffusion, à partir de l’Afrique, où il se trouve depuis août 2021.
Son nom figure d’ailleurs toujours bien en vue sur la devanture du bâtiment qui abrite l’Église.

Surnommé « le père de la maison » par ses fidèles, l’homme de 49 ans y anime régulièrement des célébrations, projetées sur écrans géants, en direct de la ville de Kinshasa, en République démocratique du Congo, où il demeure libre comme l’air.
« Mukendi dirige encore tout. Il décide tout. Les administrateurs ne connaissent rien, c’est pour faire croire au gouvernement que c’est un organisme normal, mais au fond, c’est 100 % Mukendi », relate un ancien fidèle, qui a conservé des liens avec certains membres de l’église.
Le 10 mai dernier, pendant la diffusion en direct d’une messe sur grand écran, Paul Mukendi a chaudement salué ses fidèles de Québec.
« Dites à tout le monde que l’apôtre de la ville de Québec, l’unique, lui-même, est là à Québec en train de prêcher », a-t-il dit dans la vidéo, qui a par la suite été publiée sur les médias sociaux.

L’église conserve son statut
L’Agence du revenu du Canada (ARC), responsable de réglementer les organismes de bienfaisance enregistrés, affirme qu’elle peut refuser ou révoquer l’enregistrement d’un organisme, s’il est établi « qu’un particulier non admissible est membre du conseil ou contrôle ou gère l’organisme ».
La loi décrit un particulier non admissible comme une personne, entre autres, qui a été déclaré coupable d’une infraction criminelle, indique la porte-parole de l’ARC Kim Thiffault.
L’ARC a refusé de se prononcer quant aux impacts que pourraient avoir les condamnations au criminel de Paul Mukendi sur le statut de l’église.
Elle souligne toutefois que l’enregistrement comme organisme de bienfaisance du Centre évangélique Parole de vie n’est actuellement « pas révoqué, annulé, suspendu ou pénalisé ».

Mandat d’arrestation
Paul Mukendi est toujours sous mandat d’arrestation.
Le Service de police de la Ville de Québec n’a pas voulu confirmer si une requête avait été logée à Interpol pour qu’une notice rouge soit émise, ce qui signifie qu’un fugitif est placé sur la liste d’individus recherchés.
Installé à Kinshasa, Mukendi y recevrait régulièrement sa femme, Carmen Mukendi, et ses enfants, qui eux demeurent toujours à Québec, selon les nombreuses publications sur ses réseaux sociaux.
Condamné à 10 ans de prison pour des agressions sexuelles
- En juin 2019, Paul Mukendi Wa Bukole a été reconnu coupable de neuf chefs d’accusation pour des gestes à caractère sexuel, dont agression sexuelle et exploitation sexuelle, ainsi que de voies de fait armées sur une adolescente de 14 ans. Il a été condamné à huit ans de prison.
- Il a porté la cause en appel, mais a été débouté en août 2021. La Cour d’appel lui avait ensuite ordonné de se livrer aux autorités, ce qu’il n’a pas fait.
- En décembre 2021, un deuxième procès, en son absence, l’a condamné à une peine supplémentaire de deux ans de pénitencier pour avoir agressé sexuellement une ancienne fidèle.
L’église de Mukendi aurait bénéficié de plus de 50 000 $ en subventions gouvernementales
L’Église de Paul Mukendi aurait bénéficié de plus de 50 000 $ en subventions gouvernementales au cours des cinq dernières années.
C’est du moins ce qu’indiquent les états financiers publics produits par l’organisme et consultés par notre Bureau d’enquête.
Selon ces documents, le gouvernement du Québec aurait versé plus de 16 900 $ à l’église où prêche Paul Mukendi, en 2024.
Le révérend était à ce moment en cavale depuis trois ans, après avoir été condamné à un total de 10 ans de prison pour agressions sexuelles.
Or, le Secrétariat du Conseil du trésor nie avoir versé cet argent. « Il n’y a pas eu de commandites, de contrats, de subventions ou d’aides financières octroyés à cette organisation provenant du gouvernement », indique la porte-parole du Ministère, Marie-Hélène Demers.
Le gouvernement fédéral aurait également contribué à hauteur de plus de 35 600 $ en 2021. Il s’agit de l’année où le pasteur a fui en République démocratique du Congo.
L’Agence du revenu du Canada n’a pas souhaité donner d’explications sur cette subvention alléguée, prétextant des « dispositions relatives à la confidentialité ».
La présidente de l’organisme Centre évangélique Parole de vie, Félicité Belisimbi, ainsi que la trésorière, Marie-Ève Lepage, ont refusé de nous parler.
