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Des primes calculées sur des années non travaillées à la Caisse de dépôt

Charles Emond est à l’emploi de la Caisse de dépôt depuis le 1er février 2020. Cela ne l’a pas empêché de recevoir des primes de rendement pour les années 2018 et 2019.
Charles Emond est à l’emploi de la Caisse de dépôt depuis le 1er février 2020. Cela ne l’a pas empêché de recevoir des primes de rendement pour les années 2018 et 2019. Photo d'archives, Chantal Poirier
Photo portrait de Michel Girard

Michel Girard

2023-04-27T04:00:00Z

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J’ai mon voyage. La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a versé des bonis à ses hauts dirigeants pour des années de rendement où ils n’étaient pas à son emploi. 

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Je m’explique. Les juteuses primes versées annuellement aux hauts dirigeants de la Caisse de dépôt et placement sont notamment déterminées en fonction du rendement global que la Caisse a obtenu lors des cinq dernières années. 

Ainsi, le calcul du montant des alléchantes primes versées en 2022 à titre de «rémunération variable» tenait compte, entre autres, du rendement global de la Caisse lors du cycle de 5 ans allant de 2018 à 2022, et de la valeur ajoutée par rapport aux indices de référence. 

C’est quoi le problème? Sur les six hauts dirigeants qui se sont partagé 11 millions de dollars de primes en 2022, quatre d’entre eux, dont le PDG Charles Emond, travaillent à la Caisse depuis moins de cinq ans.  

Que le conseil d’administration de la Caisse verse à ses hauts dirigeants des bonis qui tiennent compte du rendement antérieur de la Caisse lorsqu’ils étaient bel et bien en poste, c’est justifiable. Mais accorder des bonis pour des années de rendement global où ils n’étaient pas en poste, c’est irresponsable. 

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En passant, dans le calcul de ladite «rémunération variable», c’est-à-dire des bonis, il y a trois composantes: le rendement global sur 5 ans; le rendement par secteur sur 5 ans ; et la contribution individuelle.  

Et dans quelle proportion chacune des composantes joue-t-elle dans la rémunération variable? 

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«Plus le niveau hiérarchique est élevé, plus le poids sur le rendement global est élevé en proportion de la composante secteur afin de favoriser l’imputabilité et l’alignement d’intérêts à l’intérieur de l’organisation pour répondre aux besoins de nos déposants», de me répondre le porte-parole de la Caisse, Maxime Chagnon, chef des Relations médias mondiales.  

Le cas Emond 

Épluchons le cas de Charles Emond. Il est arrivé à la Caisse en février 2019, à titre de premier vice-président Québec. Il aura pris la relève de Michael Sabia comme PDG le 1er février 2020.  

Depuis que Charles Emond est à la Caisse, on lui a octroyé quelque 12,3 millions $ de primes. En voici la répartition pour chacune de ses années de service. Et entre les parenthèses, je donne le nombre d’années qu’il était à l’emploi de la Caisse sur le cycle de 5 ans de rendement global que couvraient lesdites primes qu’il a reçues. 

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  • 2,2 millions $ en 2019 (1 année d’emploi sur la période de 2015 à 2019) ; 
  • 2,75 millions $ en 2020 (2 années d’emploi sur la période de 2016 à 2020) ; 
  • 3,8 millions $ en 2021 (3 années d’emploi sur la période de 2017 à 2021) ; 
  • 3,58 millions $ en 2022 (4 années d’emploi sur la période 2018 à 2022). 

Comme vous pouvez le constater, lors de chacune de ses quatre années de service à la Caisse, M. Emond a toujours bénéficié de gros bonis dont une partie du montant était axée sur la performance antérieure qu’avait rapportée son prédécesseur Michael Sabia. 

Les trois autres chanceux

Vincent Delisle, premier vice-président et chef des marchés liquides, a été embauché en août 2020. Le montant total des primes que la Caisse lui a accordées s’élève à 3,75 millions $, soit: 

  • 598 000 $ en 2020 
  • 1,65 million $ en 2021 
  • 1,5 million $ en 2022  

Arrivé en poste en septembre 2020, Marc-André Blanchard, «premier vice-président et chef, CDPQ mondial et chef mondial de l’investissement durable», a obtenu des bonis de 3,39 millions $ dont:  

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  • 500 000 $ en 2020  
  • 1 495 000 $ en 2021 
  • 1 395 000 $ en 2022 

Pour sa part, Martin Laguerre, premier vice-président et chef des Placements privés, a travaillé pour la Caisse de dépôt et placement durant 1 an et 10 mois. Ce qui lui a permis d’encaisser des bonis de 2,14 millions $ US, dont 904 192 $ US pour 10 mois en 2022 et 1 234 800 $ US en 2021.  

C’est quand même choquant d’apprendre qu’une importante portion des primes empochées par ces trois collègues de Charles Emond est basée sur des années de rendement global (calculé sur un cycle de 5 ans) où ils n’étaient pas à l’emploi de la Caisse.  

Je veux bien croire qu’il faut être compétitif pour attirer les bons gestionnaires de portefeuille. Mais de là à leur verser des primes sur des années où ils ne sont pas en poste, il devrait y avoir une maudite limite à ne pas franchir! 

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