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La Caisse en déficit de transparence

Le grand patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Charles Emond.
Le grand patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Charles Emond. Photo d’archives, Chantal Poirier
Photo portrait de Michel Girard

Michel Girard

2023-04-25T04:00:00Z

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L’évaluation du portefeuille de la Caisse de dépôt et placement du Québec devient de moins en moins transparente en raison de la place grandissante que les placements privés, les infrastructures et l’immobilier occupent dans le gigantesque bas de laine des Québécois.  

La Caisse évalue la «juste valeur» de ses placements en fonction de trois niveaux, le Niveau 3 étant le moins «rigoureux» puisqu’il porte notamment sur des données d’entrée non observables.  

C’est sous ce Niveau 3 que l’on retrouve une forte concentration des investissements de la Caisse dans les entreprises privées, les immeubles et les infrastructures, lesquels ont permis à Charles Emond de se vanter d’avoir réalisé une «valeur ajoutée» de 10 milliards $ (G) en 2022. 

Concernant les évaluations de Niveau 3, voici la mise en garde de la Caisse: «Bien que la CDPQ (Caisse) juge que ses évaluations de la juste valeur sont appropriées, le recours à des hypothèses raisonnablement possibles pourrait se traduire par des justes valeurs différentes. Pour une date de mesure donnée, il est possible que d’autres intervenants du marché puissent évaluer un même instrument financier à une juste valeur différente. Le fait que différentes évaluations de la juste valeur existent reflète le jugement, les estimations et les hypothèses appliquées ainsi que l’incertitude relative à la mesure de la juste valeur de ces instruments financiers.» 

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Pire sous Emond

Depuis l’arrivée de Charles Emond à la tête de la Caisse, les placements dont l’évaluation de la juste valeur s’effectue sous le Niveau 3 ont pris beaucoup de galon.  

Sous l’ex-PDG Michael Sabia en 2019, ils totalisaient 136 milliards $, accaparant 34,9 % de l’ensemble des actifs financiers de la Caisse. En 2022, sous Emond, ces placements de Niveau 3 s’élevaient à 222 G$, représentant ainsi 47,2 % de l’ensemble des actifs.  

Voilà pourquoi je fais partie des obser-vateurs sceptiques lorsque le PDG de la Caisse, Charles Emond, se vante d’avoir réalisé en 2022 une «valeur ajoutée de 10 milliards $» alors que la Caisse a bouclé l’année avec des pertes de près de 25 G$. 

Il s’adonne que c’est justement avec les investissements les plus complexes à évaluer que Charles Emond a réussi à créer, selon ses dires, 10 milliards $ de valeur ajoutée dans des conditions marquées par le pire marché en 50 ans. 

Alors que les placements dans les marchés traditionnels (marchés boursiers, marché obligataire) enregistraient de lourdes pertes, les placements dans les actifs réels (immeubles, infrastructures) et les entreprises privées réussissaient, eux, à terminer l’année 2022 non seulement avec des gains, mais également avec une solide avance sur leurs indices de référence respectifs.  

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Dans «le pire marché en 50 ans», la Caisse évalue à 12 % le rendement de ses placements en immeubles et infrastructures, soit près de 7 points de pourcentage de plus que son indice de référence (+ 5,2 %) pour lesdits actifs réels. À eux seuls, ces deux placements ont rapporté une plus-value de 10,5 milliards $. 

Et toujours dans ce «pire marché en 50 ans», la Caisse évalue à +2,8 % le rendement de ses placements dans les entreprises privées, pour une appréciation de 1,87 G$ par rapport à 2021.  

C’est en soi tout un tour de force de voir les actions de la Caisse dans les entreprises privées s’apprécier de 2,8 % pendant que ses actions dans les marchés boursiers perdaient 11,3 %!  

Avec ses actions cotées en Bourse, la Caisse a perdu 14 milliards $. Du côté de ses placements dans les titres de revenu fixe (taux, crédit, valeurs à court terme), les pertes se sont élevées à 20,1 milliards $.  

Même chose en 2021

Autre constat fort intéressant en matière d’évaluation des placements de la Caisse. Le PDG Charles Emond s’est aussi vanté d’avoir réalisé «la meilleure valeur ajoutée sur deux ans de notre histoire, et ce, dans des marchés aux antipodes» en 2021 et 2022.  

En 2021, la Caisse avait réalisé un rendement de 13,5 %, dépassant son indice de référence de 2,8 points de pourcentage, pour une valeur ajoutée de 10 G$.  

Ce sont également les actifs dans les immeubles, les infrastructures et les entreprises privées qui avaient permis à Charles Emond de rapporter une grande portion de cette autre valeur ajoutée de 10 milliards $. 

La Caisse avait évalué à 39,2 % le rendement de ses investissements dans les entreprises privées alors que ses actions dans les marchés boursiers progressaient de 16,2 %. Dans ses investissements en immeubles et infrastructures, la Caisse affichait un rendement de 13,6 %, soit près de 5 points de pourcentage de plus que son indice de référence. 

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