Des doutes sur l’impartialité de Hockey Québec

Roby St-Gelais
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Les parents d’un ancien gardien de but au hockey mineur mettent en doute l’impartialité de Hockey Québec dans sa gestion des plaintes et espèrent obtenir réparation devant les tribunaux.
La Commission des droits de la personne a ouvert une enquête à la suite d’une tentative de médiation qui a avorté.
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Dans le cas actuel, les instances de la Commission seront appelées à enquêter sur une situation de discrimination. Si la preuve est suffisante aux yeux de la Commission, des mesures de redressement pourraient être proposées.
Histoire rocambolesque
L’histoire avait défrayé la chronique dans les médias pendant la saison 2018-2019.
L’année précédente, Louis-Charles Davignon, un gardien de niveau bantam B de Varennes, a dû se résigner à abandonner sa saison puis sa position préférée après une vague de pressions des parents de l’équipe qui ne voulaient plus le voir devant le filet. Ils ont même menacé de retirer leur enfant si Louis-Charles continuait à jouer au détriment de l’autre gardien de l’équipe, qui avait de meilleures aptitudes.
«À chacune des étapes, il n’y a jamais eu de comité indépendant et le déroulement n’a pas été impartial, c’est ce que je déplore. Ils sont juges et parties. On ne serait pas rendu là autrement, on a épuisé tous nos recours», soutient sa mère Nicole Vincent, en entrevue au Journal.
Handicaps
Louis-Charles est atteint d’une légère paralysie cérébrale, d’un strabisme et d’une mollesse articulatoire. Il a une jambe plus raide que l’autre. Mais cela n’empêche pas le jeune homme âgé de seize ans de pratiquer des sports et des activités récréatives. Ni d’aller à l’école et de travailler, d’ailleurs.
Pourtant, à l’époque, les responsables de l’Association de Varennes et de Hockey Richelieu craignaient pour sa sécurité. Selon eux, le jeune joueur se retrouvait dos au jeu, ce que Nicole Vincent et Paul Davignon ont toujours réfuté.
À sa place
Louis-Charles a continué de jouer au hockey comme défenseur et attaquant, même si «je n’ai pas le même fun», dit-il aujourd’hui, en entrevue au Journal. Il a joué l’été dernier dans une ligue de garage avec sa sœur. L’an passé, il a remplacé au pied levé le gardien de son club midget B pendant cinq rencontres. Dans une lettre, son entraîneur Patrice Austin a salué sa détermination.
«[...] Je vous assure que jamais Louis-Charles ne s’est mis en danger à cette position et qu’il suivait très bien le jeu et la rondelle, même dans les moments les plus intenses. À mon humble avis, il a sa place dans le hockey mineur masculin. Sa place n’est sûrement pas dans une ligue de hockey adapté comme il en a déjà été question à son sujet», écrit-il.
Rapports contestés
Insatisfaits des conclusions du rapport de Hockey Richelieu, dans lequel on insinuait notamment que leur fils affiche un désintéressement envers le hockey et qu’il y a des risques pour sa sécurité, les parents s’étaient tournés vers la fédération provinciale. Hockey Québec avait jugé qu’il s’agissait d’un conflit entre parents. Ceux-ci ont été obligés de suivre une formation sur le respect.
Le comité provincial de discipline (CPD) a ensuite été saisi de l’affaire et a conclu, dans son rapport du 18 juin 2019, de ne pas donner suite au dossier, de ne pas proposer de sanctions supplémentaires aux parents fautifs et de ne pas accorder de compensation financière aux Davignon comme ils le souhaitaient.
Le comité signale que «s’il y a eu discrimination et intimidation indirectes du fils Davignon, cela est dû au seul fait que ses parents l’ont mis au fait de toutes les communications qui avaient été échangées entre les adultes au dossier».
«Une des premières choses qui m’a jeté en bas de ma chaise, c’est qu’ils n’ont toujours pas reconnu qu’il a été victime d’intimidation indirecte alors que la définition est citée dans le guide. On nous rejette le blâme, mais notre fils voyait ce qui se passait [...] Il avait des lanternes», explique Mme Vincent.
Un rapport incomplet, déplore la famille
La famille Davignon peine toujours à comprendre les conclusions du rapport du comité provincial de discipline de Hockey Québec.
Le comité, présidé par Benoît Noël, a formulé ses recommandations à la fédération provinciale sans entendre des témoins qui auraient pu apporter un éclairage différent au récit.
À l’exception de Louis-Charles et de ses parents, les seules personnes qui ont témoigné à l’audience avaient déjà effectué des interventions auprès du jeune à des étapes précédentes, dont le président de Hockey Richelieu, Jacques Hébert, et son vice-président, Denis Proulx.
Procédure «imprudente»
Louis-Charles, alors âgé de 13 ans, avait été rencontré seul par les deux hommes en février 2018, une manière de procéder qualifiée «d’imprudente» par les membres du comité provincial. Les règlements administratifs de Hockey Québec stipulent que tout joueur d’âge mineur doit être accompagné d’un de ses parents et que celui-ci aura le droit de parole.
«Ils n’ont pas voulu entendre le directeur récréatif de l’Association de Varennes [à l’époque] concernant un événement du 13 février 2018 lors duquel les parents ont chahuté et encerclé les membres de l’association locale en menaçant de retirer leur enfant. M. Denis Proulx était présent lors de cet incident», révèle Nicole Vincent.
Excuses insuffisantes
Presque trois ans après tous les incidents, Nicole Vincent estime que le temps n’est plus aux excuses et espère que la Commission des droits de la personne trouvera suffisamment de preuves.
«J’aimerais qu’on présente des excuses à mon fils, mais, après tout ce temps, on doute que ce soit sincère.»
«On veut que ça ouvre la voie à d’autres personnes qui n’osent pas [dénoncer]. On sait ce que ça demande comme effort et l’impact que ça a sur la vie familiale. J’espère que le dénouement sera en notre faveur pour donner espoir aux jeunes comme quoi on peut dénoncer et faire changer les choses», conclut la mère.
Hockey Québec n’a pas voulu commenter en raison de l’enquête en cours.