Déclaration de Mark Carney: c’est quoi, au juste, une politique étrangère «féministe»?


Gabriel Ouimet
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Lors de la dernière journée du G20, dimanche, Mark Carney a affirmé que la politique étrangère du Canada ne pouvait pas être considérée comme féministe, rompant avec le discours de son prédécesseur Justin Trudeau dans les dernières années. Mais c’est quoi, au juste, une politique étrangère féministe?
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«Notre politique étrangère a cet aspect-là, mais je ne la décrirais pas comme une politique étrangère féministe», a déclaré le premier ministre canadien lors d’une conférence de presse dimanche.
Il s’agit d’un changement de ton important par rapport à celui employé par Justin Trudeau, qui affirmait que le féminisme constituait une valeur fondamentale de son gouvernement en matière d’affaires internationales.
L’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC) a déploré «un énorme pas en arrière pour le Canada» dans un message publié sur ses réseaux sociaux dimanche.
«Le fait que le premier ministre Carney n’accorde pas la priorité aux questions relatives aux femmes est profondément préoccupant. Une politique étrangère féministe est indispensable pour bâtir un monde plus sûr pour les femmes et les filles», a écrit l’AFPC.
Mark Carney a toutefois souligné qu’il comptait rester engagé dans la lutte contre les violences faites aux femmes et dans la défense des droits LGBTQ+ à l’échelle mondiale.
C’est quoi, une politique étrangère féministe?
Une politique étrangère féministe, c’est une approche qui considère les questions de genre dans les décisions et les actions de la politique étrangère d'un pays.
Ça implique généralement de considérer et de promouvoir les droits des femmes et l'égalité des sexes dans les relations internationales, la diplomatie, l’aide au développement, ainsi que dans les réponses aux conflits.
Cela peut, par exemple, impliquer de restreindre les relations diplomatiques et les différentes ententes avec des gouvernements reconnus pour ne pas respecter les droits humains, dont ceux des femmes.
Le concept est relativement récent: en 2014, la Suède est devenue le premier pays au monde à annoncer son désir de mettre en place d’une politique étrangère féministe.
Le pays scandinave souhaitait créer des programmes visant à lutter contre les violences faites aux femmes et à promouvoir leur participation en politique afin qu’elles soient plus nombreuses dans les ambassades, autour des tables de négociations et lors de la signature d’ententes commerciales d’envergure.
En 2017, le Canada a lancé sa Politique d’aide internationale féministe (PAIF), dans laquelle il s’engageait notamment à ce que 95% de ses initiatives d’aide au développement international soient axés sur l’égalité des genres.
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Le gouvernement Trudeau s’était aussi engagé à investir 150 millions de dollars pour soutenir les organismes et les mouvements œuvrant à la défense des droits des femmes, notamment dans les pays touchés par des conflits.
Les analystes estiment toutefois que les effets de ces politiques demeurent difficiles à mesurer.
Un changement de direction?
La déclaration de Mark Carney est survenue quelques jours après son voyage aux Émirats arabes unis, le 20 novembre, alors que le Canada tente d’élargir son réseau de partenaires économiques dans la foulée de la guerre commerciale de Donald Trump.
Cette visite, la première d’un premier ministre canadien dans ce pays en 40 ans, témoigne d’un changement de cap en matière de politique étrangère, selon Louis Hamann, ancien directeur des communications du ministre des Affaires étrangères.
«La politique étrangère du Canada est en train de changer du tout au tout sous nos yeux. On est rendu loin de la politique féministe et des grands principes de la politique étrangère de M. Trudeau. On est complètement ailleurs», a-t-il affirmé en entrevue avec Mario Dumont sur LCN, jeudi dernier.