De vedette multimillionnaire des Yankees à étudiant inscrit en théologie
«Mon histoire est complètement folle», – Greg Bird, des Capitales


Jean-Nicolas Blanchet
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Il a 30 ans et est multimillionnaire, le talent lui sort par les oreilles, il mesure 6 pieds 3 et a la gueule d’un acteur d’Hollywood: le nouveau frappeur de puissance des Capitales de Québec, Greg Bird, peut sembler avoir tout pour lui. Mais ce n’est pas le cas. Il a été éjecté de son rêve par une méchante grosse catapulte.
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«Veux-tu vraiment qu’on plonge dans tout ça, mon histoire est complètement folle, man», m’a-t-il lancé samedi soir après son match avec les Capitales.
Il y a un peu plus d’un an, Bird revenait dans l’organisation des Yankees pour tenter de refaire sa place avec un 8e M$ dans son compte de banque. Il y a un mois, il ne jouait plus au baseball et coachait dans une école secondaire en se préparant pour des études universitaires en théologie ou en administration. Aujourd’hui, il est à Québec et veut relancer sa carrière. Ça brasse dans sa vie.
Il a bien voulu prendre sa bière d’après-match avec moi durant 30 minutes. Le gérant Patrick Scalabrini s’est présenté au milieu de l’entrevue, car il trouvait que j’abusais un peu de la disponibilité de son nouveau joueur vedette, mais c’est Bird lui-même qui s’est débouché une autre bière pour dire à Scalabrini que tout était beau.
Les ligues indépendantes de baseball accueillent souvent dans leurs rangs d’anciens joueurs des ligues majeures. Mais ce sont souvent des joueurs qui n’ont fait que passer dans la grande ligue. Ils sont souvent plus vieux.
Une jeune vedette du baseball
Mais, pour ceux qui suivent moins le baseball, laissez-moi vous expliquer pourquoi le cas Greg Bird n’a rien à voir à tout ça.
Bird n’est pas que passé dans le baseball majeur. Bird, c’était le meilleur espoir des Yankees avec Aaron Judge. Bird a été sacré meilleur joueur de la ligue de l’Arizona qui regroupe toutes les vedettes de demain.

Greg Bird, c’est un gars qui a obtenu un bonus de signature de 1,1 M$ quand il a été repêché, ce qui était l’équivalent d’un choix de première ronde.
C’était l’avenir des Yankees au premier but. C’est lui qui était pressenti pour succéder à la superstar Mark Teixeira, qui a frappé 409 circuits dans sa carrière.
C’est lui qui était un héros new-yorkais en 2017 quand il a frappé un circuit en fin de match contre Andrew Miller, un des meilleurs lanceurs du monde en finale de la ligue américaine.
Mais tout s’est écroulé après de nombreuses blessures: épaule en 2016, 162 matchs ratés; pied droit en 2017, 114 matchs ratés; cheville droite en 2018, 80 matchs ratés; mollet en 2020, n’a pas joué un seul match.
À 22 ans, il avait frappé 11 circuits en 46 matchs dès son arrivée dans les ligues majeures. C’était fou. C’était un meilleur début qu’Aaron Judge. J’avais écrit sur Bird dans nos pages en mentionnant qu’il était un joueur à surveiller pour la saison 2016. Ceux qui font des pools de baseball ont sauté sur lui.
«C’était une bonne prédiction», m’a-t-il lancé, en riant.
« Tout allait tellement bien et j’ai finalement tout raté en 2016. Et l’année suivante, tout allait encore bien et je me suis frappé une fausse balle sur le pied au début de la saison...ça devenait bizarre, je ne comprenais pas trop. Je n’étais pas chanceux.»
De plus en plus difficile
En 2021, il avait encore seulement 28 ans. Son talent n’avait pas disparu. Mais le baseball majeur est moins cordial avec des gars plus vieux qui ont été souvent blessés.
Il a abouti avec les Rockies du Colorado, au niveau AAA, et a connu beaucoup de succès, avec 27 circuits. Mais l’appel de la grande ligue n’est jamais venu. Pourquoi? «Demandez-leur!» m’a-t-il répondu.

Il s’est réessayé avec les Yankees l’an dernier, mais a été libéré après une soixantaine de matchs au niveau AAA. «Je n’ai pas bien bien joué», admet-il, tout simplement. Tout a basculé très vite pour l’éjecter de son rêve.
Il a donc décidé cette année de retourner où il a grandi, dans une petite ville au Colorado, où il coachait le baseball au secondaire. Il s’était inscrit pour entamer des études universitaires, avant de recevoir l’appel des Capitales.
Pourtant sa vie était dessinée pour qu’il soit un Yankee longtemps. Le premier joueur qu’il a admiré, c’était Babe Ruth, à cause du film de baseball Le petit champ. Bird est un frappeur de puissance gaucher comme Ruth.
Les Yankees le voulaient tellement qu’ils lui ont offert une prime d’engagement aussi élevé qu’un choix de première ronde même s’il avait été repêché en 5e ronde.

Bird n’a que des éloges et de bons souvenirs concernant les Yankees.
Il ne cache toutefois pas que la pression était énorme. Surtout qu’à ses débuts, les médias ont souligné qu’il faisait partie du nouveau core four.
Le core four, c’était Derek Jeter, Mariano Rivera, Andy Pettite et Jorge Posada: quatre légendes qui ont fait gagner les Yankees.
Greg Bird, Aaron Judge, Luis Severino et Jorge Mateo, c’était, selon plusieurs New-Yorkais, ce nouveau cœur qui allait poursuivre la tradition d’excellence des Yankees. Bonjour la pression.
«C’est New York! lance Bird en riant. Les attentes sont élevées. Partout où tu vas, les gens viennent te voir, tu es un Yankee.»
«C’était incroyable et tellement agréable. Oui on veut toujours faire mieux, mais il est arrivé ce qui est arrivé», poursuit-il.
«J'aime le baseball»
Qualifié de flop toujours blessé sur les réseaux sociaux, Bird ne s’en formalise pas trop.
«Les gens sont durs à New York, mais ils sont super quand ça va bien. Je ne voulais pas être blessé. Je n’ai pas fait exprès. Je me dis que c’était hors de mon contrôle. C’est sur que ç’a eu un effet sur moi et ç’a été difficile, mais c’est comme ça. Il y a beaucoup plus de gens qui m’ont soutenu que l’inverse. Dans notre monde, le positif ne vend pas, c’est le négatif qui fait vendre», relate-t-il.
C’est pourquoi les voix négatives peuvent parfois faire plus de bruits selon lui. Mais il y avait beaucoup plus de positif, à son sens.
Bird a évidemment goûté à la vie luxueuse des ligues majeures. C’est comment, maintenant, l’autobus et le rythme de vie disons plus modeste du baseball indépendant?

«Je m’en fous. Moi, j’aime le baseball. J’aime vraiment le baseball», m’a-t-il répondu. «Ce n’est pas une question d’argent, je suis chanceux pour ça».
Effectivement, ce n’est pas pour l’argent, car son salaire avec les Capitales doit osciller autour de 1000$ par semaine (son salaire est confidentiel, c’est une estimation que je fais).
Quand on gagne des millions de dollars aussi jeune et que tout s’arrête rapidement, ça vire comment? La totalité de ses gains en carrière est de 8 M$.
«J’ai toujours été intelligent pour ça. Je veux dire, intelligent pour un gars de 25 ans qui habite à New York, lance-t-il sourire en coin. Sérieusement, je n’ai pas fait de dépenses que je regrette. La vie dans le baseball majeur, ça coûte très cher. Heureusement, les plus vieux des Yankees payaient souvent pour les plus jeunes.»
D’ailleurs, il voue un grand amour pour plusieurs vétérans avec qui il a évolué: CC Sabathia, Chase Headley, Brian McCann, Mark Teixeira, Alex Rodriguez, Aroldis Chapman, notamment. Soulignons qu’il est arrivé un an après Derek Jeter.