Pas de diplôme, pas d’argent, pas de plan : elle a bâti le plus grand réseau d’épiceries de liquidation au Québec grâce à son flair pour le deal et court maintenant vers 50 magasins, avant que quelqu’un d’autre ne lui vole la place.
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Le téléphone de Marie-Ève Breton n’arrête pas. Durant notre entretien d’une demi-heure dans son entrepôt de Saint-Roch-de-l’Achigan, elle reçoit une dizaine d’appels et trois fois plus de messages textes.
À l’autre bout, des fournisseurs, des gérants, des livreurs. Malgré ce crépitement, elle parle des framboises à 2,97 $ et de ses 660 employés avec calme.
« On a bâti une nouvelle manière de faire son épicerie », résume l’entrepreneure.
Derrière elle s’étend un entrepôt grand comme deux terrains de football, où s’empile la marchandise du sol au plafond.

Le flair avant tout
C’est ça, Liquidation Marie en 2026 : une machine qui tourne sans arrêt, avec une femme de 40 ans au volant qui a tout appris sur le tas.
Elle avait 26 ans quand elle a ouvert son premier magasin, dans son sous-sol, entre deux congés de maternité. Elle travaillait encore à la SAQ. « J’avais de la misère à arriver », dit-elle.
Son père était mécanicien, sa mère tenait les livres. Pas de diplôme universitaire, pas de capital familial. L’école hôtelière à Laval, puis l’école de la vie.
Aujourd’hui, c’est 11 succursales, bientôt 12. C’est 660 employés, bientôt 700, 10 camions réfrigérés et une machine marketing qu’elle gère elle-même sur TikTok ou sur sa page Facebook suivie par 200 000 utilisateurs.
Ce qui la distingue, c’est son instinct du deal. C’est elle qui négocie. Son amoureux, Christian Bélanger, gère les opérations.
« Quand tu fais un bon coup avec un achat, le petit sentiment d’euphorie en dedans, j’ai voulu le reproduire à grande échelle », dit celle pour qui « chaque jour, c’est Noël ».
L’approvisionnement fonctionne comme une bourse : fournisseurs, liquidateurs et manufacturiers appellent avec des listes. Mais derrière l’imprévu, une architecture solide : des contrats avec Red Bull, Lactalis et Bimbo garantissent un fond de rayon stable.
Liquidation Marie n’est plus seulement un liquidateur. C’est un hybride.

La Chine, puis 50 magasins
Le couple revient d’un voyage en Chine. Pas pour acheter de la marchandise à revendre, mais pour négocier comptoirs-caisses, systèmes informatiques, tablettes et paniers directement à la source.
L’objectif : comprimer le coût d’ouverture de chaque nouvelle adresse afin d’atteindre la cible de 50 magasins d’ici cinq ans, « sinon il sera trop tard, quelqu’un va prendre la place ».
Derrière cette logistique, un mentor inattendu : Martin Perrault, du détaillant de meubles JC Perreault, lui a loué bien plus d’espace qu’elle n’en demandait. Il a vu, avant elle, l’ampleur du projet.
La Banque Nationale et la BDC soutiennent l’expansion.

Les géants aux aguets
Les grandes chaînes n’ont pas envoyé d’avocats. Mais quand un fromage vendu 6 $ chez Metro se retrouve à 1,50 $ chez Liquidation Marie, quelqu’un le remarque.
« Ils nous observent, dit Marie-Ève Breton. Ils sont curieux de comprendre ce qu’on fait. »
Son partenaire est moins diplomatique. « On les dérange énormément. On chamboule le marché. On les force à revoir leur modèle », admet Christian Bélanger.
Dans dix ans, les géants du secteur pourraient-ils vouloir racheter ce qu’ils ne peuvent pas battre ? « On sera à l’écoute », répond-elle avec un sourire.
La femme d’affaires hésite quand on lui demande ce qui lui fait peur aujourd’hui. « Je ne sais pas. » Ce n’est pas de la bravade. C’est quelqu’un qui court trop vite pour regarder derrière.
« Je viens ici avant d’aller ailleurs »

France Duplessis, 61 ans et retraitée, a découvert Liquidation Marie sur les réseaux sociaux. Depuis, c’est son premier arrêt avant Maxi, Super C, IGA ou Costco. « Des fois, ça peut me coûter 150 $ pour un panier ici qui me coûterait au moins 300 $ ailleurs », dit-elle. Son coup de cœur : les brochettes de poulet, 20 $ pour 60 unités. Elle les partage en famille. Les pâtes aussi, dit-elle, sont moins chères qu’ailleurs. Sans exception.
Ce que ça coûte chez Liquidation Marie
Cœurs de romaine : paquet de 3 pour 0,88 $
Fraises : 8 casseaux pour 2,88 $
Framboises : 2 paquets pour 2,97 $
Yop : 24 bouteilles pour 10 $
Minigo : paquet de 6 pour 0,67 $
Bientôt à Québec et en Outaouais ?
Drummondville, Gatineau, Québec : Liquidation Marie négocie des locaux dans plusieurs villes. « Le nerf de la guerre, c’est négocier nos spots. Il faut que ça soit pas cher, car je vends pas cher », explique Marie-Ève Breton, dont le téléphone sonne désormais autant du côté des agents immobiliers que du côté des fournisseurs. L’expansion suit les opportunités et les opportunités ne manquent pas.
Les adresses actuelles de Liquidation Marie
• Montréal (Hochelaga)
• Laval
• Longueuil
• Belœil
• Repentigny
• Mascouche
• Saint-Roch-de-l’Achigan
• Valleyfield
• Saint-Zotique
• Joliette
• Saint-Jérôme
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