Des familles de victimes d’accidents impliquant des poids lourds refusent de crier victoire face à la tenue d’une enquête publique du coroner, craignant qu’encore trop de Québécois périssent sur nos routes d’ici sa conclusion.
«Après les recommandations du coroner, il va falloir que la priorité soit mise là-dessus. Si c’est mis sur une tablette et qu’on les réalise dans deux ans, malheureusement, il y a d’autres gens qui vont payer de leur vie», s’inquiète Nathalie Poulin.
Sa fille, Alexandra Poulin, est décédée en décembre 2024 à Vallée-Jonction, en Chaudière-Appalaches, quand le chargement d’un poids lourd se serait renversé sur la voiture de la femme de 26 ans en effectuant un virage.

Depuis, Nathalie Poulin s’est fait un devoir de contacter des députés et des ministres pour que les autorités se penchent sur le monde du camionnage, notamment.
Ainsi, la tenue d’une enquête publique sur les décès impliquant des camions lourds, annoncée jeudi par le coroner en chef, est source de soulagement.
Elle portera également sur les décès de Tanya Lalonde, 34 ans, et Elliot, son fils de 5 ans, survenus le 27 août dernier sur l’autoroute 30, près de Boucherville.

On prévoit de «dégager une réflexion élargie sur les enjeux de sécurité routière qui seront mis en évidence», indique le Bureau du coroner via communiqué.
«[L’enquête] est nécessaire, et il faut prendre le temps de bien faire les choses, souligne Nathalie Poulin. Ça ne viendra pas amoindrir ma peine, mais ça va démontrer que ce n’est pas arrivé pour rien.»
Urgence d’agir
Pour Mélanie Séguin, «vaut mieux tard, que jamais».
En juillet 2022, le conducteur d’une semi-remorque aurait percuté à mort sa belle-fille, Nancy Lefrançois, 42 ans, et son fils Loïc, 11 ans, sur l’autoroute 30, sur la Rive-Sud de Montréal.
Baljeet Singh aurait rapidement quitté le pays à l’époque. L’homme de 29 ans a été arrêté cet été aux États-Unis, puis formellement accusé de conduite dangereuse causant la mort au début du mois en sol québécois.

Mme Séguin s’avoue «pessimiste» à l’idée que l’enquête permette de faire le ménage chez les camionneurs délinquants qui sillonnent le Québec. D’autant plus que la problématique s’étend à travers les provinces.
«Il y a vraiment urgence d’agir, souligne-t-elle, appréhendant déjà les ravages de l’hiver à venir. Il est trop tard dans certaines familles, mais il n’est pas trop tard dans la majorité des familles canadiennes.»
Tellement de failles
En entrevue, Nathalie Poulin et Mélanie Séguin assurent qu’il est temps de «serrer la vis» à l’industrie du camionnage.
Elles citent en exemple des amendes plus salées, une révocation obligatoire du permis d’un conducteur lors d’une enquête policière après un accident grave ou des mesures pour barrer la route aux suspects qui veulent fuir le pays.

Les failles à colmater sont si importantes qu’une commission d’enquête devrait être déclenchée, à l’instar du fiasco SAAQclic, estime Marc Cadieux, PDG de l’Association du camionnage du Québec.
«Ce sont des entreprises qui embauchent des chauffeurs à rabais, les paient à rabais, qui ne versent pas de compensation sociale, ne paient pas de [cotisations à la] CNESST, de vacances, de congés de maladie», martèle-t-il.
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