Radio-Canada: des économies de bouts de chandelle

Guy Fournier
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Catherine Tait, qu’on n’a pas jugée assez compétente, ou trop controversée, pour renouveler son mandat, y est allée, lundi, d’économies de bouts de chandelle.
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Elle a répondu ainsi à la demande de la ministre des Finances Chrysta Freeland qui avait déjà annoncé qu’elle soustrairait environ 125 M$ aux 1,2 G$ attribués depuis quelques années au diffuseur public. Par ses propres moyens, le diffuseur recueille environ 350 M$ de revenus publicitaires et d’abonnements, mais cette somme se réduit graduellement en raison de la concurrence des géants du numérique et des conditions de l’économie.
Résignée et obéissante (a-t-elle le choix?), la PDG s’est donc adonnée studieusement à un exercice qu’ont pratiqué périodiquement plusieurs de ses prédécesseurs. Un exercice auquel pourrait mettre fin brutalement Pierre Poilièvre, puisqu’il promet d’abolir la CBC pour ne garder que le réseau français si le Parti conservateur est élu. Difficile à croire, mais avec cet homme, sait-on jamais!
PAS DE QUOI PLEURER
Quoi qu’il en soit, personne ne va pleurer sur le sort de CBC/Radio-Canada. Supprimer 600 postes et ne pas remplir 200 postes vacants lorsqu’on a 7960 employés à plein temps et quelques centaines de contractuels n’est pas la fin du monde. Je n’en suis pas moins triste pour tous ceux qu’on mettra à pied, car je sais très bien que c’est surtout chez les chefs de service et à la direction qu’on devrait éclaircir les rangs plutôt que parmi le «petit personnel».
S’ajoutent à l’abolition de ces postes les économies de bouts de chandelle dont j’ai parlé plus haut: quelques acquisitions de moins, des séries existantes amputées de quelques épisodes et moins de séries web originales. Voilà à peu près 40 M$ d’économisés. Il y aura aussi moins de voyages et de commandites. Qui s’en plaindra? Encore 25 M$ d’économie.
Quelle pitié de voir un diffuseur public de l’importance de Radio-Canada être géré à la petite semaine. Je croyais que le gouvernement de Justin Trudeau allait enfin pérenniser l’existence de Radio-Canada, qu’il allait avoir pour le diffuseur public une vision d’avenir.
Ne s’était-il pas, dès son élection, déclaré sans réserve en faveur d’un financement à long terme ? N’avait-il pas promis que le mandat de CBC/Radio-Canada serait enfin revu? N’est-ce pas, en partie, à cette fin que fut constitué le comité de Janet Yale dont les recommandations concernant CBC/Radio-Canada semblaient si bien refléter les volontés du nouveau gouvernement?

PAROLES, PAROLES...
Le gouvernement de Justin Trudeau paraissait tellement d’accord avec le rapport Yale que son dernier programme électoral promettait de réviser enfin le mandat du diffuseur public et de mettre fin à la publicité commerciale dans ses émissions de nouvelles et d’affaires publiques. Trudeau a été réélu, mais rien de tout ce qu’il avait promis pour CBC/Radio-Canada n’a été réalisé. Comme tant de gouvernements antérieurs, celui de Justin Trudeau a décidé de sabrer tout simplement le budget du diffuseur public. C’est beaucoup plus facile que de remettre à plat la situation du diffuseur public et de revoir son mandat.
Le gouvernement ne pourra être blâmé d’exiger des compressions de CBC/Radio-Canada, alors que les médias, et particulièrement la télévision, sont en pleine crise existentielle. Espérons seulement qu’on ne poussera pas le cynisme jusqu’à faire en sorte que CBC/Radio-Canada touche la part du lion des 100 M$ annuels qu’on vient d’arracher de peine et de misère à Google.