Une idée «quasi impossible»: comment ils ont réussi à ramener la Coupe des Présidents à Montréal
Les grands artisans Michael Richards et Neil Macrae, racontent le jeu de coulisses qui a duré près de trois ans


François-David Rouleau
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Si l’idée d’organiser l’édition 2007 de la Coupe des Présidents à Montréal est venue du circuit de la PGA, celle de 2024 a germé dans les préparatifs de célébrations d’un 150e anniversaire. Avec les principaux acteurs du projet, immersion dans le jeu de coulisses qui a mené à l’octroi de ce tournoi d’envergure internationale au Royal Montréal.
C’était à l’aube de l’été 2017. Alors président du prestigieux club de golf privé de L’Île-Bizard, Brian Lemessurier passe un coup de fil à un réputé prédécesseur qui fut l’un des principaux artisans de l’édition 2007, Michael Richards.
«Mike, pour notre 150e anniversaire en 2023, penses-tu que ce serait une bonne idée et que ce serait possible de ramener la Coupe des Présidents à Montréal?»
En 2007, Richards doutait de revoir l’évènement débarquer au Québec de son vivant.

«Sans réussir à attirer l’intérêt, j’avais tendu une perche au PGA Tour pour obtenir un tournoi d’envergure du style des Championnats du monde de golf en 2014, raconte M. Richards en entrevue exclusive avec Le Journal dans un salon calme du somptueux pavillon du club à quelques semaines du jour J.
«Mais je lui ai aussi répondu que je tenterais une approche», raconte l’avocat émérite en droit des affaires.
Avec ses nombreuses connaissances dans le milieu acquises au fil des décennies et de ses implications aux omniums canadiens organisés à Montréal, il s’est donc mis au travail. Avec M. Lemessurier et le spécialiste des communications Jonathan Goldbloom ayant développé la stratégie, ils forment une petite équipe à laquelle se greffera Neil Macrae quelques mois plus tard.

Cap sur le New Jersey!
En septembre 2017, ils descendent au club de golf Liberty National, situé à l’ombre de la statue de la Liberté au New Jersey et des gratte-ciel de New York, où est disputée la Coupe des Présidents. La mission est simple: témoigner leur intérêt aux dirigeants du circuit américain et présenter un dossier pour l’organisation de l’édition 2023.

«Ils nous écoutent, mais ils nous disent que notre candidature est un peu trop tardive», raconte Richards avec un sourire en coin, confortablement installé dans un sofa capitaine et écouté par son ami et coéquipier Macrae.
«Je réplique qu’on allait leur rendre la tâche et leur décision difficiles», poursuit-il.
«Mais dans le grand salon commun de cette zone très privilégiée au Liberty National, on aperçoit des invités distingués autour d’une table. Ces Asiatiques portaient tous un veston bleu, une chemise blanche et une cravate.»
«C’est là que l’on rencontre nos véritables compétiteurs», s’exclame-t-il en riant.
En effet, comme en 2007, les Japonais et les Chinois sont dans le coup pour obtenir l’édition 2023 de cette compétition biennale, d’autant plus que le circuit cherche à étendre son emprise en Asie.
Choix logique et plus simple
«Le Japon, c’était le choix logique pour un objectif puisque le PGA Tour n’y était jamais allé pour la Coupe des Présidents, rappelle Macrae, un sérieux homme d’affaires œuvrant dans la construction industrielle au Canada depuis près de 40 ans. Mais notre candidature, c’était le choix logistique le plus simple.»
Dans les démarches officielles pour envoûter les bonzes du circuit, le clan montréalais pond un document de plus de 100 pages accompagné d’une solide présentation.
«Il faisait 2 po d’épais, insiste Richards, qui y avait inséré les impacts économiques de l’ordre d’environ 60 M$, les succès de l’édition 2007, l’histoire et les infrastructures du plus vieux club de golf en Amérique du Nord. On a travaillé durant trois mois pour tout inclure là-dedans.»
Cette candidature officielle «incroyable» selon les deux hommes, et présentée officiellement à Ponte Vedra Beach au tournant de 2018, regroupe des témoignages de politiciens connus, comme Jean Chrétien, des appuis des gouvernements et d’une trentaine de personnalités influentes de la communauté ainsi que des messages d’athlètes émérites, dont le golfeur canadien Mike Weir et même une légende vivante. (lire autre texte)

Rien n’est laissé au hasard dans les démarches pour convaincre le circuit de choisir la métropole montréalaise aux dépens du Japon.
Une décision avant la COVID
Le PGA Tour annonce finalement sa décision au comité organisateur en janvier 2020.
«On l’a, mais on doit attendre pour l’annonce officielle au printemps, signale Macrae. Et la pandémie frappe un mois plus tard.»
Toutes les annonces sont retardées de plusieurs mois. Pour remettre en ordre tous les dominos dans les tournois d’envergure du golf professionnel, les éditions de la Coupe Ryder et de la Coupe des Présidents sont repoussées d’une année.
En se plongeant dans ce récit marquant leurs sept dernières années, Richards et Macrae s’amusent et expriment humblement leur fierté d’avoir ramené ce prestigieux évènement à Montréal. Quant à M. Goldbloom, il le place parmi ses deux plus belles réussites en carrière.
Tout est parti d’une idée quasi impossible qui s’est finalement concrétisée.
«Je crois qu’on a accompli quelque chose d’utile pour servir la communauté, notre club et notre sport. Je suis très satisfait de revoir les 24 meilleurs golfeurs au monde chez nous. C’est unique», soutient M. Richards, qui a placé ses pions devant les Japonais et les Chinois à deux reprises.
«À la fin septembre 2007, je ne croyais jamais revoir ça de ma vie. Et c’est de retour.»
Que veulent les dictons?
«Jamais deux sans trois» et «ne jamais dire jamais».