Mieux comprendre la vie intime, le mariage raté et l'émancipation de Lady Di: voici le projet de Christine Orban dans son roman «Mademoiselle Spencer»


Marie-France Bornais
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Autrice d’une vingtaine de romans, récits et recueils qui ont connu énormément de succès, Christine Orban s’est intéressée de près à la vie de Diana Spencer – Lady Di – pour son nouveau roman, Mademoiselle Spencer. Ce récit de la descente aux enfers d’une jeune fille naïve et amoureuse montre comment, après avoir été bafouée et meurtrie, elle s’est enfin libérée. Une confession dramatique et un portrait intimiste d’une femme coincée dans les rouages de la royauté et empêtrée dans un mariage raté.

Grâce à son «pedigree» parfait, Miss Diana Spencer a été choisie par la famille royale pour épouser le prince de Galles, futur roi d’Angleterre. On la compare à un animal de race, «sélectionné dans un bon élevage et ausculté par le meilleur vétérinaire».
Fascinée par le parcours phénoménal de Diana Spencer, Christine Orban a examiné les coulisses d’un mariage raté sous toutes ses coutures, et le parcours d’émancipation d’une femme au destin tragique. Lady Di: une icône, une femme meurtrie, un mariage complètement raté. Une histoire troublante.
«C’est une approche très littéraire, assez psychologique», explique Christine Orban, en entrevue téléphonique. «On sait évidemment beaucoup de choses de sa vie, mais je voulais faire un éclairage intérieur. Je crois qu’on ne la connaît pas assez bien de l’intérieur.»
L’image de Diana
«On connaît l’image de Diana mais, au fond, est-ce qu’on a pris la peine de l’analyser? C’est ce que j’ai voulu faire en prenant la première personne dans ce livre, Mademoiselle Spencer. Je me glisse dans son personnage pour mieux la comprendre.»
Sans s’y attendre, Diana Spencer a été prise au piège dans la royauté, alors qu’elle était contrôlée, incapable de décider pour elle-même, jusqu’à ce qu’elle éclate. «C’est très troublant, mais elle finit par reprendre le contrôle, mais elle le prend maladroitement, quand elle va devant l’émission de la BBC. En fait, elle a envie que la terre entière, que tout le monde sache ce qu’elle vit. Et là, elle fait un acte courageux, inconscient, démesuré, complètement fou, mais c’est elle qui reprend le contrôle et qui dit: “Ça suffit!” C’est violent, mais c’est courageux aussi, et c’est complètement déraisonnable.»
La violence
Christine Orban s’est énormément documentée pour recréer le parcours complexe de Diana Spencer. «Ce qui m’a le plus interloquée, c’est la violence qu’elle a retournée contre elle en se scarifiant les cuisses, la poitrine. En se jetant dans les escaliers, enceinte. L’anorexie. La boulimie.»
Elle a essayé de comprendre pourquoi. «On peut être malheureuse de ne pas être aussi aimée qu’on aimerait, mais de là à s’en vouloir...»
Un traumatisme de l’abandon
Elle commence le livre par l’abandon de la mère. «La mère part et Diana le prend extrêmement mal. Pour Diana, si sa mère ne l’aime pas, personne ne peut l’aimer, et elle n’est pas aimable.»
«Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles elle va si mal vivre l’amour de Charles pour une autre femme. C’est un traumatisme qu’elle va traîner toute sa vie. Le traumatisme de l’abandon et elle se punit elle-même. Cette violence contre elle-même m’a étonnée: je ne savais pas que c’était à ce point. Elle voulait mourir. C’était vraiment violent.»
Le destin
Christine Orban parle aussi de la main du destin, impitoyable. «On sent que le destin est là, et ne va pas lâcher Diana. Tout l’emmène contre ce mur. On a l’impression – comme Marie-Antoinette, d’ailleurs – que chaque fois, elle ouvre la mauvaise porte.»
«Sa sœur lui avait dit de ne pas épouser le prince Charles. Elle s’en rend compte, mais trop tard. Comme elle se rend compte aussi qu’elle n’a pas été choisie par un homme, mais par une institution.»
Mademoiselle Spencer
Christine Orban
Éditions Albin Michel
Environ 224 pages
- Christine Orban a écrit une vingtaine de romans, récits et recueils qui ont connu un grand succès.
- On lui doit L’Attente, Le Silence des hommes, La Mélancolie du dimanche et N’oublie pas d’être heureuse, entre autres.
«La reine mère nous a prêté le manoir de Birkhall pour nous abriter des paparazzis. Charles a l’air heureux de m’emmener dans ce domaine en Écosse, mais il ne dit pas pourquoi, il ne dit pas “pour protéger notre amour”, par exemple. Il n’emploie pas le mot “amour”. D’ailleurs, il n’emploie aucun mot pour qualifier notre relation, ni pour évoquer l’avenir. Charles vit au jour le jour.»
– Christine Orban, Mademoiselle Spencer, Éditions Albin Michel
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