Chiefs c. Ravens: «Comme un combat de poids lourds»
Patrick Mahomes et Lamar Jackson en seront à un premier duel en finale de la conférence américaine


Stéphane Cadorette
Partager
OWINGS MILLS, Maryland | Dans le coin mauve, l’aspirant et quart-arrière des Ravens, qui est toujours en quête d’un premier Super Bowl, Lamar Jackson. Dans le coin rouge, son opposant est le champion du monde en titre, Patrick Mahomes, des Chiefs. La table est mise pour un grand combat en finale de la conférence américaine, dimanche, devant 71 000 fervents, à Baltimore.
• À lire aussi: La revanche de Lamar Jackson et des Ravens
• À lire aussi: C'est la fin des tailgates à Buffalo: un Québécois de la Bills Mafia tire sa révérence
Le Journal est sur place à Baltimore dans un environnement qui s’annonce électrique et aussi bien le dire, la créative analogie avec une arène de boxe ne vient pas de nous.
L’image vient plutôt de Lamar Jackson, qui bave d’en découdre, mais qui cache mal une angoisse tout à fait compréhensible à l’idée de se mesurer aux Chiefs de Mahomes.
Après tout, les Ravens en sont à une première finale de conférence depuis la saison 2012, lorsqu’ils étaient allés battre les Patriots à Foxborough, en route vers leur deuxième conquête du Super Bowl.
À cette époque, Lamar Jackson était un adolescent de 16 ans qui rêvait à la NFL. Depuis, il soulève les foules avec les Ravens par son style athlétique unique et il recevra visiblement dans deux semaines son deuxième titre de joueur le plus utile de la ligue, même si le plus grand trophée collectif lui échappe toujours.

Prêt pour un gros combat
Pendant ce temps, Mahomes en est à une sixième finale de conférence de suite et il a pris part au Super Bowl à trois reprises.
«Je n’aime pas du tout compétitionner contre Mahomes», a lancé en explosant de rire Jackson aux nombreux journalistes massés dans l’auditorium des Ravens.
«Il est un grand quart-arrière, définitivement un futur membre du Temple de la renommée. Je crois qu’on aura droit à un match entre deux grands en devenir qui se battront comme dans un combat de poids lourds. C’est comme ça que je le vois», a-t-il continué pour lancer sa comparaison avec le noble art.
Pas de pression

Sauf que dans les jours précédant un combat de championnat, la tension dans la pièce est palpable. Dans le vestiaire des Ravens, même si les joueurs n’ont pas l’expérience des Chiefs dans les grands moments, l’ambiance est détendue.
Pas de grands cris, pas de musique à tue-tête, pas de grandes déclarations. On sent que cette présence en finale de conférence n’était clairement pas le grand objectif.
Tandis que la majorité des quarts-arrières battent en retraite après leur point de presse hebdomadaire et l’entraînement, Jackson est demeuré longuement à son casier à fouiner sur son cellulaire et à rigoler avec son réserviste, Tyler Huntley. En plein comme si c’était un petit début de semaine de septembre.
«Il n’y a pas de pression sur mes épaules ou dans mon esprit. J’ai songé au Super Bowl, mais on ne peut pas passer par-dessus ce qui nous attend. Ces gars-là [les Chiefs] sont les champions. Pour devenir les champions, il faut d’abord passer à travers les champions», a souligné Jackson.
Une nouvelle ère

La beauté de ce duel entre les Chiefs et les Ravens, c’est que le style pas conventionnel de leurs deux quarts-arrières aurait été un frein dans la NFL il y a 15 ans. Aujourd’hui, Mahomes fait le régal des amateurs avec ses passes à angles impossibles et Jackson accumule des statistiques hallucinantes autant au sol que par la passe.
Le pivot des Ravens est d’ailleurs le premier dans l’histoire de la NFL à atteindre la finale de conférence tout en étant le meneur de son équipe au sol. Il a d’ailleurs établi un record pour un quart-arrière en devenant le meneur au sol pour les Ravens dans une cinquième saison de suite.
À une époque pas si lointaine où les quarts-arrières devaient rester bien sages dans leur pochette protectrice et ne jamais dévier de l’ordre établi, deux phénomènes comme Mahomes et Jackson ne seraient jamais devenus les visages de la NFL.
Aujourd’hui, ils se préparent à un cinquième affrontement et un premier en séries.
«Je savais que nous allions jouer dans des matchs comme celui-là quand nos carrières ont commencé à lever et je suis sûr que ce ne sera que le premier d’une longue série», a mentionné Mahomes, qui a jusqu’ici les devants avec trois victoires et une défaite.
Un premier match de finale à Baltimore en 53 ans

OWINGS MILLS, Maryland | La dernière fois qu’il y a eu une finale de conférence à Baltimore, les Ravens n’existaient pas. C’était en janvier 1971, quand le légendaire Johnny Unitas menait l’équipe de l’époque, les Colts, à la victoire.
Les Colts ont déménagé à Indianapolis en 1984 et les Ravens sont arrivés de Cleveland en 1996. Tout ça pour dire qu’ils se retrouvent pour la toute première fois de leur histoire en finale de la conférence américaine devant leurs partisans.
«C’est significatif. Il faut maintenant continuer le travail et aller gagner. C’est le défi», a noté l’entraîneur-chef John Harbaugh, qui en sera à sa quatrième finale depuis qu’il est aux commandes des Ravens, en 2008.
Une victoire pour la ville

Dans le vestiaire des Ravens, le botteur Justin Tucker est le joueur qui a le plus d’ancienneté. À sa 12e saison de loyaux services, il comprend totalement à quel point la journée de dimanche sera chargée d’émotions au M&T Bank Stadium, à Baltimore. Déjà, pour le match de deuxième tour samedi dernier, la foule semblait extrêmement bruyante. Difficile d’imaginer l’atmosphère grandiose qui régnera dimanche, après 53 ans d’attente dans la ville.
«J’aime cette ville. Toute l’équipe, nous aimons cette ville. Nous voulons faire ressentir de l’excitation aux partisans. Ils sont toujours présents. Nous allons continuer de gagner pour eux.
«C’est très spécial pour notre organisation. Nous avons travaillé pour en arriver là et nous l’avons mérité ce match. Cette ville est remplie de gens qui vénèrent leurs oiseaux. Ils aiment le football. Nous voulons les récompenser avec une expérience de championnat en ayant l’opportunité d’assurer notre présence au Super Bowl ici, à Baltimore», a-t-il résumé.
Un honneur pour les jeunes
Même les plus jeunes dans le vestiaire, comme le centre Tyler Linderbaum, réalisent l’ampleur du moment.
«Absolument! Il ne reste que quatre équipes en vie et c’est tellement dur de se rendre aussi loin. Il ne faut rien tenir pour acquis et on veut jouer pour des gars plus âgés dans ce vestiaire qui n’ont pas eu la chance de se rendre là», a-t-il signalé.
Pour sa part, le quart-arrière Lamar Jackson n’a pas voulu plonger dans le temps et imaginer ce qu’il ressentira en sortant du tunnel pour sauter sur le terrain, sous les acclamations assourdissantes.
«Notre mission n’est pas complète. Quand elle sera complète, on pourra parler de tout ça», a-t-il tranché.
EN BREF...
Folie médiatique

OWINGS MILLS, Maryland | Par moments, on écoute les gens parler de la pression médiatique concernant le Canadien de Montréal et on imagine que c’est l’apocalypse comme nulle part ailleurs. Il faut voir à quel point c’est le zoo cette semaine dans le vestiaire des Ravens. Pour aller poser une question à un joueur vedette comme le receveur Odell Bekcham Jr., c’est presque un parcours à obstacles. Une relationniste de l’équipe nous a mentionné que 300 accréditations ont été émises seulement pour le diffuseur officiel du match, CBS. Sur la galerie de presse, environ 200 autres journalistes additionnels ont été accrédités, dont votre humble serviteur.
Bienvenue dans le «Château»!

OWINGS MILLS, Maryland | Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Ravens ne lésinent pas sur le confort des joueurs et des employés de l’organisation, où l’équipe est installée en banlieue à une quarantaine de minutes de Baltimore, à Owings Mills. L’édifice surnommé le «Château» en raison de son look de forteresse abrite les bureaux, le vestiaire et le centre d’entraînement de l’équipe. Le tout a été construit en 2004 et rénové au coût de 45 millions il y a cinq ans. Ce faisant, les Ravens ont même acheté sept maisons pour agrandir leur terrain de 33 acres. À l’intérieur, les deux trophées du Super Bowl des saisons de 2000 et 2012 sont bien en évidence, tout comme les légendes de l’équipe qui ont leur place partout dans les couloirs, sur d’immenses photos. Les quartiers généraux sont plus que spacieux, incluant même une aire de repos pour les joueurs avec salon de barbier.
Cure de beauté au stade

OWINGS MILLS, Maryland | Peu de temps après la conclusion du duel entre les Ravens et les Chiefs, le M&T Bank Stadium sera pris d’assaut par les travailleurs. Des rénovations importantes, au coût de 430 millions, sont prévues et s’échelonneront jusqu’en 2026 au stade qui a ouvert ses portes en 1998. Une zone d’accueil sera aménagée avec différentes concessions. D’autres améliorations seront apportées aux loges, aux écrans vidéos et à la sonorité, entre autres. Les Ravens ont déjà dépensé 220 millions en améliorations au stade depuis son ouverture.