Cet acteur a inspiré Vincent Leclerc pour «Dumas»
«Dumas» reviendra cet automne à Radio-Canada.
Patrick Delisle-Crevier
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Au fil des ans, Vincent Leclerc a déployé les multiples facettes de son talent dans plusieurs projets marquants. L’interprète du mystérieux Éric Bonin dans la série Dumas revient sur sa longue carrière, mais aussi sur la préparation rigoureuse à laquelle il s’astreint pour se montrer à la hauteur de chaque défi. Confidences d’un acteur aguerri.
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Vincent, comment vas-tu ?
Ça va très bien, mais super mollo en ce moment. Je n’ai pas de boulot ce printemps, mais je ne me plains pas parce que Dumas me permet quand même de faire mon année. Nous allons tourner la troisième saison dans les prochains mois. Ces dernières années, je travaillais en anglais à ce temps-ci, mais je n’ai pas eu d’offre cette année. Habituellement, je réussis toujours à glisser un ou deux projets anglophones dans mon année, mais je n’ai pas gagné cette loterie cet hiver, alors je passe des mois tranquilles.
Comment composes-tu avec ces périodes plus calmes ?
Je vis ça très bien quand je sais qu’il y a quelque chose qui s’en vient. Sérieusement, je n’ai pas manqué de travail ces dernières années, surtout depuis Séraphin. Ce rôle a complètement dévié ma trajectoire depuis 11 ans et a changé beaucoup de choses dans ma carrière. C’est certain que quand je sais que je n’ai pas de boulot qui s’en vient, je tourne en rond et j’angoisse un peu. Mais je suis chanceux, car je n’ai pas eu à vivre ça très souvent.
Parlons de Dumas. Il s’est passé beaucoup de choses pour ton personnage dans les derniers épisodes...
En fait, que le personnage de Charlie soit sa fille, c’est une folle idée que j’ai eue moi-même à la fin de la première saison. J’en avais jasé avec Gildor Roy et avec le réalisateur, qui trouvaient l’idée excellente. J’en ai donc parlé à Luc Dionne, l’auteur de la série, qui m’a d’abord dit : « Es-tu malade, toi ? » Finalement, il a intégré la chose sous forme de blague dans un épisode en début de saison, dans une scène de souper de famille, et je me suis dit : « Ah OK, il en a fait une belle blague. Après tout, c’est lui le capitaine à bord ! » Mais plus tard, quand j’ai reçu les textes, j’ai vu qu’il avait décidé d’exploiter ce filon. Cette idée m’avait traversé l’esprit parce que je trouvais que Lili Francke-Robitaille et moi, on se ressemblait étrangement. Est-ce que cette révélation viendra nuire à l’amitié de longue date que mon personnage entretient avec Jean Dumas ? Je n’en ai aucune idée, je ne sais pas où Luc Dionne va aller avec ça...
Dans le dernier épisode, il y a aussi une scène déchirante avec Madeleine Péloquin, qui interprète ta conjointe.
Oui, et je suis très content de cette scène, qui est poignante. Madeleine et moi, on se fait très confiance, car c’est la comédienne avec laquelle j’ai joué le plus souvent après Mélanie Pilon, ma blonde. J’en suis rendu à ma cinquième fois avec Madeleine et on est de super partenaires depuis Alerte Amber. C’est un honneur, non seulement de la retrouver, mais d’avoir de si belles scènes à jouer avec elle. On a une grande complicité et une grande confiance et on se pousse l’un et l’autre. On discute des scènes ensemble et on se comprend vite. C’est une partenaire idéale.
Comment décrirais-tu ton personnage d’Éric Bonin, après deux saisons à l’interpréter ?
C’est un homme réservé, les gens le disent mystérieux. Ai-je tenté de créer un mystère autour de lui ? Si c’est le cas, je ne sais pas si c’est volontaire, mais j’ai essayé de le travailler avec retenue sur le plan émotif, et aussi au niveau de la voix, qui est plus posée et sur le souffle. Je ne l’ai jamais dit en entrevue, mais je me suis inspiré de Roy Dupuis pour ce personnage, autant au niveau de la voix que du côté très posé qu’il peut avoir. Je ne voulais pas que ce soit un personnage impulsif, je voulais qu’on le voie réfléchir et prendre son temps. Je trouve que ça vient créer un bel équilibre avec les personnages de Marie-Lyne Joncas et de Jason Roy Léveillée. On est tous les trois très différents, et donc complémentaires.
Que représente ce personnage dans ta carrière ?
Je n’ai pas connu un tel engouement pour un rôle et une série depuis Les Pays d’en haut. Dumas plaît au public et va chercher une clientèle qui écoute encore la télévision. Je trouve que cette série fonctionne bien grâce à ses côtés famille et amitié, et aussi grâce à l’humour qu’on a su collectivement installer à partir des textes de Luc. Le tout est bien appuyé par la réalisation de Stéphan Beaudoin, qui nous permet de pousser l’humour encore davantage. On est comme un comfort food télévisuel.
Tu as plus de 25 ans de carrière. Quel constat fais-tu de tes années dans le métier ?
Je me considère chanceux parce que ça fait plus de 25 ans que je n’ai pas eu à faire autre chose pour gagner ma vie. Je tire aussi le constat qu’on ne peut rien planifier. La seule chose sur laquelle on a le contrôle dans ce métier-là, c’est la qualité du travail qu’on fait. J’ai toujours essayé de prendre tous les jobs au sérieux, que ce soit une petite pièce de théâtre d’animation de rue ou un gros rôle dans une série à Radio-Canada. J’ai toujours offert la même qualité de travail. Je tente de me préparer au maximum pour un rôle. C’est important pour moi.

Parle-moi de l’importance du personnage de Séraphin dans ta carrière...
Ce personnage m’a appris à travailler au niveau de la création. Il m’a permis d’être un acteur qui participe davantage au processus créatif. Il m’a appris à collaborer avec les différents départements, que ce soit les costumes, les accessoires ou la mise en scène. Je tente d’élargir la partition et je travaille beaucoup là-dessus avec ma conjointe, Mélanie Pilon. On s’aide l’un et l’autre à répéter nos textes. Séraphin m’a permis d’ouvrir cette porte-là, et depuis, j’aime participer à la création d’un personnage.
Le personnage de David Ducharme dans la série Sortez-moi de moi a été un autre beau rôle pour toi...
C’est le travail dont je suis le plus fier après Les Pays d’en haut. J’ai adoré travailler avec Alexis Durand-Brault, justement parce que c’était une collaboration. Je ne connaissais pas du tout la bipolarité avant de jouer ce personnage. Je suis donc parti de très loin pour nourrir tout ça et je pense qu’on a réussi à faire quelque chose de très prenant. C’était un magnifique rôle !
Dans un tout autre ordre d’idées, tu as parlé dernièrement d’une campagne sur GoFundMe, pour venir en aide aux parents d’un enfant malade dans ton entourage...
Cette page a été créée par ma sœur et ma conjointe. Elles ont mis ça en branle pour venir en aide à des amis très proches dont le fils a une récidive de cancer. Je me sentais impuissant face à tout ça et j’ai fait une vidéo à brûle-pourpoint au chalet. C’était émotif pour moi et le tout s’est enflammé sur les réseaux sociaux. J’en suis très content, car nous avons pu amasser plus d’argent que prévu. C’est très rare que je mette des choses personnelles sur ma page publique, même que ce n’était jamais arrivé. Ç’a été accueilli positivement à 95 %, mais malheureusement, ç’a été repris par des sites de potins cheap. Il y a même un site qui a détourné le message pour faire du clic bait en prenant une photo de moi malade, émotif et en jaquette d’hôpital dans Sortez-moi de moi, avec le titre : « Vincent Leclerc annonce une nouvelle très triste », ce qui laissait supposer que j’étais gravement malade d’un cancer. C’était de la mise en scène et j’ai trouvé ça épouvantable ! Des gens m’ont ensuite écrit pour me dire qu’ils avaient eu deux cancers et qu’ils n’étaient pas allés brailler sur les réseaux sociaux et demander de l’argent. Je goûtais à ce genre de chose pour la première fois, parce que je ne suis pas celui qui prend position sur les réseaux sociaux. Mais j’ai trouvé ça dérangeant, et je n’ai vraiment pas aimé ça.
Dis-moi, de quoi seront faits les prochains mois pour toi ?
Je vais tourner la troisième saison de Dumas et je me joindrai aussi à une toute nouvelle série jeunesse qui a pour titre Dans l’univers d’Emma. Ce sera diffusé à TFO et à Télé-Québec. Je suis emballé par ce beau personnage de Georges, un antisocial qui vit en réclusion dans la forêt. Il tente de protéger la forêt et les montagnes des fantômes. Sinon, je serai aussi dans Alice, une grosse production France-Québec que nous verrons en novembre. J’y partage l’affiche avec Bérénice Bejo, François Arnaud et Sophie Nélisse. C’est une fresque historique qui retrace l’histoire de la réalisatrice Alice Guy-Blaché. C’est un projet très intéressant sur le plan artistique.