Ce ruisseau en Montérégie détient le record du nombre de pesticides différents dans un même cours d'eau au Québec
On a compté 48 pesticides différents dans le ruisseau Gibeault-Delisle, près de Sainte-Clotilde-de-Chateauguay


Annabelle Blais
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Le ruisseau Gibeault-Delisle situé près de Sainte-Clotilde-de-Chateauguay en Montérégie est le cours d’eau où le plus grand nombre de pesticides a été détecté: 48.
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C’est aussi dans les sédiments de ce ruisseau que l’on trouve les plus fortes concentrations de glyphosate (RoundUp), selon le rapport du ministère sur les pesticides dans les sédiments publié en avril dernier.
Ce cours d’eau fait partie d’un bassin versant comptant 46% de cultures maraîchères qui, en raison de la diversité des ennemis des cultures, nécessite de grandes quantités de pesticides par hectare cultivé, souligne le ministère de l’Environnement.
Le ministère n’a pas encore publié son rapport d’analyse, mais selon les données les plus récentes du ministère que nous avons consultées, nous comptons 48 pesticides différents pour l’année 2020.
Ce n’est pas d’hier qu’on sait que ce cours d’eau a des problèmes. Déjà en 2010, un rapport du ministère sur les pesticides en eaux de surface tirait la sonnette d’alarme.
À l’époque, en analysant les données entre 2005 et 2007, le ministère avait fait une découverte troublante.
«Depuis le début du programme de suivi des pesticides en rivières en 1992, il s’agit du premier cours d’eau où des dépassements de critères de qualité de l’eau pour la protection de la vie aquatique sont notés dans tous les échantillons», pouvait-on lire.
Concrètement, cela veut dire que dans tous les échantillons réalisés sur la rivière, les concentrations d’au moins un pesticide étaient si élevées qu’elles menaçaient la vie aquatique.
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En tout, 36 pesticides, produits de dégradation, insecticides et fongicides différents y avaient été détectés et les concentrations de 15 d’entre eux étaient inquiétantes.
Ce constat était alors «préoccupant, car on ignore les effets additifs et synergiques des substances détectées sur les espèces aquatiques», soulignait le rapport.
«Les communautés aquatiques de ce ruisseau sont sans aucun doute affectées par ce mélange de divers pesticides à des concentrations élevées», poursuit le rapport.
De pire en pire
Depuis, les choses ont continué d’empirer. Le ruisseau est seulement échantillonné aux quatre ans. Le dernier rapport publié en 2017 mentionne que 40 pesticides différents ont été détectés entre 2013-2014. Encore une fois, dans tous les échantillons, il y avait un dépassement de critères de qualité de l’eau pour la protection de la vie aquatique. Les concentrations étaient préoccupantes pour 12 pesticides.
L’un d’entre eux a attiré notre attention. Le linuron, un herbicide dont la toxicité pour les humains à long terme est classée comme étant «extrêmement élevée» selon la base de données SAGES, une référence en milieu agricole.
En 2014, sa concentration (960 microgrammes par litre) dépassait le critère de vie aquatique chronique (CVAC) de 137 fois.
Le prochain rapport pour la période 2019-2020 n’a toujours pas été publié. Mais selon les données que nous avons pu consulter, nous calculons que le 9 juillet 2020, la concentration de linuron a pulvérisé le record précédent. Avec 1700 microgrammes par litre, le dépassement est de 242 fois le CVAC.
Le ruisseau Gibeault-Delisle a beau être petit, «il importe toutefois de retenir que c’est la multitude de ces petits cours d’eau qui cause la pollution diffuse des plus grandes rivières situées en aval», soulignait déjà le ministère dans son rapport de 2010.
-Avec la collaboration de Philippe Langlois