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«C’est très inquiétant»: forte hausse des cancers de la peau liés à l’absence de crème solaire

64% des gens mettent peu de protection, ou n’en mettent pas du tout, lorsqu’ils sortent sous le soleil

MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTREAL
Photo portrait de Hugo Duchaine

Hugo Duchaine

2026-05-23T04:00:00Z

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Les Québécois sont encore trop nombreux à oublier de mettre de la crème solaire, alors que les cancers de la peau sont de plus en plus fréquents.

• À lire aussi : Son ampoule au pied cachait un cancer de la peau

« C’est très inquiétant, nous sommes des cibles trop faciles », craint le dermatologue et chercheur au Centre universitaire de santé McGill Ivan Litvinov.

Dans une étude publiée l’an dernier, il révélait que 64 % des personnes interrogées ne mettaient de l’écran solaire sur leur corps qu’occasionnellement, ou qu’elles n’en mettaient pas du tout. Il soulignait aussi qu’un Canadien sur trois avait déclaré un coup de soleil au cours des 12 derniers mois.

Des données inquiétantes, alors que les cas de mélanome, l’un des cancers de la peau les plus mortels, augmentent chaque année, selon la Société canadienne du cancer.

Dr Ivan Litvinov est dermatologue et chercheur au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).
Dr Ivan Litvinov est dermatologue et chercheur au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). PHOTO FOURNIE PAR IVAN LITVINOV

« Le coup de soleil est le facteur de risque pour le mélanome », fait valoir le Dr Litvinov. Il ajoute que ces excès de soleil vont s’accumuler pendant des dizaines d’années dans le corps avant que le cancer n’apparaisse.

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Attention aux ados

Le dermatologue s’inquiète particulièrement pour les adolescents, encore plus vulnérables aux dangers du soleil.

Sa recherche a calculé que 40 % des adolescents avaient déclaré au moins un coup de soleil dans l’année précédente et plus de 60 % n’utilisaient jamais de la crème solaire, ou rarement.

« Ça se détériore à partir de 14 ans, quand ils sont moins sous la supervision des parents », poursuit-il.

Pas de bronzage

Avec l’été qui s’en vient, il appelle les Québécois à profiter du beau temps avec prudence. « Allez dehors, mais il ne faut pas bronzer et encore moins brûler », plaide le dermatologue.

Il est bien conscient que son message se bute aux images omniprésentes de mannequins au teint doré dans les publicités ou aux populaires voyages dans le Sud, dont les Québécois sont très friands.

« Il n’y a rien de santé à propos d’un bronzage, c’est la peau qui répond au stress des rayons UV », dit le Dr Litvinov.

« De 10 à 15 minutes suffisent pour la vitamine D », précise-t-il, ajoutant que de toute façon, le soleil n’est pas assez fort pour que notre corps en produise durant une grande partie de l’année.

Aucun dermatologue

Le spécialiste n’est pas étonné de voir le mélanome devenir un cancer de plus en plus fréquent.

« Il n’y a pas de message [du gouvernement], pas de politiques publiques [...] et pourtant, c’est impossible de voir un dermatologue en ce moment au Québec », lance le chercheur.

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La désinformation plombe la crème solaire

L’Ordre des chimistes dénonce la désinformation qui circule abondamment sur les réseaux sociaux, visant à démoniser la crème solaire avec des propos mensongers.

Des influenceurs ont notamment déjà accusé la crème solaire de causer le cancer, déplore Michel Alsayegh, président de l’Ordre des chimistes.

Michel Alsayegh est président de l’Ordre des chimistes du Québec.
Michel Alsayegh est président de l’Ordre des chimistes du Québec. Courtoisie

Il martèle que la crème solaire est non seulement sécuritaire, mais essentielle, et qu’aucune étude n’a remis en question son efficacité ou ses risques.

M. Alsayegh souligne que sur les réseaux sociaux, il est fréquent qu’un influenceur isole une molécule présente dans la crème solaire pour la présenter comme étant carcinogène. Or, on ne précise jamais l’infime quantité présente, par exemple.

La désinformation tend à vanter les mérites des produits naturels, illustre-t-il. « Mais ce n’est pas parce que c’est naturel que ce n’est pas dangereux. Par exemple, il n’y a rien de plus naturel qu’un champignon toxique. »

Détaxer la crème solaire

L’Australie a détaxé la crème solaire et un chercheur montréalais appelle la province à faire pareil.

« J’ai essayé d’appeler plus de 60 députés à différents niveaux des gouvernements [canadien et québécois], mais aucun n’a voulu s’asseoir avec moi », affirme le Dr Ivan Litvitnov.

Il est très difficile de trouver une crème solaire avec un indice de protection inférieur à 50 en Australie. PHOTO JESSICA LAPINSKI
Il est très difficile de trouver une crème solaire avec un indice de protection inférieur à 50 en Australie. PHOTO JESSICA LAPINSKI JESSICA LAPINSKI

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Il voudrait que le pays imite l’Australie, qui a retiré la taxe sur les crèmes solaires et donné des crédits d’impôt aux entreprises pour protéger leurs employés qui travaillent à l’extérieur, au soleil.

Le coût élevé de la crème solaire peut être un frein à son utilisation, dit-il, ajoutant que les gens n’en mettent jamais assez.

Trop long pour un médecin

La Fondation Sauve ta peau (FSTP), qui lutte contre les cancers de la peau, s’inquiète des grandes difficultés qu’éprouvent les Québécois à avoir accès à un dermatologue.

« C’est un gros problème », lance la directrice générale, Jasmine MacGowan.

Jasmine MacGowan est directrice générale de la Fondation Sauve ta peau.
Jasmine MacGowan est directrice générale de la Fondation Sauve ta peau. PHOTO FOURNIE PAR JASMINE MACGOWAN

Plus de 100 000 Québécois attendent pour voir un spécialiste de la peau, selon Santé Québec. Une énorme liste d’attente, qui ne diminue pas depuis plusieurs années.

Or, Mme MacGowan souligne l’importance de prendre en charge rapidement le mélanome, qui peut simplement être retiré par le dermatologue s’il est vu avant d’atteindre un stade avancé.

Pour elle, il est inconcevable de laisser les gens atteindre six mois ou plus avec la crainte qu’un grain de beauté soit en réalité un cancer.

Le mélanome, en bref

  • L’un des cancers les plus courants chez les 15 à 49 ans ;
  • Le septième cancer le plus fréquemment diagnostiqué au Canada ;
  • L’exposition au soleil et le bronzage artificiel sont les principaux facteurs de risque ;
  • Le mélanome prend souvent naissance sous la forme d’un grain de beauté anormal ;
  • La règle de l’ABCDE permet de l’identifier : asymétrie, bordure irrégulière, couleur foncée, diamètre de plus de 6 mm et l’évolution dans le temps.

La Société canadienne du cancer estime qu’en 2025 :

  • 10 800 personnes recevront un diagnostic de mélanome ;
  • 1250 personnes en mourront.
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