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«Book boyfriend»: et si votre prochain amoureux était un personnage de livre?

Marianne Girard

2026-05-17T10:55:00Z

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Alors que de plus en plus de femmes, déçues par les hommes, délaissent le dating afin d’embrasser le célibat, nombreuses sont celles qui se tournent vers la littérature pour vivre le grand amour.

La romantasy, les récits dystopiques et autres types de romances explosent en littérature, et il n’est pas rare de voir des lectrices développer des sentiments amoureux pour les héros de leurs histoires préférées. Ainsi est né le fameux book boyfriend, dont la popularité sur TikTok ne se dément pas. On a voulu en savoir plus sur ce phénomène et, spoiler alert, c’est tout à fait sain !

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Qui n’a pas ressenti ses premiers émois devant le beau Edward, le mystérieux vampire de la saga Twilight? Et, plus récemment, qui est restée de glace devant cet être complexe et attendrissant qu’est Conrad Fisher, de The Summer I Turned Pretty? N’oublions pas qu’avant de nous faire rêver au petit et au grand écran, ces personnages ont d’abord vu le jour dans des séries de romans. De tout temps, l’amour a su alimenter les écrivains et écrivaines. Mais si le fait de tomber amoureux d’un personnage de fiction n’est pas un phénomène nouveau (mention spéciale aux romans Harlequin, adorés de cette vieille tante célibataire un peu excentrique), l’essor du book boyfriend ne serait pas étranger à un grand désir de romantisme à l’époque aseptisée du dating en ligne.

L’un des premiers constats que l’on fait en s’intéressant à ces « hommes de papiers », c’est que les book boyfriends se suivent et... se ressemblent. Il s’agit presque toujours d’hommes qui ont une carrure et des traits physiques « masculins » très stéréotypés, comme une grande taille, une forte stature, une mâchoire carrée, etc. Mais ceux-ci possèdent également des traits de personnalité davantage attribués aux femmes (bien qu’ils ne leur sont pas exclusifs, évidemment), tels la douceur, la patience, un tempérament passionné, etc.

Comme ces livres dans lesquels on trouve les book boyfriends sont généralement écrits par des femmes, on peut s’attendre à ce que les autrices attribuent à leurs protagonistes des qualités qu’elles souhaiteraient retrouver chez un partenaire. La dualité entre masculinité et féminité contribue à faire de ces personnages des êtres qui suscitent le désir, mais aussi un sentiment de sécurité. Un book boyfriend n’est jamais menaçant, contrairement à certains hommes au caractère bouillant qu’on trouve parfois dans les romances plus dark, où histoires d’amour et consentement ne vont pas toujours de pair...

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La naissance d’un book boyfriend

L’autrice Marie-Christine Chartier ne donne peut-être pas dans la romantasy, mais elle maîtrise sans contredit l’art de créer des personnages masculins qui font rêver (un gars beau et drôle... qui fait des mots croisés ?! On dit oui !) Elle développe des personnages dont les qualités lui plaisent, mais sans jamais chercher la perfection  ; ils doivent être complexes, avoir des failles. Elle admet toutefois qu’ils partagent tous un trait commun, soit une grande sensibilité : « J’aime écrire des personnages masculins qui sont conscients de leurs émotions et qui tentent de bien les communiquer, même s’ils ne réussissent pas toujours. » Quand on lui demande de choisir son préféré, parmi ceux qui sont nés de sa plume, l’autrice lance en riant : « J’ai un attachement particulier avec chacun d’entre eux. Je serais polyamoureuse avec tous mes personnages ! »

L'écrivaine Marie-Christine Chartier.
L'écrivaine Marie-Christine Chartier. Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

Si le personnage qu’elle crée la fait vibrer, elle est sur la bonne voie : « Je pense vraiment que je suis ma première lectrice. Je dois me dire : “Ah, j’aimerais donc être à la place de mon personnage féminin !” » Quand on écrit, on pose un acte de transmission : on veut être lu. Donc lorsque l’on développe une histoire d’amour, on espère que celle-ci touchera les lecteurs et les lectrices droit au cœur. Marie-Christine Chartier l’explique ainsi : « C’est certain que quand tu mets tout ton amour, ton temps, ton énergie dans un personnage dont tu es fière, tu veux que les gens ressentent cet attachement-là avec lui également ». Certains de ses personnages ont-ils particulièrement touché les lectrices ? « Je pense que Max dans L’allégorie des truites arc-en-ciel et Jake dans Le sommeil des loutres ont fait flancher quelques cœurs. »

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Selon un article de Raphaëlle Derome intitulé Les vertus insoupçonnées des lectures d’été, publié en 2025 dans Québec Science, lire de la fiction nous permet de nous « exercer » à certaines expériences, en agissant « comme un “simulateur d’expériences sociales”. Comme un simulateur de vol permet à l’apprenti pilote de pratiquer des manœuvres d’atterrissage complexes en toute sécurité, la fiction crée “une expérience profonde et immersive”. Elle simplifie et comprime la réalité, ce qui facilite l’apprentissage[1]». Ainsi, les amoureux de papier ne nous brisent pas le cœur : ils le font battre, nous font rêver et nous laissent croire à une histoire d’amour belle, saine et passionnée. À travers notre lecture, on peut se projeter dans une relation idéalisée qui n’empêche absolument pas de vivre de « vraies » relations en parallèle (ou pas !).

Donc si jamais l’envie vous prenait de réactiver votre compte Tinder, pensez d’abord à ouvrir un livre. C’est peut-être dans ses pages que vous rencontrerez le véritable amour...

Et en librairies ?

Du côté des librairies Indigo, l’essor de la romance en littérature se fait ressentir depuis quelques années : « Les traductions de séries populaires comme Hunger Games et A Court of Thorns and Roses (ACOTAR) ont dominé les ventes l’an dernier. D’autres titres ont aussi trouvé leur lectorat dans le marché des jeunes adultes, notamment la très populaire série Fourth Wing de Rebecca Yarros ». Et en ce qui concerne les book boyfriends plus précisément, Indigo a observé une forte préférence pour Conrad Fisher (The Summer I Turned Pretty de Jenny Han), Kai Azer (Powerless de Lauren Roberts) et Rhysand (la série A Court of Thorns and Roses de Sarah J. Maas). Quant à lui, le récent 20e anniversaire de la série Twilight de Stephenie Meyer a ravivé le célèbre débat « Edward contre Jacob ».

[1] Citant Raymond A. Mar (Université York) et Keith Oatley (Université de Toronto) dans la revue Perspectives on Psychological Science en 2008.

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