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Avec ses outrances inquiétantes, Trump nous force à réfléchir !

Photo Getty Images via AFP
Photo portrait de Antoine Robitaille

Antoine Robitaille

2025-01-11T05:00:00Z

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S’il était un État américain, le Québec serait-il plus autonome, plus libre, que comme «prôvince» du Dominion?

Bien que farfelues et inquiétantes, les déclarations de Donald Trump ont au moins ce mérite: ramener à l’avant-plan la question existentielle, fondamentale, de notre statut politique.

Question qui donne le vertige, mais qui est malheureusement taboue depuis le référendum de 1995, où le «statu quo» fut conservé de justesse.

Vieux dilemmes

En évoquant l’annexion, Trump – sans le vouloir – réactive certains de nos dilemmes fondamentaux, qui se sont imposés à nous tout au long des 400 ans de notre histoire (le prof Luc Laliberté en évoque plusieurs dans ces pages ).

On se rappelle soudainement les invasions américaines de 1775 (250 ans cette année!) et de 1812, qui furent des échecs (en 2025, une invasion américaine du Canada serait une «vraie promenade dans le jardin», m’écrit un ami historien féru d’affaires militaires.) De plus, il y eut les projets annexionnistes du XIXe siècle. La doctrine Monroe (prétendue vocation des É.-U. à contrôler toutes les Amériques) revient, mais rebaptisée «Donroe» (jeu de mots du New York Post).

Le Québec et les États-Unis? Ce fut toujours «ni avec eux ni sans eux», selon le titre du livre d’Yvan Lamonde, grand historien. Mais comment «avec eux» exactement? Comme province, comme État fédéré, comme État souverain en association?

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Annexion

Des Québécois ont promu l’annexion. Louis-Joseph Papineau notamment, à partir des années 1850. «Les rouges désiraient d’abord et avant tout que les Canadiens français se dotent d’un État national républicain», écrit l’historien Justin Dubé. Mais ces mêmes Rouges estimaient que l’identité canadienne-française survivrait plus aisément que dans l’Amérique du Nord britannique, les États américains de l’époque étant beaucoup plus autonomes qu’aujourd’hui. Un de leurs arguments, aujourd’hui anéanti: la persistance du français en Louisiane!

Depuis la guerre de Sécession et celles du XXe siècle, les É.-U. se sont centralisés. Le français s’est dissous. Aujourd’hui, un Québec-USA aurait certes plus d’autonomie en matière de droit criminel. Mais pourrait-il demeurer longtemps français, sans trop d’armes à feu, avec son État-providence? On peut en douter.

Souveraineté

Et la souveraineté canadienne? Au fond, «Trump prend Trudeau au mot», écrivait le Toronto Sun en éditorial. Car si le Canada est «post-national» et n’a pas «d’identité centrale» – Justin l’a affirmé en 2015 au New York Times – pourquoi devrait-il rester souverain? Poilievre ne semble pas avoir plus de réponses. Dans ses discours, il fait comme McDonald’s: mettre une feuille d’érable sur une marque américaine. Sa vision (en anglais): «To bring home the promise of Canada [...] The biggest and most open land of opportunity the world has ever seen.» Pourquoi ne pas rejoindre le vrai «land of opportunity» tant qu’à y être?

Le Québec lui, a une identité, pratiquement niée par son statut politique actuel, imposée par le reste du Dominion en 1867 et 1982. Est-ce pour autant «le meilleur moment» pour devenir souverain, comme l’a affirmé Paul St-Pierre-Plamondon mardi? Bonne question.

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