Après «Empathie», Thomas Ngijol signe son film le plus intime avec «Indomptables»
Le film «Indomptables» sera sur les écrans Québécois à compter du 6 mars 2026.
Samuel Pradier
Partager
Si les Québécois l’ont principalement découvert dans la série Empathie, Thomas Ngijol a déjà réalisé trois films en France et joué dans plus d’une dizaine. Il revient avec Indomptables, son quatrième long métrage, qu’il a entièrement tourné dans son pays d’origine, le Cameroun. On a discuté avec lui de ce projet très personnel.
• À lire aussi : Qui joue Cynthia dans « Antigang »? Découvrez l’actrice derrière le rôle
• À lire aussi : Britney, Dylan, Jackson, Queen : qui a vendu son catalogue musical, pour combien et pourquoi ?
Dans Indomptables, Thomas Ngijol raconte l’enquête dévastatrice du commissaire Billong à propos du meurtre d’un policier, assassiné pendant la nuit. « Mon père était gendarme à un moment de sa vie, mais il ne l’a pas été longtemps, avance le réalisateur et comédien. J’ai peut-être voulu, à travers ce film, connecter certains points avec mes parents et mes enfants, avec ma famille en général. »
Le film aborde la quête solitaire du policier, mais montre aussi beaucoup de violence, tant dans la ville que dans la rue et au sein de son propre foyer. L’artiste tient toutefois à nuancer cette opinion : « C’est votre point de vue. Je ne fais pas du tout l’apologie de la violence dans ce film. Je parle d’un état de fait dans une société qui est ce qu’elle est. Il y a des moments durs, mais il y en a aussi qui le sont moins. Tout dépend de notre perception et de notre ressenti émotionnel. Le monde est vaste et les sociétés sont complexes. Ce film montre certaines choses qui ne font peut-être pas plaisir, mais je ne les traite pas dans l’ordre du voyeurisme. »
L’éducation en question
Si ce policier, qui est joué par le réalisateur, est plutôt dur avec les siens, c’est d’abord pour les protéger. « Je l’ai un peu vécu, parce que je me suis basé sur certaines expériences personnelles. C’est le film le plus intime que j’ai fait à ce jour. On y retrouve des aspects de mon éducation, mais pas que de la mienne ; ça va au-delà de mes origines. Le mutisme et le silence n’ont pas d’origine sociale, ça existe autant dans les familles de prolétaires que chez les bourgeois. »
La règle obligeant les enfants à saluer leur père comme s’ils étaient à l’armée, Thomas Ngijol a dû s’y contraindre. « C’est une sorte de pression psychologique qui cache un mauvais comportement. C’est sans violence, sans menace, mais ça dit beaucoup de choses. »

Le film parle beaucoup de la transmission entre parents et enfants, et de l’éducation, un sujet qui interpelle particulièrement le réalisateur. « Je suis parent, j’essaie de bien faire les choses, mais on n’a pas de manuel. On a parfois l’impression d’être le meilleur père du monde parce qu’on a fait un truc extraordinaire, et d’autres fois, on se sent complètement à côté de la plaque, comme une mauvaise personne. La vie est très complexe. »
C’est aussi ce qui l’a poussé à implanter son film dans la réalité camerounaise. « C’était intéressant pour moi de sortir de la zone de confort française, que je connais parfaitement. Ça aurait fait un tout autre film si j’avais abordé ces thèmes en France. »
La vraie vie
D’ailleurs, Thomas Ngijol a choisi de montrer le quotidien camerounais dans tout ce qu’il a de plus vrai. « J’ai toujours un peu de mal avec le côté magnifié de l’Afrique, qui a souvent un petit côté carte postale quand on montre la vie là-bas. Moi, je puise plutôt dans mon enfance. Ça vibre, c’est organique, mais en même temps, ça reste “précaire”. »

Il a aussi souhaité montrer l’importance capitale de la femme dans les sociétés africaines. « La place de la femme est très importante dans le foyer africain, contrairement à ce qu’on peut croire. Elle est aussi bien ancrée dans le film, et ça me fait très plaisir de montrer ça. Je ne sais pas si elles sont totalement émancipées, mais elles ont du caractère, elles évoluent dans une certaine liberté. »