Après 35 ans de carrière, France D’Amour continue de nous surprendre !
La sortie de son 15e album en carrière, «Symbiose», est prévue pour mai.
Patrick Delisle-Crevier
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France D’Amour présentera le 8 mai prochain Symbiose, son 15e album en carrière. Ce disque se distingue des précédents parce qu’elle y mélange sa voix avec celles de plusieurs artistes de la nouvelle génération, notamment Souldia, Sara Dufour et Rafaëlle Roy. La chanteuse nous parle de ce nouvel album, mais également de ses 35 années de carrière qui n’ont pas été sans embûches. Elle évoque aussi son fils, François, qui a fait d’elle une grand-maman il y a quelques mois, ainsi que des 10 années de célibat qu’elle a traversées. Au bout du compte, c’est une femme plus heureuse que jamais et en pleine possession de ses moyens qui s’est confiée à l’équipe de 7 Jours.
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France, comment vas-tu ?
Je vais bien. Il commence à faire plus beau et le soleil apparaît, alors c’est encourageant d’avoir quelques degrés au-dessus de zéro. Ça nous change des moins 30 degrés que nous avons eus cet hiver. Je vais bien aussi parce que nous sommes le résultat des décisions que nous prenons dans la vie. Parfois, il y a des décisions qui ne sont pas faciles à prendre, mais il y a aussi la persévérance et le fait de continuer malgré les moments plus difficiles. On dirait qu’aujourd’hui, la patience que ça prend pour faire ce métier est en train de me revenir. Des fois, ç’a été dur, mais je n’ai pas lâché.
Cette patience, tu l’avais perdue ?
Non, mais quand j’ai commencé, si j’avais su tous les efforts que ça allait prendre pour faire ce métier-là, je ne me serais jamais embarquée là-dedans. J’aurais vu ça comme une montagne impossible à franchir. Mais finalement, j’y suis allée tête première et inconsciemment, une bouchée à la fois. Trente-cinq ans plus tard, je constate que ce fut toute une aventure et qu’il y a eu beaucoup, beaucoup de travail. Aujourd’hui, je persiste à faire des albums, mais je sais que le métier a changé et qu’il faut frapper fort pour que ça fonctionne. On dirait qu’on n’est plus impressionné de rien, on dirait qu’on a tout vu.
Es-tu désillusionnée par ton métier ?
Non, je ne suis pas là-dedans et je tente de contrer tout ça par le mouvement en me disant tout le temps : « C’est quoi la prochaine affaire ? » Comme avec Souldia. Depuis 10 ans, je suis la présidente du conseil d’administration d’ARTISTI, qui est une société de gestion pour les droits d’auteur et qui vise à protéger, préserver et promouvoir les droits des artistes-interprètes. Tous les deux ans, nous faisons un gala, et c’est là que j’ai rencontré Souldia, entre autres. J’ai eu un déclic pour ce bel humain et c’est sérieusement l’un des gars les plus gentleman de notre colonie artistique. C’est un gentil qui enlève même ses bottes avant d’entrer en studio. Il est poli, il a de la classe et quand il est arrivé en studio, j’ai eu à reprendre ma chanson tellement il avait mis le feu dans la place.
Comment est née cette idée de duo avec lui pour la chanson No Pain No Game ?
C’est moi qui ai osé lui demander. Je lui ai envoyé la chanson en lui disant que je le voyais chanter ça en duo avec moi. Il a écouté la chanson et ce fut un oui immédiat. Comme il est très populaire et qu’il fait beaucoup de spectacles, le plus difficile a été de nous trouver un temps en studio pour l’enregistrer. Mais nous y sommes arrivés et je suis très fière du résultat, qui est une belle rencontre entre le rap et le rock. J’ai aussi un beau coup de cœur pour Sara Dufour, qui chante aussi en duo sur l’album. On est devenues de véritables copines elle et moi, et elle ne me croyait pas quand elle a su que j’avais 61 ans. Mais c’est comme ça quand tu es dans la création : le temps passe et il t’oublie derrière. C’est certain que mon corps vieillit et subit les ravages de la gravité, mais mon énergie et ma « vibe » reste jeune.

France, comment décrirais-tu ce nouvel album ?
Le titre est Symbiose et il porte bien son nom, parce que ce sont des moments, des rencontres avec des gens comme Souldia, Jason Lang, Éléonore Lagacé, Sara Dufour et Rafaëlle Roy, Francis Degrandpré et Pat Bouchard, qui coréalise l’album avec moi et qui est devenu un frère de musique. Je sais que ce ne sera pas mon dernier album avec lui. Ce disque, c’est de la magie qui se passe avec différents artistes, car après tout, ça prend deux bâtons pour faire du feu, et du feu, il y en a sur cet album.
Comment expliques-tu cette envie de chanter en duo et de partager ta musique ?
La musique, c’est fait pour être partagé, et je trouve que ça aussi, ça a changé. Je trouve que les artistes, nous collaborons de plus en plus les uns avec les autres. On voit de plus en plus de spectacles collectifs et beaucoup plus de duos. J’aime ça parce qu’il me semble que moi, quand j’ai commencé, tout le monde faisait sa petite affaire à part, peut-être à l’exception d’Éric Lapointe qui invitait des artistes dans ses spectacles du Nouvel An. Je trouve ça beau que nous partagions de plus en plus. Il y a une synergie et une osmose qui se passent en ce moment, et c’est tant mieux parce que nous, les artistes, nous n’avons plus vraiment autant de soutien de la part du gouvernement et des radios.
Et pourquoi chanter No Pain No Game ?
Parce que ça dit tout. Quand on fait ce métier-là, parfois, on n’a pas le choix que ça fasse mal. Si tu ne veux jamais faire aucun effort et souffrir un peu, reste chez toi et regarde la télévision. Mais si tu veux être dans la game, ça va faire mal. Tu vas avoir des frustrations et des barrières, tu vas avoir des gens qui vont te dire non, certains vont te faire des croche-pieds, d’autres vont te poignarder dans le dos. C’est ça, faire ce métier, et c’est aussi ça la vie. J’ai une amie qui fait du neuf à cinq dans un bureau, qui a une vie tranquille et qui trouve cette vie ennuyante. Moi, j’ai choisi de me mettre en danger, de me mettre dans l’action et il y a un prix à payer pour ça.
Est-ce que tu aurais aimé avoir une petite vie tranquille et faire du neuf à cinq ?
(Rires) Je l’ai vécu pendant la pandémie et j’ai aimé ça pendant à peu près trois ou quatre mois. Après ça, je pensais virer folle. J’ai vite compris que ce n’était pas pour moi. Je ressens un grand désir d’action que je suis incapable d’assouvir, au point où, en dehors de la musique, je carbure aux séries d’action et aux romans policiers. Je n’en ai jamais assez, il faut que ça bouge. En même temps, je fais environ 60 spectacles par année ; ce n’est pas beaucoup et j’ai donc du temps en masse, au point où j’ai commencé à faire mon propre yogourt.

Est-ce un choix pour toi de ne pas faire plus de spectacles que ça dans une année ?
Oui, je ne peux pas en faire plus. Je dirais que je suis capable de faire deux bons spectacles par semaine, et s’il y en a un troisième, ça va, mais pas trop souvent. Cette fatigue n’est même pas physique, c’est mental. Parce qu’à force de toujours faire la même chose, de faire le même spectacle, je ne veux pas tomber sur le pilote automatique. Ça n’a rien à voir avec mon âge ; j’ai toujours été comme ça, sauf peut-être quand mon disque Animal est sorti en 1992 : je faisais 250 spectacles par année. Mais j’étais sur le pilote automatique à la fin et j’étais brûlée. Je me souviens que je mangeais des hamburgers avant de monter sur scène pour me donner de l’énergie, parce que je ne savais plus où prendre mon énergie tellement j’étais au bout du rouleau.
Quel regard portes-tu sur cette jeune France D’Amour des débuts ?
J’aime bien cette France de 1992. Je trouve qu’elle avait de la fougue, qu’elle n’avait pas froid aux yeux et qu’elle débordait d’énergie. Elle fonçait sans regarder. Maintenant, je suis plus réfléchie : avant de gaspiller mon énergie, je m’économise et je la mets à la bonne place.
Est-ce qu’elle a eu la carrière qu’elle souhaitait ?
J’ai eu mon fils à 22 ans, j’avais donc un enfant dans les bras à mes débuts. Rapidement, j’ai compris que je voulais faire ce métier-là. Mon ambition n’était pas d’être célèbre ou de devenir une grande vedette. Je ne viens pas d’une famille qui pensait comme ça. Mon ambition, c’était de devenir une bonne musicienne, une bonne chanteuse et une bonne autrice-compositrice.
As-tu l’impression d’avoir réussi ?
Chaque année, je trouve que je m’améliore et je pense qu’aujourd’hui, j’écris de meilleures chansons. Si tu compares Animal avec No Pain No Game ou Sans Amour, deux chansons de mon nouvel album, il y a une grande évolution. Je suis capable de faire de la pop, mais je suis aussi capable de faire de bons textes et de bonnes musiques. J’ai aussi l’impression que mes deux albums jazz Bubble Bath & Champagne I et II m’ont permis d’aller plus loin en tant que musicienne. Donc, musicalement, je me sens plus confiante, et sur scène, ça ne m’arrive jamais que ça ne lève pas. Pour ce qui est de chanter, il y a eu des périodes où je savais bien chanter et d’autres où j’étais consciente de mes cordes vocales et de ma voix, et pendant lesquelles je trouvais que je chantais moins bien. J’ai eu à me sortir de ça et j’ai commencé à faire beaucoup de vocalises. Je dois vraiment me détacher de ma voix. Donc je trouve que j’ai la carrière qui me ressemble. J’ai de bons amis dans ce métier, j’ai le respect des gens dans le milieu et, pour moi, c’est un bel accomplissement. Je suis pas mal contente du chemin.
Dis-moi, France, as-tu eu la vie personnelle que tu voulais ?
Ah ça, non ! En fait, oui et non. Disons que j’ai une vie très riche en amitiés : j’ai des amis fidèles depuis des années, qui sont toujours là et ne me jugent pas. On se fait beaucoup de soupers entre amis. D’ailleurs, mon amie Geneviève Gagnon et moi avons lancé un podcast qui a pour titre « Les sacoches s’a poud ». Cette fille-là me fait tellement rire, ça n’a pas de sens ! Nous enregistrons notre troisième épisode prochainement à Chambly. Donc, j’ai une vie riche, j’ai une famille que j’adore. Ma mère est un véritable personnage que j’aime tellement, j’ai mon fils et sa petite famille. Mais sur le plan amoureux, c’est le calme plat depuis 10 ans.
Est-ce que la vie de couple te manque ?
Sérieusement, je n’ai même pas le temps d’y penser ni de m’en ennuyer. Je ne dis pas non à l’amour et je suis ouverte aux rencontres, mais ça n’arrive tout simplement pas.
Est-ce que tu es trop sélective ou difficile ?
Peut-être, oui, mais comment ne pas l’être en 2026 avec des histoires comme celle de Gisèle Pelicot ? (NDLR : Victime de l’affaire des viols de Mazan.) C’est donc le désert depuis 10 ans et il ne se passe rien. Mais bon, je compense : probablement que si j’étais en couple, je ferais moins d’albums et de tournées. Ça aide de partir en tournée quand tu n’as pas de vie sentimentale, c’est pas mal moins compliqué. Aussi, la vie de couple, ça prend du temps : il faut se faire des soupers, des projets, des voyages, et je n’ai pas de place pour tout ça. Ça prend du temps dans une vie d’être en couple.
As-tu souhaité un jour le mari, la petite maison, les enfants et le chien ?
Oui, je pense que je me serais très bien adaptée à une telle vie, mais tout ça dans la mesure où je reste libre de faire ce que j’aime et de partir quand je veux faire des spectacles. Je suis vraiment un électron libre ; j’ai besoin de ma liberté et j’ai besoin d’espace pour respirer. Je suis bien dans une petite cage, mais la porte doit rester ouverte. Cependant, je suis heureuse dans ma vie actuelle. Je n’ai pas absolument besoin d’un homme dans ma vie.
Lors de notre dernier entretien, tu me disais que tu avais hâte d’être grand-maman. Voilà que tu l’es depuis peu. Comment vis-tu ça ?
Oui, c’est enfin arrivé ! Ma petite Sophia me fait tellement rire et elle est tellement adorable. C’est drôle, parce qu’avant, quand j’écoutais les grands-parents parler de leurs petits-enfants, je ne comprenais pas cette folle passion. Mais maintenant que je vis cette réalité, je suis moi-même tombée dans le vortex des grands-parents gagas. Et ça fait juste deux mois qu’elle est née ! Mais ça ne me surprend pas tant que ça, parce que j’ai été une mère couveuse et très maternelle. Je suis aussi comme ça avec mes candidats à La Voix, avec mon band et avec mes amis. Je suis le dôme protecteur.
Et de voir ton fils, François, devenir père, c’est comment ?
C’est fou à quel point c’est beau. Je trouve ça super intéressant de voir mon fils devenir un père, voir cet instinct se développer, alors que mon fils était le petit gars à sa maman, et le voir devenir paternel tout d’un coup. Il est un homme différent, et je trouve ça beau et fascinant. Et de voir que ma petite-fille a des gènes de moi en elle, c’est marquant.
En terminant, parle-moi de La Voix. Comment vis-tu ta deuxième saison en tant que coach ?
Je me bats actuellement pour déjouer les statistiques, car ce n’est jamais arrivé dans l’histoire de La Voix qu’un coach gagne deux années de suite. Puisque j’ai gagné la dernière saison, je compte bien gagner cette saison-ci également et passer à l’histoire ! (rires) Sans blague, j’ai confiance et je pense que j’ai de très bons éléments dans mon équipe. Cette deuxième saison est fort intéressante pour moi, car je ne suis pas du tout dans le même état d’esprit que la première fois. Cette fois-ci, j’étais plus stressée et j’ai fait des manœuvres très étranges que je ne m’explique pas encore aujourd’hui. Même que des fois, je ne me suis pas retournée et je ne comprends pas pourquoi. Je me suis surprise moi-même. Je pense que j’ai trop intellectualisé mon jeu. Mais je suis fière de mon équipe et il y a même un de mes candidats qui va venir jouer dans un de mes spectacles. Je pense bien avoir la pièce maîtresse de cette deuxième victoire dans mon jeu.