Apprécier les cultures autochtones sans faire de l’appropriation par accident


Léa Martin
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Est-il respectueux pour une personne non autochtone de porter des bijoux traditionnels achetés à une artisane? Comment s’assurer qu’on ne fait pas accidentellement de l’appropriation culturelle en voulant simplement apprécier les cultures des Premières Nations? On en a discuté avec une artiste atikamekw.

Au festival KWE! à Québec, une trentaine de personnes se sont rassemblées pour assister à la conférence de l’artiste multidisciplinaire atikamekw Catherine Boivin intitulée Appropriation ou appréciation culturelle?
«Je suis ici pour mieux vous outiller et pas pour vous faire culpabiliser, ne vous inquiétez pas», lance-t-elle avec un trait d’humour en partant.
Catherine explique qu’elle a bien conscience que ce sujet est délicat et soulève les passions. Après tout, on se rappelle tous de la vague de surprise qui avait saisi certaines personnes quand on leur a fait remarquer que de porter une coiffe traditionnelle dans un festival comme Osheaga, ça ne se faisait pas.
Pourtant, ses conseils sont plutôt simples et faciles à appliquer!
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Appréciation vs appropriation
Pour définir ce qu’est l’appropriation culturelle, Catherine Boivin choisit la définition de L’Encyclopédie canadienne: «L’appropriation culturelle consiste à utiliser les vêtements, la musique, la cuisine ou les savoirs traditionnels d’un peuple, ainsi que d’autres aspects de sa culture, sans son approbation.»
Pendant des années, énormément de «symboles et de motifs emblématiques de la culture des peuples autochtones ont été utilisés pour des produits manufacturés non autochtones, à des fins lucratives ou artistiques», ajoute l’encyclopédie. «Des images stéréotypées d’”Indiens” ont été utilisées dans des logos d’équipes sportives, ou pour vendre des produits.»
Alors que pendant ce temps, les peuples autochtones étaient privés de leurs coutumes par les instances au pouvoir. «Pendant longtemps, le gouvernement nous a interdit de pratiquer nos cultures, ajoute Catherine. Et en ce moment, on est en train de se réapproprier ces éléments-là. On est encore en train d’apprendre à être fiers de porter ces cultures-là.»
C’est pourquoi il est important pour de nombreux Autochtones que leur culture ne fasse pas l’objet de stéréotypes ou que des personnes non autochtones s’enrichissent en s’appropriant leurs savoirs ancestraux.
Par contre, il est tout à fait possible de vouloir montrer son appréciation de ces cultures et de vouloir encourager les entrepreneurs des Premières Nations!
Quelques conseils pratiques
Il existe de plus en plus d’entrepreneurs autochtones et artisans qui confectionnent de nombreux objets et souhaitent partager une partie de leur culture.
Par exemple, acheter des boucles d’oreille confectionnées par une artisane autochtone et les porter dans la vie courante ou lors d’un festival fait rayonner cette culture. Ça, c’est ce qu’on appelle de l’appréciation culturelle!
«Une fois que vous avez les boucles d’oreilles, vous êtes obligé de les porter», dit Catherine Boivin en riant.
Par contre, attention! De nombreuses compagnies et entrepreneurs utilisent les cultures autochtones pour faire du profit. Avant d’acheter un produit, demandez-vous: est-ce que l’artisan est autochtone? Est-ce que le propriétaire de la compagnie est autochtone? Est-ce que l’artisan a été rémunéré équitablement pour son travail? Ces composantes font aussi partie de l’appréciation culturelle.
De nombreuses compagnies comme Shein et Temu copient le travail d’artisans autochtones et vendent ces bijoux à des prix ridiculement bas. C’est d'ailleurs arrivé à une artiste que Catherine connaît.
Catherine Boivin explique également que, la plupart du temps, de réels artisans autochtones vont présenter leurs origines sur leur site web et parler de leurs nations respectives. Si vous ne trouvez pas de telles descriptions, c’est un autre «red flag», ajoute-t-elle.
Également, la Commission de développement économique des Premières Nations Québec-Labrador a récemment dévoilé un logo qui permet d’authentifier les produits et services créés par des personnes autochtones. Si vous voyez ce logo, c’est un bon signe!

Catherine Boivin demande aussi de ne pas tenter de négocier les prix des objets que vous achetez à des artisans autochtones. Si ces boucles d’oreille coûtent ce prix, c’est en raison du savoir-faire, du temps et des matériaux utilisés.
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Trois questions à se poser
Même si porter le travail des artisans et artisanes autochtones peut faire partie de l’appréciation culturelle, mettre des coiffes autochtones ou porter des bandeaux de plumes sans s’inscrire dans cette culture, c’est à éviter, insiste Catherine.
«Je pense qu’il ne faut pas porter des éléments culturels flagrants ou qui sont d’inspiration autochtone, d’inspiration chamanique, totémique», indique Catherine Boivin.
Ces symboles, accessoires ou morceaux de vêtement ont des significations bien particulières pour ces peuples et, souvent, requièrent plusieurs rituels ou années d’expérience avant d’être portés.
En général, avant de porter quoi que ce soit, elle conseille de se poser ces trois questions:
- Est-ce que je suis en train de renforcer les inégalités et les stéréotypes sur les autochtones?
- Est-ce que je ne suis pas en train d’enlever, déformer, les initiations, les protocoles liés à la culture?
- Est-ce que je ne suis pas en train d’exploiter la culture autochtone?
Si vous répondez oui à deux questions ou plus, elle vous invite à «revoir votre approche».
De plus, tenez-vous loin de tout ce qui est «grands chefs spirituels» autoproclamés. Personne ne se définit comme ça dans les communautés, indique Catherine.
L’industrie des soins holistiques et du «bien-être» est bourrée de gens qui s’approprient les savoirs autochtones dans une optique mercantile, dit-elle.
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