110e Tour de France: Philipsen poursuit sa domination
«On avait l’impression d’être des bolides», a dit le vainqueur après l’arrivée sur un circuit automobile


Jean-François Racine
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NOGARO – Sur le circuit automobile Paul Armagnac, le vainqueur Jasper Philipsen se prenait pour un bolide de course dans les chicanes et la longue ligne droite vers le drapeau à damier.
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Sans mentir, il a fallu un peu de patience pour voir le spectacle s’animer, mais dans un crescendo, les fous du guidon ont fait monter la pression un peu jusqu’à ce que leurs pneus touchent l’asphalte du circuit sûrement nettoyé des rejets des épreuves motorisées.
Malgré quelques virages serrés, les nombreuses chutes sont plutôt survenues dans des portions larges relativement sans danger. Cette fois, le tracé étudié à l’avance n’y était pour rien dans ces accidents.
Avec le champion d’Europe Fabio Jakobsen au sol, Jasper Philipsen a remporté un quatrième sprint massif consécutif au Tour de France, au lendemain de son triomphe à Bayonne et un an après ses succès à Carcassonne et sur les Champs-Élysées.

Une scène identique
Bien caché une fois de plus derrière son équipier Mathieu van der Poel, le roi du sprint s’est mis le nez dans le vent seulement à 150 mètres de la ligne d’arrivée en traversant vers sa droite. Dans cet exercice minutieux, le train est d’une importance capitale et Alpecin n’a commis aucune erreur.
Troisième à Bayonne lundi, Caleb Ewan rate son occasion en terminant 2e devant Paul Bauhaus, lui aussi sur le podium la veille.
«Caleb était juste à côté de moi. Je n’étais pas si confiant. Il me rattrapait à la fin, c’était vraiment très nerveux. Je suis extrêmement fier d’avoir gagné deux fois de suite. L’arrivée était très rapide, on avait l’impression d’être des bolides», a commenté le vainqueur Philipsen, heureux d’avoir évité la chute.
Encore frustré
Bien emmené par Alexis Renard, Bryan Coquard (Cofidis) a terminé quatrième. En six participations au Tour de France depuis 2014, Coquard s’est classé plus d’une dizaine de fois parmi les dix premiers d’étapes sans jamais décrocher son bouquet.
Le peloton, qui anticipe les deux prochains jours dans les Pyrénées, n’avait visiblement pas envie de se casser le bicycle en gaspillant des cartouches inutilement. Même la description peinait à transmettre l’action quasi inexistante, car pour une très rare fois, aucun cycliste n’a tenté sa chance en échappée tôt dans l’étape.
Sur les routes sans relief des Landes et du Gers, les équipes Alpecin et Lotto ont verrouillé le scénario un utilisant quasiment un sabot de Denver pour empêcher les autres de circuler.
Les 95 premiers kilomètres ont été parcourus à une allure très modérée, soit 37 km/h de moyenne.

Woods attend son tour
Le sprint intermédiaire de Notre-Dame des Cyclistes après 88 kilomètres a permis à Jasper Philipsen de sécuriser son maillot vert en se montrant intraitable devant ses adversaires. Imbattable à la pédale, le Belge de 25 ans est peut-être le plus rapide au monde actuellement.
Son impulsion a permis aux deux Français originaires de la Normandie Benoît Cosnefroy (AG2R Citroën) et Anthony Delaplace (Arkea-Samsic) de mettre un peu de chair sur un os trop maigre à gruger en creusant un léger écart de 40 secondes. Même devant la moto-caméra, Cosnefroy a dit qu’il ignorait pourquoi il roulait ainsi en tête de course avec son partenaire. On lui a quand même décerné le prix de la combativité du jour pour son effort. Chaque visite sur le podium n’est pas à négliger.
Au classement général, Adam Yates conserve le maillot jaune et le Canadien Michael Woods est toujours au septième rang.
Dans le calepin
- Croisé quelques minutes avant le départ à Dax, le Français Thomas Voeckler se souvient de sa victoire au premier Grand Prix cycliste de Québec en 2010. «De bons souvenirs. La nuit après aussi!» a-t-il lancé en riant.
- À Nogaro, le département du Gers avait encore des ressources financières après avoir payé pour accueillir l’arrivée du Tour. Les membres de la presse ont reçu de l’Armagnac de la Maison le Floc de Gascogne.
- Le dernier tronçon côté français du chemin de Compostelle vous amène jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port. Mardi soir, sur cette route, nous avons posé notre valise à Barcelonne-du-Gers. Dans un manoir soi-disant rénové, la chaise et le mobilier ont sûrement été utilisés par Napoléon 1er. Mes excuses à notre hôte.
- Après le rassemblement sur la place de la Fontaine-Chaude, la chaîne Eurosport a fait l’éloge un peu plus tard de Hugo Houle, un coureur sympathique avec un accent inimitable pour les commentateurs.
- Sur la scène à Dax, fief du légendaire André Darrigade, se tenait bien droit le vieil homme 22 fois victorieux sur le Tour. Surnommé le Lévrier des Landes, l’ancien cycliste est âgé de 94 ans.
- Dans cette caravane démesurée, le passage du Tour reste très éphémère malgré les sommes investies. Quelques heures de fête et on remballe tout. La directrice générale du circuit automobile de Nogaro était heureuse de sa journée. «Avec ou sans moteur, il y a de l’action!» a dit Caroline Divies.
- Mercredi, premier rendez-vous de montagne entre Pau et Laruns. Les prétendants au titre seront devant dans les montées au col de Soudet puis à Marie Blanque. Pogacar et Vingegaard vont poursuivre la lutte. Une surprise de Woods? Peut-être.
ÉTAPE 4
DAX-NOGARO - 182 KM
