Canadiens de Montréal

L'audacieuse prédiction d’un entraîneur de Cole Caufield s’avère 3 ans plus tard

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En juin 2019, les Canadiens de Montréal sont parvenus à repêcher celui que certains décrivaient comme le meilleur marqueur naturel de sa cuvée. Après que 14 clubs aient ignoré cet enfant prodige, son entraîneur-chef au Programme national de développement américain a alors formulé une prédiction audacieuse dans une entrevue avec le Journal de Montréal : «Cole Caufield deviendra le visage du Canadien».

Trois ans après cette déclaration au collègue Jean-François Chaumont, on peut affirmer sans se tromper que John Wroblewski a vu juste. Il était convaincu, qui plus est, qu'il «cadrerait parfaitement» dans le marché montréalais. Celui qui œuvre désormais comme pilote de la formation américaine de hockey féminin n’a jamais remis en question sa déclaration.

«À vrai dire, je ne suis pas surpris, a-t-il fait savoir lors d’une conversation téléphonique récente avec le TVASports.ca. En contrepartie, je ne peux imaginer l’autocuiseur dans lequel il se trouve. Il y a des moments où la rondelle ne pénètre pas dans le filet et je sais à quel point les partisans, puis les journalistes de Montréal sont des passionnés.»

Samedi soir, contre les Flyers de Philadelphie, le numéro 22 a été le maître de cérémonie du Centre Bell en enfilant le cinquième but égalisateur le plus tardif de l'histoire de la concession (à voir dans la vidéo, ci-dessus).

Outre les buts époustouflants qui s'accumulent, il n’y a pas un jour de travail qui passe sans qu’une caméra - ou un téléphone - ne capte pas l’autre trait qui caractérise l’ailier de 21 ans : son sourire contagieux.

«Le sourire que vous voyez sur la glace, c’est le même que vous verriez derrière les portes closes dans le vestiaire. Ce n’est pas facile (d’avoir le sourire facile) en ce monde dans lequel nous vivons. Il n’y a pas une once d’artifice chez lui.

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«Il est une de ces personnes bénies par la vie. Le soleil rayonne toujours sur lui.»

D’après les dires de Wroblewski, qui a dirigé Caufield pendant deux ans, son intelligence et sa passion sont déterminants dans son éclosion.

«C’est un individu très spécial. C’est la meilleure façon que je peux le décrire. Son bagage d’habiletés est hors pair et il a un amour profond pour le hockey. Il dégage ce zeste de vivre et c’est un être humain qui traite les gens si bien, souligne-t-il.

«Il dégage une attraction, une influence positive sur autrui et c’est bien de voir tout ce potentiel porter ses fruits. S’il y avait plus de gens comme lui dans le monde, ce serait un monde meilleur.»

Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

Un déclin, puis une progression

L’explosion de Caufield à sa deuxième saison comme régulier constitue un contraste cabalistique avec ses statistiques à pareille date l’an dernier : quelques mois après le parcours euphorique du CH en finale de la Coupe Stanley, où il avait amassé 12 points en 20 parties, le patineur du Wisconsin n’avait pas encore activé son compteur. Il n’avait obtenu qu’un seul point à sa fiche au 23 novembre.

Sous les ordres de Dominique Ducharme, certains analystes se demandaient alors s’il n’était pas mieux d’échanger l’ailier alors âgé de 20 ans en critiquant sa faible production. Une supputation qui relève du ridicule, un an plus tard.

Pendant cette passe difficile qui lui a mérité une rétrogradation dans la Ligue américaine, Caufield n’a pas demandé conseil à son ancien entraîneur. Il a foncé et persévéré. 

Crédit photo : PHOTO AGENCE QMI, MARIO BEAUREGARD

«Plusieurs de mes anciens joueurs me téléphonent pour que je les guide, mais pas Cole. Il n’y a rien de faux chez lui et il croit fermement en ses moyens. Il est satisfait de lui-même, car il sait de quoi il est capable, sans démontrer la moindre arrogance, et c’est remarquable à son âge.

«Il travaille fort et la route d’écueils est plus douce pour lui (dans les moments difficiles).»

Après son séjour a Laval, Caufield a ultimement franchi le cap des 20 buts - 23 au total -, en récoltant 43 points en 67 rencontres. Il a conclu la campagne 2021-2022 en passant un fort message au peu de détracteurs qui lui restaient en orchestrant un tour du chapeau au dernier duel de la saison, face aux Panthers de la Floride.

«Je suis très heureux pour lui, ajoute son ancien instructeur. De voir ce qu’il est capable d’accomplir, c’est entièrement attribuable à son optimisme et son charisme.»

Le curieux sort de Caufield au repêchage

Si l’éclatante et spectaculaire confrontation de samedi soir face aux Flyers de Philadelphie se voulait une vitrine pour faire l’étalage de son talent d’élite dans des situations critiques, les 14 équipes - incluant les Flyers, qui prenaient la parole tout juste avant le Tricolore – ont de quoi regretter avoir passé leur tour sur Caufield à l’encan de 2019. Il est maintenant le deuxième meilleur buteur de cette cuvée.

Un marqueur de buts naturel qui reluque les grandes occasions pour soulever la foule de 21 105 spectateurs, le droitier de 5 pi 7 po est sans doute la plus belle prise de l’ère Marc-Bergevin-Trevor Timmins dans un repêchage.

Répertorié par la centrale de recrutement de la LNH au huitième rang de son classement final et perçu comme un espoir pouvant partir parmi les cinq premiers, le Tricolore se l’est approprié au 15e rang. 

L’ancien directeur général montréalais a révélé après sa sélection que l’agent de Caufield, Pat Brisson, l’avait déconseillé d’inviter son client souper avant la tenue de la séance, puisqu’il ne serait pas disponible à ce rang selon lui.

Le CH repêche Cole Caufield au 1er tour -

À savoir comment le récipiendaire du Hobey-Baker est tombé entre les mains du Bleu-blanc-rouge, il ne fait aucun doute à présent : son gabarit suscitait des doutes.

«Ça devait être la seule raison, acquiesce Wroblewski. Il a fracassé tous les records au niveau collégial, ce qui ne garantit pas une carrière (dans la LNH). Il a égalé le record d’Alex Ovechkin chez les 18 et moins en compétition internationale. Sa taille est la seule chose qui aurait pu être un facteur.»

Si le nom de son coéquipier Jack Hughes a été le premier à être prononcé, par les Devils du New Jersey, Wroblewski ignore qui a bénéficié le plus de son rang de sélection. Il en profite pour apporter une précision au sujet de son compagnon de trio avec le programme national américain.

«Cole pouvait compter des buts comme il sait le faire même lorsque Jack n’était pas dans la formation. Il n’a jamais eu de relâchement. Cet argument s’est dissipé rapidement, croit-il.

Crédit photo : AFP

«C’est fou le nombre de joueurs impressionnants qui peuvent rester disponibles et on pourrait voir le jour où les gens essaient de comprendre pourquoi Cole était encore disponible au 15e rang.»

Sur une note d’humour, Wroblewski raconte qu’une fois où plusieurs éclaireurs s’étaient déplacés pour voir Caufield jouer, il n’a pas été à la hauteur de sa réputation et il se fâchait.

«Il y avait un camp d’essai en 2017. Il n’avait pas marqué de but. Ça ne s’était pas traduit comme il le pensait. Juste avant le camp, t’entendais des éclaireurs partout vanter à quel point il était talentueux.»

Des enfants qui deviennent des hommes

Son côté jovial retenait aussi l’attention, tout comme un autre produit du programme national de développement.

«J’adore raconter à quel point Cole et Alex Turcotte étaient enfantins chaque fois qu’ils sortaient sur la glace, chaque match. Cole scandait ‘1-2-3 hockey!’ et ils se tapaient dans la main. Ils étaient tout jeune et leur passion engendrait l’excitation les jours de match. Peu importe contre qui on jouait ou l’enjeu.

«Je suis sûr qu’il se comporte encore de la sorte.»

Crédit photo : PHOTO DIDIER DEBUSSCHERE

Huit des joueurs de Wroblewski ont trouvé preneur au premier tour du repêchage, tour de force qui le rend fier.

«Je suis très fortuné d’avoir pu faire partie de ce groupe. Avec le recul, je regarde à quel point j’ai appris de cette expérience. De voir ces enfants grandir et devenir des hommes. 

«C’est un honneur de les avoir dirigés.»

LA CONTRIBUTION DE COLE CAUFIELD EN CHIFFRES

▶Cole Caufield a inscrit samedi les 37e et 38e buts de sa carrière à son 95e match de saison régulière. Parmi les joueurs qui ont fait leurs débuts avec les Canadiens au cours des 80 dernières années (depuis 1942-1943), seuls Maurice Richard (78), Jean Béliveau (47) et Bernard Geoffrion (42) ont marqué plus de buts avant leur 100e match.

▶Cole Caufield occupe (avec Nick Suzuki) le premier rang de l'équipe avec 11 buts en 18 matchs, marquant la première fois en 34 ans que deux patineurs des Canadiens atteignent la barre des 10 buts en 18 matchs ou moins. Claude Lemieux (17 PJ) et Bobby Smith (17 PJ) étaient les derniers à réaliser ce fait d’armes en 1988-1989.

▶Avant les matchs de samedi, les Canadiens personnifiaient la seule équipe avec plus de 50% de leur récolte de buts provenant de joueurs de 23 ans ou moins (61%). L’équipe la plus proche de ce sommet était les Hurricanes (48%).